Terminator Renaissance

La franchise Terminator – après une série télé qui ne manquait pas d’idées (bonnes ou mauvaises) et un troisième opus qui, n’en déplaise aux plus cyniques, restait visible malgré son manque d’originalité – récidive dans la médiocrité avec ce quatrième film, pompeusement appelé Salvation outre-atlantique, et stupidement titré Renaissance en France. Hélas, si c’est de la renaissance de la franchise dont il s’agit, c’est raté.

A Télérama et Le Monde qui cherchent à trouver à ce blockbuster attardé des allures de réflexion sur le genre, des aspirations mythologiques ou de miroir de la société américaine, de son marasme financier à sa guerre en Irak, je répondrais en faisant “prout” avec ma bouche, et plutôt que de leur dire que la question du libre arbitre et d’humanité chez les machines, c’est BSG qui l’a posée en premier, “prout.” Je préférais quand Télérama chiait systématiquement sur toutes les grosses bouses américaines, “at least it’s an ethos” pour citer Walter Sobchak. Ces gens ne sont probablement pas le fanboy que je suis, mais c’est déjà difficilement tolerab’e de la part de professionnels de cautionner un film qui ne possède aucune idée de mise en scène originale et compte un scénario aux abonnés absents, alors justifier son salaire en écrivant des conneries comme “les décors rappellent des déserts irakiens”, c’est presque de la provocation.

Le film s’ouvre en 2003. Marcus Wright (campé par un Sam Worthington assez parfait, si ce n’est que son accent australien transpire toutes les deux secondes) est dans le couloir de la mort, et à quelques minutes de son exécution, décide de léguer son corps à une cause obscure, poussé par une scientifique atteinte du cancer, le Dr. Kogan (Helena Bonham Carter), qui après l’avoir embrassé lui balance froidement “That’s what death tastes like”. Sympa.

Nous sommes expédiés dans un futur post-apocalyptique et les scénaristes nous font ainsi avaler une première pilule, une petite pilule qui passe plutôt bien : nous sommes en 2018 (va quand même falloir se bouger). Dans une scène opposant des terminators et des résistants, menés par John Connor (interprété par un Christian Bale comme d’habitude excellent, malgré le peu qui lui est donné), McG montre qu’il sait plier une séquence d’action. La photo est somptueuse, mais pas assez pour sauver le scénario de son indigence. Le “réalisateur” en fait un peu trop lorsqu’il essaye de caser un faux plan-séquence, qui ne sert ni à faire avancer l’intrigue, ni à spatialiser l’action, ni à rendre quoi que ce soit en fait.

Cette prise d’assaut par des résistants aux moyens un tantinet plus impressionnants qu’ils ne semblaient l’être dans les quelques séquences de T1 et T2 – puisque les hélicoptères, les oreillettes blue-tooth (!) les gilets pare-balles et la tactique militaire ont remplacé les 4×4 défoncées et les méthodes d’infiltration et de combat pensées dans l’urgence et exécutées à la hussarde – est donc la deuxième pilule qui cette fois, passe un peu moins bien.

Émerge de la destruction de la base, dans laquelle Connor et ses hommes ont trouvé une chaîne de cyborgs prêt à l’emploi, un Marcus amnésique qui rencontre Kyle Reese. Oui, le Kyle Reese qui sautera la mère de John en 1984 dans un motel, le papa de John donc, qu’il va envoyer dans le passé pour la protéger afin de naître. Marcus et Kyle (Anton Yelchin, le Chekov du nouveau Star Trek, le Charlie Bartlett de Charlie Bartlett et accessoirement le fils de Hank Azaria dans Huff) affrontent un T-600. Et plutôt -spoiler- que de se demander pourquoi bordel Marcus ne se souvient pas du Jugement Dernier – et à posteriori pourquoi Marcus ne tue pas directement Kyle Reese – les deux font ami-ami. Et de trois. Après une scène d’action plutôt impressionnante mais pompée sur Transformers, et une course poursuite tout aussi impressionnante copiée sur Mad Max 2, qui s’achève par la capture de Reese (et achève du même coup de tomber dans le rebondissement facile). Marcus finira, par le biais d’une résistante qui s’amourache de lui, par trouver Connor et sa clique qui découvriront que Marcus n’est pas humain. Mais ça ils l’ont mis dans la bande-annonce, donc on n’est pas vraiment surpris par ce qui consiste normalement, en un putain de “plot-twist” !

Après un nombre de scènes qui auraient mérité à gagner en épaisseur, dans lesquelles Bale et Worthington arrivent presque à me convaincre, Connor et Marcus se font une petite virée dans la base de Skynet, remplie de prisonniers – parmi eux Reese – sur le point d’être atomisée par une escouade de résistants pas cool avec à leur tête ce bon vieux Michael Ironside. Le final se déroule dans le hangar nazi de rigueur, où un Arnold Schwarzenegger en cul (animé par computeur) agresse John Connor, piégé par Marcus à l’insu de son plein gré, qui quant à lui fait face à un Skynet personnifié par le Dr Kogan, dans un duel intérieur où son humanité parvient à vaincre son entité programmée… ou quelque chose comme ça.

Passons sur la fin prévisible et insensée, pour revenir sur le combat qui oppose le terminator et Connor, qui est, non seulement nul, mais complètement con. Parce que si votre cerveau fonctionne (celui de l’ami avec qui je suis allé le voir devait être en veille parce que ça ne l’a pas choqué), après le nombre de pilules forcées dans votre gorge, vous commencez à développer une sorte de résistance à l’ineptie. Après s’être emmerdé à concevoir un stratagème pour le leurrer dans son antre – dont les tenants logistiques sont quand même très discutables, à commencer par le comment savoir si Marcus trouvera/convaincra John Connor – le plan de Skynet, tout en ayant la main sur son géniteur dans une putain de cellule (quoique la question de la paternité de Reese est accessoire, quiconque pouvant être le père de John), est donc de lancer à ses trousses le T-800 de son enfance, à poil, et DÉSARMÉ ! What. The. Fuck.

L’idée que Marcus ait été créé pour penser comme un humain est presque originale. Le fait qu’il existe des robots “collecteurs” d’humains, pour imiter ou générer du tissu, n’est pas idiot. Mais qu’il existe des cellules de zonzon est simplement consternant. Qu’en-est-il des préceptes de Reese dans le 1er volet : “Can’t be bargained with. Can’t be reasoned with. Absolutely will not stop ever, until you are dead!” PUTAIN ! Skynet devrait envoyer une armée pour fusiller ces salopes d’humains. Ce futur devait ressembler aux images des deux premiers, ou au futur de Matrix. Au lieu de ça, on a un terminator, tellement inefficace que lorsqu’il tient enfin Connor, plutôt que de lui arracher la trachée artère, ou lui disloquer l’épine dorsale, ou encore lui broyer le crane, il… il le prend… et… il le jette par terre. Aucun terminator, dans cette putain de daube, ne fait honneur au titre. Une tondeuse, un mixeur, un fouet électrique auraient fait plus de dégât. Aucun mort dans cette merde PG-13. Aucune goutte de sang. Juste un Skynet infoutu de concevoir un plan, et qui respecte les conventions de Genève par dessus le marché.

Les scénaristes John D. Brancato et Michael Ferris (Catwoman… ah oui quand même !), non contents de se satisfaire du minimum en gribouillant une intrigue aussi vide que l’âme des machines, justifiant la durée du métrage en la compliquant inutilement, usant des films précédents pour les clins d’œil, qui à ce stade, semblent obligatoires, du “come with me if you wanna live” (prononcé par un Yelchin qui imite Clint Eastwood) au “I’ll be back” (servi par un Bale qui n’a décidément rien à se mettre sous la dent), en passant par le réarmement à une main d’un fusil à pompe; en profitent donc pour pisser copieusement sur les héros de notre adolescence. McG n’est qu’une infâme ordure, un résidu d’avortement qui ne mérite même pas le profond mépris et la haine absolue que je lui porte, à lui ainsi qu’à sa pute de mère, pour avoir tous deux, le pouvoir d’engendrer de telle merdes. Seule une enflure imbécile trouve le moyen de se nommer McG en plus. Voilà ce que tout critique de ce nom devrait dire.

Économisez votre caillasse, ou achetez Terminator 2 en blu-ray, mais n’allez pas voir ce film.

Pour moi, la seule et unique raison pour laquelle John Connor est le sauveur de l’humanité (car dans Terminator Salvation, que vous ayez ou non vu les précédents, ce fait n’est jamais prouvé), c’est que c’est lui, dans le futur, qui enverra un T-800 dans le passé pour l’aider à faire exploser Cyberdine, car seuls son alter-ego du passé (1992) et sa mère sont capables de croire à son histoire et ainsi, sauver le monde. Voilà ! Voilà pourquoi James Cameron en avait fini avec cette histoire, et voilà pourquoi personne n’aurait du rouvrir un chapitre, puis un autre, puis un autre. Bien que Terminator Salvation aurait pu être une chronique divertissante et maligne dans l’esprit du premier (série B assumée interdite aux – de 18ans) on nous sert un navet tous public qui se noie dans le ridicule le plus crasse et qui ne fait même pas l’effort d’apporter du nouveau au personnage de Connor ou à la mythologie elle-même.

* * *

PS : La génération née dans les années 80 n’a pas fini de pleurer. En plus de nous infliger des blockbusters décérébrés, et de truster nos cinémas afin de nous faire oublier qu’il existe des films cent fois meilleurs, ces pourritures de ricains (et par cette honteuse généralité je parle bien sur de Hollywood) violent sauvagement nos souvenirs d’enfance. Après Die Hard, Indiana Jones, Alien, Predator et Terminator, préparez-vous, il y aura Conan, puis Fright Night, puis Total Recall. Sans compter les autres Terminator et n’importe quel remake ou reboot pouvant être exploitable pour le profit. Même si les exceptions existent (The Dark Knight, Star Trek, deux absolues réussites), il ne faut pas rêver. A quand un Retour Vers Le Futur 4 ?

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