Category: Critiques


The Avengers

Avengers était un projet vraiment particulier. L’idée de réunir dans un même film une galerie de personnages issus de précédents métrages qui appartiennent certes à l’univers Marvel, mais possèdent leur ton et style propres (ainsi que leur défauts : le ridicule pointant parfois dans Captain America, le grotesque de Thor, le n’importe quoi de Hulk et Incredible Hulk, et le brouillon de Iron Man 2) afin de raconter une histoire cohérente et compréhensible, tenait on en conviendra aisément de la gageure. A cela s’ajoutait un réalisateur que beaucoup pouvaient considérer comme inexpérimenté, auteur adoré par ses fans, un noyau dur d’amateurs de répartie cinglante, de sous-entendus malins, de comics, et de fantasy, véhéments par moments, mais fidèles par-dessus tout. Même si je n’ai jamais vu que le pilote de Angel, ne me suis pas intéressé à Dollhouse, et ne suis pas un fervent supporter du quatrième opus de la saga Alien (qu’il a écrit, avant que la Fox ne “retravaille” le scénario), je me considère comme un Whedonite, fan inconditionnel de Buffy et de Firefly, série méconnue dont est tiré ce qui restait jusqu’à maintenant sa seule et unique réalisation au cinéma : Serenity. Pourtant, parce que le fan en moi est facilement rattrapé par le critique, les bandes-annonces ne m’avaient vendu que du cinéma pop-corn, et quelques one-liners qui sorties de leur contexte, et de l’ambiance du film, ne m’avaient qu’à peine convaincu, et avaient sensiblement limité mes attentes, rehaussées cela dit par les critiques positives, qui auront tôt fait de chauffer à blanc le public américain, frustré par la sortie du film en Europe une semaine et deux jours avant*.

Pour reprendre le point que je faisais plus haut, ce film n’était pas sensé marcher. Et en dépit de toute attente, Joss, ce bon Joss, a prouvé une bonne fois pour toutes (littéralement) de quel bois il était fait (figurativement).

Avengers réussit donc, là où X-Men (en quatre films) s’est toujours plus ou moins cassé la gueule en ne se focalisant que sur deux ou trois personnages, à raconter une histoire de superhéros, de dieux, d’aliens, de monstres, de surhommes, de robots, d’assassins et d’espions, à développer ses personnages naturellement tout en élaborant une intrigue entremêlant la soif de vengeance de Loki, dont nous avions déjà eu la primeur dans Thor, et le cosmic cube tesseract dont on avait eu un avant-gout dans Captain America. Passons d’ailleurs rapidement sur les détails de l’histoire, qui si elle ne manque pas de souffle, et progresse assez logiquement, compte quand même quelques accros, comme les imbitables échanges autour des propriétés du tesseract, ou certains détails de l’intrigue qui ne font pas toujours sens. Mais le spectacle est si pressant, le rythme imposé par le mitraillage des dialogues, et la richesse des échanges entre les différents protagonistes rend ces défauts illusoires, comme ces plans un peu gratuits destinés aux spectateurs munis de lunettes 3-D.

Car si le film brille par ses sensationnelles scènes d’action, ce qui le rend particulièrement brillant provient de l’habileté de Joss Whedon et Zak Penn à avoir fait un vrai film d’ensemble. Porté par une distribution solide, chaque personnage tire son épingle du jeu, et, presque davantage que dans leurs films respectifs, les héros sont montrés sous leurs multiples facettes. Derrière l’arrogance et le sarcasme de Tony Stark se cache une volonté presque maladive de se distancier, mais aussi la peur de ne pas être à la hauteur ; l’attitude hautaine et détachée du fils d’Odin masque la réalisation de sa responsabilité vis-à-vis du frère qu’il aime malgré qu’il le haïsse et le combatte ; Steve Rogers est une relique, condamné à vivre dans un monde qui lui est étranger, et dans lequel chacun crache sur son obsolète sens des valeurs, bien que ce sont celles-ci qui font de lui un élément décisif ; Bruce Banner – dont Ruffalo est de très loin la meilleure incarnation – est habité de tics qui montrent le supplice qu’il vit au quotidien et comment celui-ci a affecté son comportement, et emprisonné son intellect même avec son alter-ego, quand sa participation à un projet de son niveau est aussi ce qui risque de faire ressortir « l’autre type », qui ici trouve un exutoire de choix (et de raison) dans l’armée extraterrestre de Loki plus encore que chez Lee et Leterrier, et parvient à voler la vedette à tout ce petit monde; quant à Hawkeye et Romanoff, au-delà du fait que le film efface les craintes que l’on pouvait avoir sur leur utilité, chacun affichent les failles de leur rôles de héros, elle, réalisant avec effroi toute la puissance du monstre vert, et lui, consumé par l’emprise de Loki ; enfin, Nick Fury, servi par la coolitude et l’assurance d’un Samuel L. Jackson, et plus encore le personnage de l’agent Phil Coulson, joué par le fantastique Clark Gregg, sont le cerveau et le cœur de l’organisation, l’un stratège machinant dans l’ombre, défendant ses éléments, tout en les manipulant pour mieux les servir, les unir, quand l’autre se rend particulièrement attachant (une signature Whedon, à la Spike ou Wash, pour les initiés) pour être celui qui réussira à faire de ces personnalités disparates une équipe soudée, organisée, à l’image de ce faux plan séquence montrant Cap’ reflétant les rayons d’Iron Man sur ses ennemis, pendant que Thor et Hulk défoncent un dragon robotique, après s’être affrontés auparavant, et avant que Whedon ne couronne le tout d’une petite blague. Leur ennemi, Loki, n’est pas en reste, puisque Hiddleson délivre une performance comme seul les britanniques en sont capables, sur le fil entre charme machiavélique et ridicule outrancier, le sourire carnassier à la Fassbender. C’est aussi lui qui signe LA réplique du film (classic Whedon) à l’adresse de Black Widow : « mewling quim! », ses motivations infantiles et mesquines n’ayant d’égales que sa vile et veule vilénie.

La virtuosité et la lisibilité toute comic-booky de l’action, la générosité de l’humour et de l’atmosphère contrebalancent avec perfection les enjeux du film. L’affrontement d’Iron Man, Thor et Captain clot un premier acte, et sert aussi bien d’exposition que de vrai point final à ce qui pourrait être le premier épisode d’une série dont le macguffin serait le cube. L’assaut dantesque du vaisseau de S.H .I.E.L.D. par les forces lobotomisées de Loki possède en dépit de la diversion qu’offre le spectacle orgasmique du Hulk lâché sur Thor ou un avion de chasse (petite référence à Star Wars au passage) une réelle tension, parce que même si nos héros sont rendus invulnérables aussi bien par leurs pouvoirs que par le scénario, les agents de Fury ne sortiront pas indemnes du crash d’un vaisseau spatial/porte-avion. Enfin, la monstrueuse scène finale dans Manhattan marche parce que malgré le sentiment de franche camaraderie (et de franche déconnade) on ressent quand même l’idée de chaos et de désolation et l’imminence de la fin du monde. Ça aide que Downey Jr., Ruffalo, Evans, Hemworth, Jackson, Hiddleson, Renner et Johansson ne font qu’un avec leur personnages (oui, même Johansson) mais il en revient à Whedon de savoir faire monter la tension dans ses séquences d’action pour la relâcher en balançant des vannes au moment opportun, de privilégier ses personnages vis-à-vis d’une intrigue presque anecdotique et donc de rendre ce spectacle au demeurant inepte, vivant et complexe.

Si mon opinion est probablement influencée par mon amour pour Whedon (et le succès du film n’est que justice après l’annulation de ses séries et une décennie passée à être mésestimé), c’est aussi parce que Avengers peut passer simplement pour un excellent divertissement (ce qu’il est), quand il faut reconnaitre que peu de films fonctionnent aussi bien même lorsqu’ils suivent la même recette, et qu’il est donc un petit peu plus que cela.

*$200.3 $207.4 M pour le week-end d’ouverture. Boom! Record. Fuck you Fox! Bring the fuck back Firefly!

La série horrifique avait démarré sous les meilleures auspices, d’une part chapeauté par Frank Darabont, et d’autre part produite sous l’égide de la chaîne AMC, responsable dernièrement de trois des meilleurs dramas de l’histoire de la télévision, nommément Mad Men, Breaking Bad, et la mini-série Rubicon. Après un pilote grandiose (réalisé par Darabont, et co-écrit par le créateur du comic book lui-même, Robert Kirkman) la série a très vite, très très vite, périclité. S’embourbant dans des intrigues tenant du soap, et surtout échangeant le rythme de la bande-dessinée, et son récit sans temps morts contre des arches narratives trop sommaires, et un développement de personnages inepte, le maigre intérêt qu’avait à offrir la série chaque semaine était une bonne grosse scène gore, ou une jolie séquence de frousse.

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir un matériau de base solide, fondamentalement cinétique de surcroit, une histoire déjà écrite (prémâchée pour les scénaristes) et des idées qui ne demandent qu’à servir. Ce n’est pas faute non plus d’avoir des acteurs doués – quoique sévèrement mal castés – et des moyens confortables qui sauvent un peu la mise, et qui permettent à la série de conserver ses spectateurs, qui grandissent d’impatience vis-à-vis des écueils du scénario et à l’égard des auteurs, ou qui ne voient absolument rien à redire et qui ne se privent pas pour le signaler sur la page facebook de la série, confortant lesdits auteurs dans l’idée qu’ils font du bon travail.

Lorsque la première saison s’achevait, on était en droit d’attendre un peu de remaniement. Parce que pour tous les lecteurs de The Walking Dead, la série était un modèle d’incompétence. L’exemple de l’adaptation ratée. Autrement dit, ‘y nous ont tout salopé l’boulot ces cons là !

Alors, pour ce qui est du remaniement, il y en a eu, pas forcément là où on l’espérait, puisque Darabont s’est fait évincer comme un malpropre, laissant la place à Glen Mazzara. Et ce qui a suivi n’était finalement pas très surprenant : une première moitié de saison encore plus consternante que la précédente, pourtant entamée encore une fois superbement, mais qui est allée se ramasser, six épisodes plus loin, dans l’indigence la plus totale. Contrite dans une intrigue inutile et laborieuse, focalisée sur la recherche d’un personnage dont personne n’a rien à carrer, ponctuée des pires dialogues possib’es et imaginab’es, parfois sauvée par quelques séquences réussies, la moitié de saison s’achevait sur un finale spectaculaire certes, mais totalement creux. Une image de fin saisissante, mais qui n’en valait simplement pas la peine. Depuis une semaine, la saison a repris, et puisque les personnages se remettaient de l’événement – en ayant de accidents de la route sur une départementale déserte ( avec un SUV qui a la direction assistée, faut l’faire) ou bien en dézinguant de nouveaux personnages, plus intéressants que 5 autres personnages secondaires réunis – les spectateurs eux, se sont emmerdés grave comme disaient les jeunes de mon temps.

Ceci étant dit, l’épisode d’hier soir… Était… Pas trop mal. Même pas mal du tout. Car au delà des providentielles horreurs auxquelles The Walking Dead nous habitue – un visage de zombie se dépiautant en s’enfonçant dans un pare-brise, le nez d’un mec dévoré vivant grignoté par des zombies, une beuj ressortie bien violemment de la clôture dans laquelle elle s’est logée – l’épisode distille une ambiance Romerienne, et une tension qui – je croise les doigts – pourrait faire de Lori une victime de sa propre perfidie. C’est aussi le second dont Mazzara s’occupe réellement, et il s’avère que cette première moitié de saison ratée est due à Darabont, qui était déjà responsable de la catastrophique deuxième partie de la saison 1. Et clairement, si le reste de la saison est à l’image de cet épisode 9, les choses semblent enfin prendre forme. Darabont voulait Rick indécis concernant Shane (et le fait que ce dernier ait baisé sa femme), Mazzara semble vouloir accélérer un peu les choses, et se frotter au problème. Le personnage de Shane a beaucoup été contesté par les fans, parce qu’il est une anomalie. Une anomalie représentative de l’écriture. L’adaptation a loupé le coche vis-à-vis de la bande-dessinée, qui n’a jamais fait de sentiment avec ses personnages, comme j’en ai précédemment fait mention, mais pour autant a toujours su concevoir des survivants charismatiques. Car le vrai problème de la série est que personne n’est investi dans ces personnages, l’ironie étant qu’ils pourraient tous y passer sans que ça ne change quoique ce soit, ou que les spectateurs en ait quelque chose à foutre, exception faite de Daryl. Pourtant, et bien que le scénario fasse peser sur lui  un peu trop de gravitas, et ralentit trop souvent son évolution, Shane est l’un des personnages les plus intéressants de la série – et Berthal fait plutôt du bon boulot – justement parce que sa personnalité enrichit l’histoire (comme d’autres personnages analogues dans la BD) et son instabilité mentale prodigue la seule source de tension épisode après épisode, et parce que sa confrontation avec Rick est attendue depuis le départ. L’ épisode 10 s’annonce donc prometteur, même si il arrive un peu tard, mais comme dit le proverbe, mieux vaut tard, que ça fasse pas déborder la cruche, qu’elle se casse.

Chronicle

Where is Wallace at? Huh String? Where the fuck is Wallace?!!

Chronicle repose sur le concept très lucratif dit du “found footage”, très à la mode (Parnormal Activity, Cloverfield) et en dehors d’un budget de 12 M de dollars remboursé dès sa première semaine d’exploitation aux États-Unis, ce concept est aussi ce qui nuit fondamentalement au film…

Pendant les premières minutes, le gimmick fonctionne, il justifie en soi la structure narrative, et installe un rythme effroyablement efficace. Andrew met sa caméra en route et filme des instants simples qui racontent bien mieux qu’une suite de scènes d’exposition un peu lourdes (typiques des films de super-héros) son quotidien de lycéen. Celui-ci est d’être terrorisé par son père ivre, de passer du temps avec sa mère malade, d’aller et venir en voiture grâce à son cousin et seul ami Matt, de déjeuner seul sur les gradins, et d’être malmené par de notoires butors. Or si cela semble un rien familier (on pense bien sûr à Spider-Man) rien n’est assené à ce moment du récit. Le père rudoie son fils, mais n’est pas présenté comme un sadique, mais plutôt avec réalisme, comme un homme qui perd soudain patience avec son fils de 17 ans, ce que l’on peut comprendre, sans pour autant excuser, lorsqu’une femme mourante et des soucis financiers conduisent vers l’alcoolisme. On apprendra plus tard qu’il est un ancien pompier, lorsque Andrew et Steve feront connaissance, dans une scène d’un tel naturel et d’une telle justesse, caractéristique du film, et qui découle directement du concept. Qui plus est l’histoire avance très rapidement, parce que chaque ellipse est en fait notre protagoniste éteignant et rallumant sa caméra, et parce que les auteurs, Max Landis et Josh Trank, ne cherchent pas dès le début à rajouter inutilement des attributs aux personnages, ce qui les rend d’autant plus réels, bien que le mérite en revienne surtout aux acteurs, à commencer par Michael B. Jordan (The Wire, Friday Night Lights), Alex Russell, et Dane DeHaan, qui était déjà excellent dans In Treatment, mais qui ici crève véritablement l’écran.

Après une rave à laquelle Andrew est convié par son cousin, où il fait la connaissance de Steve, et qui les amènera à découvrir une grotte renfermant une sorte de météorite luminescente, nous retrouvons nos trois héros exercer devant la caméra leurs pouvoirs, vraisemblablement trois jours après l’incident suscité. Ainsi, plutôt que de montrer comment notre protagoniste bascule du côté obscur (car il va basculer), et risquer de tomber dans le manichéen et alourdir l’intrigue, Landis et Trank assurent en préférant montrer trois mômes faire les cons avec leurs pouvoirs, découvrir petit à petit leur étendue, et poser les limites à leur utilisation. Ici, point de vilains ni de héros, juste des personnages ordinaires, rendus extraordinaires, moins maîtres de leurs destins que victimes des événements. Car si Andrew devient de plus en plus avide de puissance, il n’en reste pas moins le même garçon en guerre contre son monde, et son père en particulier. Il n’est ni Magneto, ni Octopus, ni Ozimandias, il ne cherche pas à dominer la Terre, trop occupé à dominer ses pouvoirs, à défaut de se dominer lui-même. Matt et Steve n’ont alors d’autre choix que de tenter de le raisonner, ou le maîtriser, parce qu’ils sont ses amis, tout simplement. Relativement rien d’extravagant ou de grandiloquent n’arrive, juste une suite d’incidents fâcheux. Aggravants. C’est ce qui rend le film à mon sens bien plus prenant qu’un Thor ou un Iron Man, où quelque part, nous savons que nous entrons dans l’univers cartoonesque et échevelé de Marvel. Chronicle fonctionne sur le réalisme d’une part, mais aussi sur la montée de la tension, qui se fait par à-coups, comme autant de dérapages et de bouleversements, jusque dans une scène de combat final dont l’issue est loin d’être prévisible.

Pourtant, il est impossible, après la vision du film, de ne pas se demander ce qu’un tel scénario, de tels comédiens, auraient pu donner si le film avait été de facture plus classique, car hélas, c’est bel et bien dans sa forme que le film pêche, sans pour autant le ruiner complétement. D’un côté, l’alchimie de Chronicle semble justement reposer sur cette façon de filmer, de témoigner des événements, plutôt que de les mettre en scène, de suivre le parcours des personnages, plutôt que d’installer des scènes qui tomberaient fatalement dans le cliché, ou qui mettrait à mal la cohésion de l’ensemble. Mais d’un autre côté,  il apparait assez grossièrement que le récit est subordonné au concept. Comme par exemple cette idée d’incorporer un personnage de bloggeuse qui filme sa vie, et qui n’a de surcroit aucun intérêt réel dans l’histoire, si ce n’est de faire exister le personnage de Matt autrement que lorsqu’il est filmé par Andrew. Les explications amenées ça et là concernant la justification de cette caméra métadiégétique peinent à convaincre dans les derniers instants du film. Mais le problème qui se pose à mesure que le film avance concerne surtout le développement des personnages secondaires, car mis à part Andrew, aucun n’a réellement de personnalité. Alors bien sur, s’en débarrasser est une manière efficace de contourner le problème, leur inventer une histoire d’amour en est une autre, quand bien même celle-ci sonnerait faux et paraitrait forcée.

Au final, Chronicle est une semi-réussite. Analogue à un château de cartes bancal, l’exécution est maîtrisée et parfois virtuose. Il aurait été intéressant de voir à quels sommets il aurait pu grimper si sa base n’avait pas été aussi fragile, mais c’est sur cet équilibre approximatif que tout repose, il est donc fort probable que tout se serait cassé la gueule.

Autant vous le dire de suite, j’ai adoré ce film, et l’aspect anecdotique qui me lie à lui y est peut-être pour quelque chose.

J’ai voulu voir ce film à cause de son affiche, et de l’actrice Hye-jeong Kang, dont je suis amoureux depuis Old Boy, dans lequel elle jouait la fille du héros en titre – Oh, est-ce que je viens de vous ruiner Old Boy ? Allez vous faire mettre, si vous n’avez toujours pas vu ce film, vous n’avez rien à foutre ici ! – et que j’ai vu et adoré dans Welcome To Dongmakgol, Rules of Dating, Love Phobia, et dont j’ai même guetté les apparitions dans Antarctic Journal, 3 Monster, Sympathy For Lady Vengeance ou encore Invisible Waves. S’il existe une comédienne passablement inconnue du grand public mais qui peut tout jouer – je peux vous l’assurer et ne prenez pas en compte ma tocade mais bel et bien mon œil avisé en terme d’interprétation – c’est elle. Il y a un an de ça, quand Why Did You Come to My House est sorti, et fut presque immédiatement disponible en dvd, il n’y avait pas de sous titres. Hier, j’ai enfin pu le voir… Avec les pires sous-titres de l’histoire des sous-titres synchronisés n’importe comment (absences, répétitions) dans un anglais plus qu’approximatif.

Autrement dit, mon visionnage eut pu être plus favorable. Et pourtant, malgré une chronologie complexe (ou compliquée par le coréen et ces maudits sous titres) et des personnages narrateurs et acteurs d’une histoire tordue, j’ai été ému, amusé et terriblement charmé par cette histoire, ses acteurs superbes, sa mise en scène inspirée, donnant vie à cette histoire d’amour(s) tragique – un brin pathétique par instants – parfois glauque ou saugrenue, mais toujours juste. A l’heure ou la comédie romantique prend le pas sur le drame sentimental, parce que le public américain (et donc mondial) préfère une histoire qui ne se prend pas au sérieux plutôt qu’un truc bourré de pathos à la Love Story – et au passage cracher sur le cinéma américain classique et ses magnifiques mélos – c’est rafraichissant d’en voir un qui s’assume comme tel, tout en empruntant un peu à la comédie, mais aussi à quelques éléments du polar, revitalisant ainsi le genre lui-même.

L’histoire se passe en 2007, Byeong-hee (Park Hee-soon), est arrêté par deux policiers qui enquêtent sur la mort d’une vagabonde, Soo-kang (Kang Hye-jeong), ayant retrouvé des lettres lui étant adressées parmi les affaires de la victime. Byeong-hee passe une nuit en garde à vue, puis aux aveux, et raconte dans quelles circonstances il a rencontré la victime, deux ans auparavant. Après la mort de sa femme, et les quelques tentatives de suicide qui en découlent, il essaye de se pendre, et en finir. C’est à ce moment que fait irruption chez lui une clocharde qui tente de l’arrêter, s’en suit une burlesque bagarre entre le pendu, tentant de repousser à coups de pieds et regards expressifs (genre je souhaite décéder, vous seriez aimable de me laisser faire) sa samaritaine, et celle-ci qui après que la corde ait cédé sous les balancements du corps, se met à le rouer de coups de pieds jusqu’à évanouissement. Cette scène est en même temps commentée par le policier et le narrateur, et j’imagine que j’aurais pu vous dire à quel point c’est cocasse si ces putains de sous-titres n’avaient pas été réalisés par un incapable dont l’anglais devait probablement être la LV2 au lycée, et qui ne saisit pas les spécificités de l’art du sous-titrage.

Lorsqu’il se réveille, Byeong-hee est ligoté, et près de la fenêtre se tient son agresseur, qui observe le voisin d’en face par la fenêtre. Elle dit être là pour se venger de lui, et ne libèrera son hôte que lorsque son histoire avec celui qu’elle décrit comme un sale merdeux – et que les initiales PJM inscrites sur ses chaussures lors d’un flash back désignent en fait comme Park Ji-min – sera réglée. Byeong-hee va alors raconter au policier – ce qu’elle lui a raconté – l’histoire de Park-Ji-min et Soo-kang, celle qui devient, qui est devenue, par le biais d’un syndrome d’Helsinki plus ou moins conscient, une âme sœur. Et tout ce qui se passe, qui se raconte, tous les évènements qui s’ensuivent, situés à différents instants de la vie des deux héros, arrivent – malgré la prévisible tension amoureuse émergeant de leur situation – à nous surprendre, et c’est ce qui rend ces portraits de personnages à vifs si vivants, si vrais. Ils ne sont pas les protagonistes idéaux d’une histoire sur la reconstruction, ils sont (et le ton est donné dès le départ lorsque l’on voit les photos du cadavre de Soo-kang) les anti-héros d’une fable sur la difficulté de vivre, et le caractère destructeur de la passion amoureuse.

C’est une tragédie, traversée de fugaces instants de bonheur ou de drôlerie, où tout est retenu, comme pour ne pas effrayer les deux protagonistes, qui pourraient retomber dans leurs gouffres respectifs de désespoir et de dépression. Byeong-hee apparait au départ vain, inconséquent et imbécile, parce que le suicide semble toujours être ces choses, mais à mesure des flashes-back, on comprend ce qui peut le pousser à un tel extrême. Quant à Soo-kang, et malgré sa défiance envers ce présupposé, elle est folle. Pathologiquement, cliniquement atteinte de folie. Son esprit dérive, ou s’obsède, et s’exprime de façon incohérente (encore une fois, je crains que les sous-titres n’y soit pour quelque chose.) Si le drame de Byeong-hee et sa femme tient du plus pur évènement arbitraire, il est compréhensible que du point de vue de Byeong-hee, son malheur est une punition, une sentence pour sa faute, qui l’empêche de retrouver le goût à la vie, non seulement parce qu’il lui est impensable de retomber amoureux, mais parce qu’il se sent responsable, le suicide dans ce cas semblant être la seule issue. Soo-kang, dans sa persistance aveugle à retrouver son amour de jeunesse, au prix de sa dignité et de son équilibre mental, se pose à priori comme l’opposée de Byeong-hee. Si sa folie n’est pas la conséquence, elle en est la cause. C’est inconsciente ou/et déterminée qu’elle s’accroche à sa relation avec Ji-min, même si la nature de celle-ci a complètement changé, le fait qu’elle aime devrait, dans sa logique contrariée, faire fonctionner leur histoire. Dans un monde taré, elle pourrait passer pour une grande romantique. Mais la vérité, c’est que comme pour Byeong-hee, cela lui a tout couté, elle le sait, mais elle s’en contente, rendant son portrait aussi pathétique que son apparence.

La façon dont le réalisateur Hwang Soo-ah traite cette histoire tient vraiment de la gageure, car malgré les ficelles mélodramatiques grossières, il réussit, avec ses deux acteurs principaux, à rendre le scénario de Kim Ji-hye d’une justesse implacable, et fait de tous ses plans, de toutes ses scènes autant de pièces d’un puzzle triste, teintés ici d’une sensibilité éthérée, emplies là d’une profonde mélancolie, et parfois baignées dans un soupçon d’impressionnisme, laissant un poids sur le cœur, ou la trace d’une larme sur la joue. Je m’emporte, mais en conclusion, voyez-le.

Glee

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Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. A vrai dire, Glee était la série que je voulais à tout prix détester. L’aimable Party Down avait du se séparer de Jane Lynch qui s’était engagée dans cette nouvelle série de la Fox, qui paraissait vouloir surfer sur les succès des odieux High School Musical, en le mêlant à l’esprit de Freaks & Geeks et de Bring It On. Mais je me suis rendu à l’évidence, Glee est LA série de la rentrée.

On doit le concept à Ryan Murphy, le créateur de l’autrefois sulfureux et incroyable Nip/Tuck ainsi qu’à Brad Falchuck (Nip/Tuck) et Ian Brennan. On pouvait donc se douter que ce ne serait pas juste un gentil succédané de High School Musical. Et puis, c’est aussi parce que Ryan Murphy n’est ni un des drones de Disney, ni un adolescent, que les morceaux de chaque numéros musicaux, qui sont très réussis, ne sont pas des trucs de dance hideux, mais des tubes, des 80s ou d’aujourd’hui.

L’histoire est simple, dans le lycée McKinley, dans une ville perdue de L’Ohio, le glee club (qui est une sorte de mix entre chorale et danse) va se faire boucler, parce que le budget est ric-rac et accessoirement parce que le précédent professeur Sandy Ryerson (Stephen Tobolowsky) s’est fait virer pour attouchements. L.O. Fucking L ! Un prof d’espagnol, Will Schuester (Matthew Morrison), ancienne gloire du lycée qui a épousé son amour d’alors, Terri (Jessalyn Gilsig), mais qui entretient une relation plus ou moins ambigüe avec la conseillère d’orientation (Jayma Mays) décide de reprendre le truc en main, ce qui n’est pas du gout de la coach des ‘cheerios’, les cheerleaders du lycées, Sue Sylvester (Jane Lynch), une gloire locale, qui détient le pouvoir dans l’établissement, et l’aval sur le principal Figgins (Iqbal Theba). Les candidats ont tous en commun un don pour le chant et la danse, ainsi qu’un don pour être honnis par tous, à l’instar de Rachel (Lea Michele) qui n’a aucun ami. ‘Mr Shu’, afin de mettre le projecteur sur sa troupe, et arriver au nombre de 12 afin de participer au championnat régional, recrute alors dans l’équipe de football, qui bien évidemment, trouve ça “trop gay”. Mais le quaterback, la star de l’école, Finn Hudson (Cory Monteith), a une voix magnifique, ce qui n’échappe pas à Mr Shu, qui grosso modo obtient sa candidature par le chantage. Finn va se rendre compte qu’il est dans son élément aussi bien sur une scène que sur un terrain de foot…

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Les acteurs sont tous, sans exception, fantastiques. Si les adultes s’en tirent pas mal – en particulier Jayma Mays (Ugly Betty, Heroes) qui est obsédée de la propreté – et que les seconds rôles sont géniaux, tels Patrick Gallagher, le coach de l’équipe, Stephen Tobolowsky, le vieux prof malsain et Iqbal “des calculs rénaux” Theba (Friends), ce sont les jeunes interprètes qui sortent du lot. Aussi bien lors de leur performances musicales, que lors des scènes dramatiques, Amber Riley (Mercedes), Chris Colfer (Kurt), Kevin McHale (Arti), Jenna Ushowitz (Tina), Dianna Agron (Quinn), Mark Salling (‘Puck’) sont tous aussi justes et beaux que talentueux. Cory Monteith est assez brillant dans le registre du poisson hors de l’eau faisant face à tout un tas de trucs en même temps – et il accuse une sorte de ressemblance, de l’allure jusqu’à la voix, avec Marshall de How I Met My Mother – tandis que Lea Michele parvient avec panache à être un vilain petit canard, une peste chiante et arrogante que l’on apprécie et que l’on soutient malgré tout.

Et puis il y a Jane Lynch.

Comment décrire cette actrice, que vous avez pu voir dans 40 Year Old Virgin ou Role Models… Pour paraphraser Sandy Ryerson “You don’t know Jane Lynch kill yourself!” Sérieux. Lynch a l’extraordinaire (oh mais je pèse mes mots) capacité de jouer avec la même nonchalance la cruauté et la vanité, et affiche le même visage blasé quant elle balance les pires saloperies, sourire carnassier ou rictus sournois en bonus. Le genre d’être abjecte qui truciderait vos parents devant vous, irait chercher la dernière bière dans le frigo, reviendrait s’assoir sur votre canapé, lâcherait une caisse, et s’allumerait une clope en vous faisant la morale. C’est ça Jane Lynch, c’est juste énorme. Chacune de ses interventions, chacune de ses mimiques, chacun de ses gestes provoque une fascination malsaine. Son charme de Will Ferrell féminin, sa dégaine de sportive sur le retour, son faciès de reine de beauté décatie, tout participe à faire d’elle la vraie star de la série.

Si la série n’est pas exempte de défauts, ils s’effacent très vite pour montrer quelque chose infiniment plus profond, et en ce sens la série fait inévitablement penser à The Breakfast Club. Les personnages sont tous, comme le dit l’un des protagonistes dans le pilote, des losers, qu’ils soient les ‘neo dweebs’, les homos, les handicapés, qu’ils aient une ossature lourde ou un défaut d’élocution, ou qu’ils soient les princesses, les sportifs, les cheerleaders. L’aspect caricatural, stéréotypé de la chose est donc très vite soufflé par l’idée de mélange, l’idée d’égalité. On se surprend à être aussi ému par Kurt qui annonce son homosexualité à son père un peu beauf, que par Puck le “méchant” footballeur qui a en fait plus de sentiments qu’il ne veut le montrer. Puck, qui auparavant n’aurait été qu’un simple méchant, fait figure ici d’underdog, comme le malingre Corey Haim dans Lucas (1986) – à qui l’épisode “Preggers” fait référence – ou encore au Drazic de Hartley (et oui). Le fait est, aujourd’hui, ce sont les geeks et les nerds qui dirigent le monde, donc les choses ont changé, et c’est ce que s’appliquent les scénaristes à dire, les losers au lycée, sont aussi bien les parias parce qu’ils sont différents, que les gens populaires car ils font face à la pression. Au final, ce ne sont que des ados, avec leurs problèmes personnels. Là-dessus, la série marque un putain de point.

L’atmosphère flamboyante (pour ne pas dire gayissime) qui ne plaira pas forcément à tout le monde, est tout de même ce qui fait l’originalité de la série. Car si les histoires d’adolescents sont toujours les mêmes, et que depuis Freaks & Geeks, il est difficile de faire mieux dans le registre de la vie au lycée, c’est la façon de raconter qui change tout. Il y a beaucoup de glam dans cette série, mais il y aussi énormément d’humour, de second degré. Je ne parle pas seulement du comique de situation qui passe forcément facilement sur un network, mais je parle aussi de ce qui, depuis des années maintenant, depuis Les Simpsons, Marié Deux Enfants et autre Roseanne, fait que la Fox – aussi prompte soit-elle à annuler de génialissimes séries – est aussi la chaine de la subversion, et, les fans de 24 ou de X Files seront d’accord, de la créativité. Glee est la preuve que la chaine ne sera jamais rattrapée par ses concurrentes sur ce terrain, car si les mœurs ont un peu évolué, pas forcément pour le meilleur (télé réalité, starlettes putassieres) et que la télévision américaine suit, c’est toujours la Fox qui fait progresser la pop-culture dans le bon sens.

Glee possède cette aura, à la fois progressiste, mais foncièrement régressive, décalée, mais fédératrice. Il a suffit d’un truc en réalité pour m’avoir, le morceau “Don’t Stop Believin’” de Journey, réinterprété par les acteurs principaux à la fin du premier épisode. Si vous êtes mal à l’aise, alors ce n’est pas pour vous, tant pis, vous êtes peut-être même un sale enfoiré d’homophobe. Mais si vous vous surprenez à afficher un sourire béat devant cet instant magique, alors vous êtes foutu, parce que la série est prodigieusement addictive.

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L’histoire est simple, dans le lycée McKinley, dans une ville perdue de L’Ohio, le glee club (qui est une sorte de mix entre chorale et danse) va se faire boucler, parce que le budget est ric-rac et accessoirement parce que le prof précédent s’est fait virer pour attouchements. L.O fucking L ! Un prof d’espagnol, Will Schuester (Matthew Morrison), ancienne gloire du lycée qui a épousé son amour d’alors, Terri (Jessalyn Gilsig), mais qui entretient une relation plus ou moins ambigue avec la conseillère d’orientation (Jayma Mays) décide de reprendre le truc en main, ce qui n’est pas du gout de la coach des ‘cheerios’, Sue Sylvester (Jane Lynch), une gloire locale, qui detient le pouvoir au lycée, et l’aval sur le principal Figgins (Iqbal Theba). Les candidats ont tous en commun un don pour le chant et la danse, ainsi qu’un don pour être honnis par tous, à l’instar de Rachel (Lea Michele) qui n’a aucun ami. ‘Mr Shu’, afin de mettre le projecteur sur sa troupe, et arriver au nombre de 12 afin de jouer les , recrute alors dans l’équipe de football, qui bien évidemment, trouve ça “trop gay”. Mais le quaterback, la star de l’école, Finn Hudson (Cory Monteith), a une voix magnifique, ce qui n’échappe pas à Mr Shu, qui grosso modo obtient sa candidature par le chantage. Finn va se rendre compte qu’il est dans son élément aussi bien sur une scène que sur un terrain de foot.

The Proposal


Deux sublimes spécimens d’américains caucasiens, mais que va-t-il se passer ?

Le genre de film auquel appartient The Proposal (i.e. la comédie romantique hollywoodienne) impose souvent aux auteurs un certain formulaïsme – vous m’excuserez ce néologisme définissant un usage abusif de formule, dans la structure narrative ou la construction des personnages – et qui s’étale souvent comme suit : un premier acte oppose deux caractères bien tranchés dont la relation commence par un coup de foudre ou une haine viscérale, ils font connaissance et tombent amoureux dans un second acte et voient leur relation menacée dans un troisième, qui in fine se dénouera, sur discours inspiré et de préférence en public et:ou sous une pluie battante, afin que tous les figurants les entourant applaudissent (pourquoi pas même démarrer sur un slow clap bien 80s ?!) lorsque les deux s’échangent un baiser passionné, sur lequel l’image se figera. Générique de Fin.

The Proposal n’évite pas ces écueils, comme il n’évite pas certains clichés (la femme d’affaire “obsédée-par-son-travail-et-qui-n’a-pas-le-temps-pour-une-vie-amoureuse” qu’interprète Sandra Bullock) mais on ne peux pas se montrer réellement méchant contre ce genre de film. On sait comment l’histoire va se terminer avant même d’avoir posé une couille sur le strapontin, et même si par moment il arrive d’en douter, il n’y a jamais vraiment de place au doute. Le challenge consiste alors à insérer un peu d’originalité et beaucoup de charme, notamment grâce aux acteurs, à travers les contraintes imposées d’avance par le genre. Et ce qui distinguera une bonne rom-com d’une mauvaise sera sa propension à nous avoir, ni plus ni moins, point bonus si on verse une larme à la fin.

The Proposal réussit plus ou moins ce pari, car bien que gêné par sa prévisibilité, ce qui est à la fois son défaut majeur et peut-être sa grande qualité est son indécision. L’intrigue sentimentale est en effet noyée dans un comique de situation par moments hors sujet, mais qui paradoxalement donne l’impression de libre cours à une histoire qui n’aurait pas été écrite mécaniquement. Certaines scènes semblent sortir directement d’un sitcom, injectant un tempo qui par ailleurs sied à Reynolds, qui, en plus d’être physiquement taillé pour un rôle de playboy de comédie romantique, est aussi doué d’un sens du timing, visible dans chacune des ses cassantes remarques, comme il pouvait le faire dans Blade Trinity, tandis que Bullock, qui excelle en garce intimidante et antipathique, se met en scène en peste citadine aux prises avec les affres des mœurs alaskiennes dans des séquences, qui autrement pourraient être drôles (et qui le sont un peu parfois, mais pas longtemps, ce qui est une autre partie du problème), mais s’éloignent, à mon sens, un peu trop du postulat de départ.

Bullock est donc Margaret Tate, ou Meryl Streep dans Le Diable S’habille En Prada sans le côté Cruella D’Enfer, une éditrice tyrannique assistée par Andrew Paxton, campé par Ryan Reynolds vous vous en serez douté, qui semble jour après jour se séparer peu à peu de sa dignité pour contenter les moindres désirs de sa patronne. Menacée de perdre sa place et de se voir expulsée au Canada (oui elle est canadienne), elle fait ce que n’importe qui ferait dans sa position, forcer son employé de se faire passer pour son fiancé afin de pouvoir demeurer sur le sol américain. Et afin de donner le change face à un agent de l’immigration un peu trop zélé (Denis O’Hare), tous deux s’envolent pour Sitka, Alaska, pour assister à l’anniv de la grand-mère de Andrew (Betty White) et en profiter pour annoncer la nouvelle à ses darons (Mary Steenburgen, Craig T. Nelson) ce qui oblige le couple à jouer les amoureux transits, poussant ainsi l’imposture un peu trop loin…

Si les scènes entre les deux personnages confrontés à une intimité qu’ils auraient aimé éviter, mais qui les amènent, circonstances aidant, à mieux se connaitre, tiennent leurs promesses, ce sont les scènes qui ont plus à voir avec le choc des cultures qui chient dans la colle, qu’ils s’agissent de certains gags franchement honteux, à l’image du personnage d’Osacar Nunez (The Office), Ramon, qui ne fonctionne simplement pas, faisant tomber à plat chacune de ses interventions. Le scénariste Pete Chiarelli a au moins le mérite de ne pas tomber dans le comique régressif Apatowesque qui régit presque toutes les comédies actuelles, mais surtout dde garder une certaine simplicité dans le récit, et parfois même une once d’mprévisibilité, au travers du personnage de Malin Akerman notamment. Car en se libérant du truc facile de la carte verte (vue dans Green Card, justement), et en transportant son histoire dans les lointaines contrées du Grand Nord et au cœur d’une famille plutôt adorable, de fait le développement de la relation entre Andrew et Margaret semble naturelle, et comme Margaret, si glaçante au début, qui finit par fondre pour Andrew mais aussi pour sa famille (‘voyez ce que je viens de faire là ?!) on s’attache nous aussi à ce petit monde.

Il est clair que The Proposal n’est ni du calibre émotionnel de Brokeback Mountain ni du niveau humoristique de The Hangover, mais en définitive, c’est une bonne comédie romantique hollywoodienne, trop formulaique pour être réaliste, mais naturelle bien qu’artificielle. Car si la réalisatrice Anne Fletcher emprunte tous les gimmicks du genre, elle sait aussi laisser fonctionner le script et les acteurs tous seuls afin de nous atteindre, et c’est le minimum que l’on demande à ce genre de film.

en bonus, une vidéo promo énorme, dans laquelle Betty White fait une fois de plus montre de son talent. Je laisserai Ryan Reynolds l’expliquer.

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Castaway On The Moon ne fait pas parti de ces rares films totalement originaux, complètement inventés de bout en bout – il dérive visiblement du Cast Away de Zemeckis, et emprunte au Last Life In The Universe de Pen-ek Ratanaruang son héros et un peu de son ambiance. Et pour autant il n’est pas une construction bâtarde des deux, loin de là. Il est un film à part entière.

Le film s’ouvre d’entrée sur la tentative de suicide de M. Kim (Jeong Jae-yeong, Welcome To Donkmakgol, Guns & Talk, Someone Special) après un coup de fil de sa banque le sommant de rembourser ses emprunts, qui peut d’abord faire penser à une histoire de cadre au bout du rouleau. Étant donné que le film continue sa course frénétique dans une voie aussi absurde qu’imprévisible, je ne m’en voudrais donc pas de vous dévoiler ce qui va suivre, mais je m’abstiendrai de tout raconter, car ne connaissant rien du scénario avant d’en commencer la vision, je pense que mon enthousiasme est largement du à l’absence d’à priori. Comme je crois que la meilleure façon de voir un film, c’est de n’en connaitre aucun tenant (ni évidemment aucun aboutissant) …

Dans une séquence montée à la perfection qui parvient à éveiller, tour à tour notre stupéfaction, notre hébétude puis notre hilarité, notre inquiétude, et enfin notre résignation, et ce en une dizaine de minutes, le réalisateur Lee Hae-junle nous raconte donc l’histoire de ce mec qui se jette dans le Han (ceux qui ont vu The Host se rappelleront du fleuve qui traverse Séoul, ceux qui sont calés en géo aussi) puis qui s’échoue, inanimé, sur une rive. Lee joue avec les codes visuels et narratifs du genre – ce qui n’est pas sans rappeler Lost – par le biais d’une caméra qui ellipse, qui déséquilibre, qui désoriente; du jeu de son acteur principal et d’une végétation coréenne passant pour celle d’une ile tropicale, non pas perdue au milieu du Pacifique, mais située au beau milieu du fleuve. Un ilot cerné par des façades d’immeubles, au centre duquel se dresse un des piliers du pont d’où il a sauté.

Le spectateur (et en particulier le spectateur occidental) ne comprend pas immédiatement où se trouve notre héros, qui semble se poser les mêmes questions : Est-il mort ? Est-il sur une ile déserte ? Est-il en train de rêver (le titre du film ne s’expliquant que plus tard dans le film, on est en droit de le supposer) ou d’halluciner ? Peu à peu conscient de sa situation, il va tenter d’appeler à l’aide, et ainsi suivre chapitre par chapitre le guide des résolutions pour se sortir de sa merde, qui, nul besoin de le dire, est totalement absurde, mais de fait encore plus désespérée que celle d’un naufragé. Le type est coincé sur une putain d’ile en plein milieu d’une putain de métropole !

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Pendant ce temps, du haut d’un appartement d’un immeuble bordant le Han, Jeong-yeon Kim (Jeong Ryeo-won, Two Faces of My Girlfriend), une jeune recluse, qui ne sort jamais de sa chambre, dort dans son placard dans du papier bulle, passe sa vie à mettre à jour sa page sur un genre de facebook coréen et à prendre des photos de la Lune (oui, voilà pourquoi, désolé pour le spoiler, il n’est pas de taille non plus, déconnez pas !) et qui est, d’une façon analogue, isolée du reste du monde qui l’entoure.

Or, deux fois par an, chaque fois que l’exercice anti-raid aérien mis en place par le gouvernement et l’armée, pendant lesquels la population entière de la ville s’arrête, Jeong-yeon enfile un casque de moto, ouvre ses rideaux et sa fenêtre, en plein jour, afin de prendre quelques clichés de la ville désertée. Dans ces plans d’une exquise étrangeté, Lee Hae-jun fait allusion aux rapports entre Corée du Nord et Corée du Sud, et le film glisse peut-être la vision du réalisateur/scénariste sur la scission entre les deux pays, comme beaucoup de films l’ont déjà fait, notamment J.S.A. de Park Chan-wook ou Silmido de Kang Woo-seok, dans lequel jouait Jeong Jae-yeong. Liées, intimes, les deux Corées semblent pourtant évoluer dans deux univers parallèles, comme Jeong-yeon et M. Kim, qui se connaissent presque viscéralement, mais parviennent difficilement à communiquer.

C’est en tout cas pendant qu’elle scanne la ville dans l’œil de son appareil que notre jolie autiste découvre notre héros sur sa plage, et dès lors, le film prend la tournure d’une bonne vieille histoire d’amour. Et ouais. Et contrairement à la majorité des comédies romantiques grand public coréennes, Lee n’abuse pas d’effets lacrymaux, laissant aux soins du duo d’acteurs, de créer naturellement cette romance jamais sirupeuse, souvent atypique, et néanmoins merveilleuse… Et c’est dans la dernière partie du film que le cœur de l’histoire s’ ouvre autour d’une chose en apparence insignifiante, le rêve de manger des pâtes, mais qui va donner à M. Kim un sens à sa solitude, et à sa vie. Et aussi barré que le film puisse être au début, avec ses allures de dessin-animé – dans le bon sens du terme – c’est sur cette idée simple que le film touche au sublime.

J’adorerais vous en dire plus mais je crois qu’il faut juste que vous le matiez, parce que mes amis, autant vous dire que Castaway On The Moon est un pur petit bijou, unique.

Psych

Mes amis, voici une des séries les plus addictives qu’il m’ait été donné de voir. Je suis dans un tel état de manque (4 jours depuis la vision du dernier épisode de la saison 3 !) que je suis à deux doigts de me remater la première. Et bien que dévorer 47 épisodes – soit 3 saisons – en une semaine ne soit pas un record pour votre serviteur, c’est réellement les qualités de Psych qui en ont fait plus qu’un simple passe-temps quand la météo fait de la merde, mais bel et bien LA série estivale par excellence. Le genre de série suffisamment maligne et stylée pour décomplexer le spectateur qui s’en voudrait de la regarder, mais aussi suffisamment légère pour ne pas avoir à trop se prendre la tête. La série est diffusée sur USA, une chaine du câble plus connue pour ses rediffs de séries de merde que pour son originalité, avant qu’elle ne se distingue en produisant Monk puis Burn Notice.

Ayant vu un épisode à la télé qui ne m’avait pas vraiment convaincu, je décidai de me rattraper et dans sa version originale cette fois. Et clairement, Psych est un cas d’étude. Cette série ne doit être vue qu’en VO. Le nombre de références, et la force de l’interprétation de son duo d’acteurs rendent l’idée même de l’exploitation de cette série dans un doublage français (Enquêteur Malgré Lui (!)) absolument imbécile.

Psych raconte les mésaventures de Shawn Spencer (James Roday) un détective privé à qui la police de Santa Barbara fait appel pour ses dons médiumniques. Assisté de son sidekick/meilleur ami Gus (énorme Dulé Hill, The West Wing), qui a par ailleurs un autre boulot en tant que VRP pour des produits pharmaceutiques, Spencer prête ses pouvoirs à l’inspecteur Carlton Lassiter (Timothy Omundson, Deadwood) et sa partenaire, Juliet O’Hara (Maggie Lawson), sous les ordres du chef de la SBPD, Karen Vikk (Kirsten Nelson). Le twist, c’est que Shawn est aussi médium que Paco Rabanne. Mais grâce, ou à cause, d’un père policier (Corbin Bernson) qui lui a tout appris enfant, il possède des dons d’observation et de déduction hors du commun. Mais parce qu’il ne veut pas être le flic que son père a toujours rêvé qu’il devienne, il fait semblant d’avoir des visions, ce qui laisse carte blanche à Roday pour cabotiner comme un Pierre Tremblay crackomane.

C’est dans le jeu de Roday ainsi que dans la dérision ambiante, en premier lieu, que dérive la série – à la base policière, comme un contrepoint aux histoires de meurtres, empêchant la série de tomber, comme Medium, dans un premier degré paranormal fumeux et chiant. Mais en second lieu, c’est justement dans la référence (et particulièrement dans la référence “obscure” comme le dirait Lassiter) qu’elle se noie. En effet après quelques épisodes, les quelques clins d’oeil à CHiPS ou à Supercopter, à Judd Nelson et à Rae Dawn Chong, parsemés ça et là se sont non seulement multipliés, mais transformés en une sorte de mitraillage incessant et quelque peu ésotérique. Des citations de dialogues de films (de Good Will Hunting à Pretty In Pink) aux allusions à la pop culture des années 80 et 90, tout y passe…

Il y a quelque chose d’infiniment satisfaisant dans le fait de les relever, et de remarquablement judicieux de la part de Steve Franks, le créateur, et des scénaristes. Car ils réussissent quelque chose d’assez extraordinaire à mesure que la série avance. Les privates jokes étant essentiellement à la base de la relation à l’écran entre Gus et Shawn, celle-ci rappelant très fortement celle de JD et Turk dans Scrubs (avant que Bill Lawrence n’en fasse trop avec le sous-entendu homosexuel) comme dans certains instants de Friends, on a une confondante impression de miroir, avec deux potes d’enfance qui parlent dans leur dialecte, avec leur codes et leurs références, rendant vraiment tangible l’amitié des deux personnages. Certaines de leurs private jokes sont plus obscures donc, que celles de Chandler et Joey, car les clés ne sont pas toujours données aux spectateur, ce qui en fait le parfait plaisir coupable du cinéphile hardcore.

Outre les allusions, la série est bardée d’épisodes thèmes, du classique épisode de noël à l’épisode huguesien de réunion d’anciens élèves de lycée, ou encore l’épisode ’70s et l’épisode vendreditreizesque, tous plus déments les uns que les autres. Avec presque à chaque fois un guest forcement issu des films et séries de l’époque. A Cybil Shepard (Clair de Lune) et Rachel Leigh Cook (Elle est trop bien), toutes deux appelées à jouer des rôles récurrents, s’ajoutent entre autres Curtis Armstrong (Better Off Dead), Jonathan Silverman (Weekend At Bernie’s), Phylicia Rashad (The Cosby Show), Ernie Hudson (Ghostbusters) et, afin de contenter les fans du Brat Pack et de Breakfast Club – puisque Judd Nelson et Andrew McCarty ont déjà fait leurs réapparitions, respectivement dans Eleventh Hour et Gossip Girl – les producteurs avaient prévu un caméo de ouf pour le dernier season finale en date : Ally freaking Sheedy ! Manquerait plus que Molly Ringwald dans How I Met Your Mother pour créer une orgie télévisuelle ’80s sans précédent.

La série est installée dans une si confortable routine – entendez par là que la série a ses running jokes (comme les 5 gifles dans HIMYM) qui heureusement ne tombent pas dans la catch phrase minable (le “we were on a break!” ou le “How you doin’ ” de Friends) – que le spectateur est plus amené à se demander à chaque épisode où sera l’ananas, à quoi Shawn comparera Gus ou par quel pseudo ridicule il le présentera, plutôt que de se poser des questions vis-à-vis des affaires criminelles. En définitive, vous aurez compris que Psych brille plus pour ses ressorts comiques que pour les enquêtes, qui deviennent au bout d’un moment – à quelques exceptions près – assez prévisibles, quoique plaisantes, mais totalement accessoires. Et c’est très bien comme ça ! En tout cas, l’attente de la saison 4, qui doit débuter en aout, est en train de devenir une véritable torture.

Revoir le chef d’œuvre de Michael Mann sur grand écran fait son petit effet, il faut bien le dire. Et nous amène à la conclusion suivante, Heat est sans conteste l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma.

Neil McCauley est un criminel comme on n’en fait plus (gentiment je place une référence à un autre chef d’œuvre, Demolition Man), vivant selon le code de l’honneur, et pour qui l’intelligence est une rigueur essentielle, subordonnée à l’amour. Et pourtant, caressant l’idée de s’envoler après un dernier gros coup, il tombe amoureux de Eady. Robert De Niro, dans ce qui reste son dernier grand rôle, est immense dans la peau de ce personnage auquel il sait insuffler, outre une fragilité dans ces scènes avec Amy Brenneman, cette propension aux sursauts de violence – qui sont ici enfermés (pointant dans la scène avec Ashley Judd notamment) – dont il a fait montre par le passé, dans Goodfellas ou Casino mais aussi dans Raging Bull, avant que ça ne devienne un gimmick ridicule, qui (mauvais) film après (mauvais) film enterre une filmographie autrefois si magnifique. Al Pacino, quant à lui, donne à son personnage de flic, la même éternelle énergie, et la même folie qui l’ont servi dans certains de ses rôles les plus marquants, du Godfather à Scarface, ici canalisées par une direction d’acteur exemplaire, mais qui dans d’autres films font figure du plus infâme cabotinage. Il incarne Vincent Hanna, un policier de la criminelle fermement attaché à arrêter McCauley et sa clique, et à qui sa passion pour son métier lui a couté deux mariages, et met en péril sa relation avec Justine, sa femme (Diane Venora).

Heat, c’était surtout ça, à l’époque (1995), un film réunissant les deux plus grands acteurs de leur génération, termes loin d’être galvaudés. De Niro et Pacino étaient deux monstres sacrés, au sens propres du terme, car les années ont donné à leur traits de la profondeur, et surtout achevé de les graver à jamais dans l’inconscient collectif. Heat était donc annoncé comme le choc des titans, car si tous deux partageaient l’affiche de The Godfather, Part II, il ne partageaient aucune scène. Faute que tenait à réparer, celui qui à cette époque n’était surtout connu que pour la série Miami Vice, Michael Mann, l’un des plus grands réalisateurs vivants des dernières décennies. Ajoutez à cela un casting de rêve, et au passage une des meilleures performances de Val Kilmer (avec Real Genius) et sans aucun doute la plus émouvante et la plus juste. Tom Sizemore, Jon Voight, Dennis Haysbert, Danny Trejo, Wes Studi ou Natalie ‘motherfucking’ Portman, et tripoté de seconds rôles, tous plus connus (dans cette catégorie) les uns que les autres.

Le rythme est remarquable par sa constance, à la fois dans la tension mise en place par l’intrigue, mais aussi dans le suspense distillé par les différentes séquences où l’action culmine, film de braqueurs oblige. Le spectateur étant d’ailleurs plus enclin à choisir leur camp que celui des flics, c’est là que l’idée de faire s’affronter les deux acteurs est pertinente, car Pacino nous ralie du côté de la justice. On souhaite tour à tour que les uns et les autres réussissent, et donc, on flippe à chaque fois que le sort semble basculer d’un côté ou de l’autre. Cette constance trouve d’autant plus de mérite que Heat est fractionné par un nombre important d’arcs secondaires, qui à mesure que le film avance, deviennent inextricablement liés entre eux et à l’arc principal.

Waingro (interprété par cette vieille tête de Kevin Gage) est un ancien taulard participant à l’opération menée par l’équipe particulièrement soudée de McCauley, composée de Chris Shiherlis, Michael Cheritto et Trejo. L’enculé, par ses tendances ouvertement psychotiques, fait quelque peu foirer un plan autrement bien huilé (le braquage d’un convoi de bons au porteur) à cause d’une montée d’adrénaline mal placée, en tuant un des convoyeurs d’une balle dans le visage, soldant de fait le sort les deux autres convoyeurs, et le sien. Neil manque pourtant de l’exécuter, et c’est sur ce détail infime que tout ce qui en découle repose, car si cette voiture de flic ne passe pas, Waingro, lui, y passe, et la fin serait par conséquent très différente.

Dès lors – car qui dit cadavres dit aussitôt enquête criminelle – une partie de policiers & voleurs débute, mettant la pression sur la bande, qui doit donc repenser leur casse d’une banque fédérale. Chacun auraient des raisons de partir, mais tous trouvent une raison de rester. Quelques instants précédant le casse, Trejo se dit filé par les flics, obligeant donc le crew à se trouver un nouveau membre. Le destin met sur leur chemin (dans les cuisines du resto où ils prennent leur dernier repas) Donald Breedan, avec qui Neil a été à Folsom. Les scènes nous montrant sa volonté de reconversion contrastent violemment avec sa décision. Et ce n’est pas pour notre déplaisir malsain, car si la séquence du casse est savamment orchestrée, ce qui s’ensuit est un des instants les plus prodigieux jamais imprimé sur pellicule. Une fusillade dans les rues de L.A. entre De Niro et ses hommes et Pacino et les forces de l’ordre, qui cloue littéralement le spectateur à son siège. Il s’agit d’un moment non seulement captivant visuellement, mais aussi émotionnellement, car c’est la fin pour beaucoup de personnages. Neil se trouve après s’être échappé face à un choix cartésien, puisqu’il doit choisir entre l’honneur et l’amour, autrement dit s’enfuir avec sa bien-aimée, ou punir celui qui les a trahi. Sa décision le mettra en travers de la route de Vincent, et causera sa perte, dans une scène tellement magnifique qu’aucun mot n’est assez fort pour la décrire.

Heat est un chef d’oeuvre. Et là où Heat est un chef d’œuvre, Public Enemies est un ratage. Malgré une mise en scène remarquable et des acteurs excellents, il ne parvient a briller que par quelques séquences. Point de dimension tragique, point de profondeur psychologique. Au lieu de ça, des platitudes, de l’ennui, de la prétention. Les personnages sont aussi superficiels que les acteurs, sous-employés. Deep est charismatique, Bale est comme à son habitude, énorme, . Seule exception, la Cotillard, qui doit être l’actrice la plus suréstimée du moment, et qui, en plus d’être insupportable dans toutes ses scènes – au point de faire naitre en moi l’envie, si je lui tombe dessus, de lui chier dans la bouche – affiche sans complexe que l’anglais devait pas être sa matière préférée au lycée. Dieu que j’exècre cette actrice, pourtant plus que faisable et pas dépourvue de talent ! L’utilisation de la hd dans un film d’époque est assez génial, et donne au film une forme de réalisme plutôt prenant, notamment lors de la fameuse fusillade de Little Bohemia (tout de même nettement en dessous de la scène suscitée de Heat). Et bien qu’à vrai dire on s’en fout, il est clair que l’intrigue serait bien plus molle si Mann et ses scénaristes n’avaient pas pris quelques libertés avec la réalité historique, en particulier avec la mort de Babyface Nelson. Quant à la fin de John Dillinger, elle est certes climatique, mais à l’image du film, traitée de maniere presque anecdotique.

On comprend que Mann tente de raconter la chronique de ces gangsters, qui vivaient dans l’instant, trouvant du plaisir dans le danger, tout ça sur un rythme trépidant (parfois trop pour installer ses personnages) à l’image d’une autre des séquences fortes du film, l’évasion de John, filmée en temps réel. Mais au final, Public Enemies est juste terriblement chiant.

Et c’est dommage.

The Hangover

The Hangover – Very Bad Trip (sic) en VF – s’ouvre sur les préparatifs d’une cérémonie de mariage. Les quelques plans, empruntés à une esthétique pub, annoncent le faste typiquement à l’américaine du truc, tout en posant l’enjeu du film. Sans attendre, une image saturée et tremblante introduit Phil (Bradley Cooper, Kitchen Confidential), la lèvre coupée et les yeux que l’on devine explosés derrière des lunettes de soleil, qui péniblement, avertit la mariée en stress que le mariage qui doit avoir lieu dans 5 heures “is not gonna happen”. Passé un générique plutôt plaisant, il nous faut donc revenir en arrière, et c’est sur ce principe que se structure le film.

Todd Phillips prend un soin remarquable quant à exposer ses héros ainsi que les personnages secondaires, ce qui automatiquement leur fait gagner en profondeur, et du même coup nous implique davantage dans l’histoire. Phil, père de famille, professeur ultra-cynique et archétype de l’adulescent, est donc le témoin, tache qu’il partage avec Stu (Ed Helms, The Office), dentiste un peu étriqué et définition vivante du type pas encore marié mais déjà émasculé – ce que les anglo-saxons qualifient poétiquement de “pussy-whiped” -,  et se doit d’organiser pour son pote Doug (Justin Bartha), le futur marié, le plus mémorable (hé hé) des enterrements de vie de garçon, à Las Vegas. Las Vegas, la ville où tout peut arriver, comme le futur beau-père (Jeffrey Tambor, Arrested Development) ne manquera pas de le souligner, tout comme il ne manquera pas de signaler qu’Alan (Zach Galifianakis), le frère excentrique et quelque peu autiste de la mariée qui se joint à eux, a des problèmes de jeu (pas le seul de ses problèmes comme nous le découvriront). Après un road trip tissant peu à peu les liens entre les quatre protagonistes, ces derniers arrivent au Caesar’s Palace, réservent la plus belle suite, et s’envoient quelques shots sur le toit, à la santé du futur marié, à la lumière des néons de la ville des péchés…

Le jour se lève. Un chaos indescriptible règne dans leur chambre d’hôtel, et un tigre, un poulet et un bébé ont remplacé Doug, introuvable. Et il s’agit pour nos trois héros, collectivement blessés, et amnésiques, expérimentant la pire gueule de bois de leur vie, de remonter la piste des indices qu’il collectent au fil de leur enquête pour retrouver leur ami.

L’une des plus grandes réussites du film, en dehors de son intrigue absurde permettant aux auteurs de créer les pires situations (au sens hilarant du terme ‘pire’), est son casting exemplaire.

Ed Helms en est probablement la meilleure figure. Génialissime dans son rôle de personnage coincé et constipé, distillant son charme de geek (proche d’un Will Ferrell dans Anchorman, ou d’un Steve Carell dans 40 ans, Toujours Puceau) au détour d’une scène quasi surréaliste et musicale, ou même en affichant la plupart du temps un haut degré d’hystérie et/ou de pessimisme, il est ainsi le parfait contrepoint au personnage de Bradley Cooper. Ce dernier est quant à lui excellent, jouant le mal de crane avec une justesse confinant au sublime, tout en magnétisant la pellicule de sa beau-gossitude. A l’instar d’un Ryan Reynolds par exemple, il est de ces acteurs capables de jouer les bellâtres dans des comédies romantiques sirupeuses (He’s Just Not That Into You) mais dont le timing comique et l’auto-dérision en font un acteur décisif pour les comédies potaches (Wedding Crashers). Tandis que Galafianakis, en roue libre, tire son personnage vers le superbe, tant il est presque aussi désespérant pour ses compères, par son insondable connerie, que les merdes qui leurs tombent dessus, offrant ainsi au comique la possibilité d’improviser, et surtout de garder intact sur grand écran ce qui fait la force de son personnage sur scène.

Je me permettrais de m’arrêter deux secondes sur Zach Galifianakis. Influencé par (les mauvaises langues diront “pompé sur”) entre autres, Steven Wright ou Andy Kaufman, son comique imprévisible est tout simplement brillant. Pour ceux qui comme moi l’ont découvert sur Internet il y a un an et quelques (les clips Between Two Ferns sur FunnyOrDie) voire depuis plus longtemps lorsque, après avoir galeré comme beaucoup d’autres pendant quelques années, il animait son émission sur VH1, The Hangover était vraiment le film à ne pas manquer.

Comme les comédies de studio pour adultes de ces dernières années (outre les précités, on peut compter En Cloque Mode D’Emploi, Superbad, Role Models, Zack & Miri Make A Porno ou Forgetting Sarah Marshall) le film joue sur une forme de vulgarité outrageante mais irrésistible, néanmoins jamais bassement crasse. L’un des meilleurs exemples du genre est le personnage de mafieux asiatique joué par Ken Jeong (Party Down), qui vole chacune de ses scènes, en délivrant un truc complètement dingue, surjouant l’accent chinois, tour à tour flamboyant, agressif, menaçant, pédant, mais toujours véritablement ridicule et assurément inapproprié. Il faut par ailleurs citer l’ex-compère de Helms du Daily Show Rob Riggle, en policier irresponsable et infantile dans une scène de taser particulièrement réjouissante, ou encore Mike Tyson, dans un caméo surprenant.

Le gros problème de The Hangover vient par contre du manque de cohésion entre les moments de pure comédie, et les instants où le film s’attarde sur les arcs scénaristiques des personnages. Ce problème est ainsi personnifié par Heather Graham et son personnage de catin, qui, au mieux est simplement inintéressant, au pire parasite. Certes sa poitrine généreuse ne manquera pas de provoquer une réaction hormonale légitime chez les intéressé(e)s, dans une scène particulièrement amusante. Mais peu d’actrices, à travers le vide dans le regard, et la béatitude du sourire, sont ainsi capables de jouer involontairement le manque d’intelligence, faisant de facto tomber la part romantique du scénario dans un sentimentalisme infect. Heureusement, son temps à l’écran est limité (étant donné qu’une suite est déjà prévue (et oui), son rôle pourrait prendre de l’importance, ce qui laisse songeur) et ne handicape pas trop lourdement le film. Le problème n’est ceci dit pas entièrement sa faute, il repose plutôt, contrairement à Forgetting Sarah Marshall, davantage homogène entre ses scènes humoristiques et son intrigue sentimentale, sur l’incapacité du film à transiter entre le peu de scènes intimistes à celles, plus nombreuses et franchement bourrines, d’un film de mecs entre eux, et qui reste malgré tout un pur moment de bonheur, à l’image de l’épilogue, où le film aurait pu baisser son rythme, mais dans lequel se situe une des scènes les plus jubilatoires, qui a valu de la part de la salle entière des applaudissements.

Phillips, ainsi que les scénaristes Jon Lucas et Scott Moore parviennent donc a trousser une comédie trépidante de bout en bout, jusque dans le générique de fin, jouissive quoique quelque peu formulaïque – avec ses quatre archétypes (le gendre idéal, le beau mec cynique, le geek coincé, l’extraterrestre imprévisible) et son enfilade de stéréotypes made in Vegas – mais que les dialogues, les acteurs et le metteur en scène, et plus encore la complicité contagieuse qui transpire de chaque scène, tirent immanquablement vers le haut.

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