Heat & Public Enemies, Le Meilleur et Le Pire de Mann

Revoir le chef d’œuvre de Michael Mann sur grand écran fait son petit effet, il faut bien le dire. Et nous amène à la conclusion suivante, Heat est sans conteste l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma. Au moins.

Neil McCauley est un criminel comme on n’en fait plus (gentiment je place une référence à un autre chef d’œuvre, Demolition Man), vivant selon le code de l’honneur, et pour qui l’intelligence est une rigueur essentielle, subordonnée à l’amour. Et pourtant, caressant l’idée de s’envoler après un dernier gros coup, il tombe amoureux de Eady. Robert De Niro, dans ce qui reste son dernier grand rôle, est immense dans la peau de ce personnage auquel il sait insuffler, outre une fragilité dans ces scènes avec Amy Brenneman, cette propension aux sursauts de violence – qui sont ici enfermés (pointant dans la scène avec Ashley Judd notamment) – dont il a fait montre par le passé, dans Goodfellas ou Casino mais aussi dans Raging Bull, avant que ça ne devienne un gimmick ridicule, qui (mauvais) film après (mauvais) film enterre une filmographie autrefois si magnifique. Al Pacino, quant à lui, donne à son personnage de flic, la même éternelle énergie, et la même folie qui l’ont servi dans certains de ses rôles les plus marquants, du Godfather à Scarface, ici canalisées par une direction d’acteur exemplaire, mais qui dans d’autres films font figure du plus infâme cabotinage. Il incarne Vincent Hanna, un policier de la criminelle fermement attaché à arrêter McCauley et sa clique, et à qui sa passion pour son métier lui a couté deux mariages, et met en péril sa relation avec Justine, sa femme (Diane Venora).

Heat, c’était surtout ça, à l’époque (1995), un film réunissant les deux plus grands acteurs de leur génération. De Niro et Pacino étaient deux monstres sacrés, au sens propre du terme, car les années ont donné à leur traits de la profondeur, et surtout achevé de les graver à jamais dans l’inconscient collectif. Heat était donc annoncé comme le choc des titans, car si tous deux partageaient l’affiche de The Godfather, Part II, il ne partageaient aucune scène. Faute que tenait à réparer, celui qui à cette époque était surtout pour la série Miami Vice, Michael Mann, l’un des grands réalisateurs vivants des dernières décennies. Ajoutez à cela un casting de rêve, et au passage une des meilleures performances de Val Kilmer (avec Real Genius) et sans aucun doute la plus émouvante. Tom Sizemore, Jon Voight, Dennis Haysbert, Danny Trejo, Wes Studi ou Natalie ‘motherfucking’ Portman, et tripoté de seconds rôles, tous plus connus (dans cette catégorie) les uns que les autres.

Le rythme est remarquable par sa constance, à la fois dans la tension mise en place par l’intrigue, distillée tout au long du film, et rompue par des séquences d’action où culmine l’émotion, film de braqueurs oblige. Le spectateur étant d’ailleurs plus enclin à choisir le camp de De Niro, c’est là que l’idée de faire s’affronter les deux acteurs est pertinente, car Pacino nous rallie du côté de la justice. On souhaite tour à tour que les uns et les autres réussissent, et donc, on flippe à chaque fois que le sort semble basculer d’un côté ou de l’autre. Cette constance trouve d’autant plus de mérite que Heat est fractionné par un nombre important d’arcs secondaires, qui à mesure que le film avance, deviennent inextricablement liés entre eux et à l’arc principal.

Waingro (interprété par cette vieille tête de Kevin Gage) est un ancien taulard participant à l’opération menée par l’équipe particulièrement soudée de McCauley, composée de Chris Shiherlis, Michael Cheritto et Danny Trejo. Ses tendances ouvertement psychotiques font quelque peu foirer un plan autrement bien huilé (le braquage d’un convoi de bons au porteur) à cause d’une montée d’adrénaline mal placée, en tuant un des convoyeurs d’une balle dans le visage, soldant de fait le sort les deux autres convoyeurs, et le sien. Neil manque pourtant de l’exécuter, et c’est sur ce détail infime que tout ce qui en découle repose, car si cette voiture de flic ne passe pas, Waingro, lui, y passe.

Dès lors – car qui dit cadavres dit aussitôt enquête criminelle – une partie de policiers & voleurs débute, l’équipe de Vincent mettant la pression sur la bande, qui doit donc repenser leur casse d’une banque fédérale. Chacun auraient des raisons de partir, mais tous trouvent une raison de rester. Quelques instants précédant le casse, Trejo se dit filé par les flics, obligeant donc le crew à se trouver un nouveau membre. Le destin met sur leur chemin (dans les cuisines du resto où ils prennent leur dernier repas) Donald Breedan, avec qui Neil a été à Folsom. Les scènes nous montrant sa volonté de reconversion contrastent violemment avec sa décision. Et ce n’est pas pour notre déplaisir malsain, car si la séquence du casse est savamment orchestrée, ce qui s’ensuit est un des instants les plus prodigieux jamais imprimé sur pellicule. Une fusillade dans les rues de L.A. entre De Niro et ses hommes et Pacino et les forces de l’ordre, qui cloue littéralement le spectateur à son siège. Il s’agit d’un moment non seulement captivant visuellement, mais aussi émotionnellement, car c’est la fin pour beaucoup de personnages. Neil se trouve après s’être échappé face à un choix cartésien, puisqu’il doit choisir entre l’honneur et l’amour, autrement dit s’enfuir avec sa bien-aimée, ou punir celui qui les a trahi. Sa décision le mettra en travers de la route de Vincent, et causera sa perte, dans une scène tellement magnifique qu’aucun mot n’est assez fort pour la décrire.

Heat est un chef d’oeuvre. Et là où Heat est un chef d’œuvre, Public Enemies est un ratage. Malgré une mise en scène remarquable et des acteurs excellents, il ne parvient a briller que par quelques séquences. Point de dimension tragique, point de profondeur psychologique. Au lieu de ça, des platitudes, de l’ennui, de la prétention. Les personnages sont aussi superficiels que les acteurs, sous-employés. Deep est charismatique, Bale est comme à son habitude, énorme, . Seule exception, la Cotillard, qui doit être l’actrice la plus suréstimée du moment, et qui, en plus d’être insupportable dans toutes ses scènes – au point de faire naitre en moi l’envie, si je lui tombe dessus, de lui chier dans la bouche – affiche sans complexe que l’anglais devait pas être sa matière préférée au lycée. Dieu que j’exècre cette actrice, pourtant plus que faisable et pas dépourvue de talent ! L’utilisation de la hd dans un film d’époque est assez génial, et donne au film une forme de réalisme plutôt prenant, notamment lors de la fameuse fusillade de Little Bohemia (tout de même nettement en dessous de la scène suscitée de Heat). Et bien qu’à vrai dire on s’en fout, il est clair que l’intrigue serait bien plus molle si Mann et ses scénaristes n’avaient pas pris quelques libertés avec la réalité historique, en particulier avec la mort de Babyface Nelson. Quant à la fin de John Dillinger, elle est certes climatique, mais à l’image du film, traitée de maniere presque anecdotique.

On comprend que Mann tente de raconter la chronique de ces gangsters, qui vivaient dans l’instant, trouvant du plaisir dans le danger, tout ça sur un rythme trépidant (parfois trop pour installer ses personnages) à l’image d’une autre des séquences fortes du film, l’évasion de John, filmée en temps réel. Mais au final, Public Enemies est juste terriblement chiant.

Et c’est dommage.

5 thoughts on “Heat & Public Enemies, Le Meilleur et Le Pire de Mann”

  1. Je tiens à dire que c’est plus que faux ce que tu dit à propos de Michael Mann, qui selon tes dire était surtout connu à l’époque pour son travail sur la série “Miami Vice”.
    C’est plus que faux vu qu’il était déjà le réalisateur respecté de “Le dernier des Mohicans” qui avait eu un grand succès à sa sortie, de “Manhunter” (1ère adaptation ciné du Dr. Hannibal Lecter) mais également de “Thief”, un polar réussi avec James Caan.

    C’est important de préciser ça car c’est sûrement pas en ayant produit et réalisé quelques épisodes d’une série que les deux monstres sacrés du ciné acceptent de bosser avec toi ! Le succès critique et public du “Dernier des Mohicans” y est sûrement pour beaucoup, tandis que “Thief” permet de se faire une idée de la maîtrise de Michael Mann du genre du polar.

    1. Tu as raison, j’aurais du parler du Dernier des Mohicans avec DDL, et je te remercie d’ajouter un complément à cet article, invité mystère…
      Mais en l’occurrence, Manhunter et Thief ont simplement connu un succès d’estime et sont plus ou moins passés inaperçus. C’est avec Heat que Mann a réellement connu le succès et que les gens se sont intéressés à son travail, et à ses précédents films.

  2. “dans une scène tellement magnifique qu’aucun mot n’est assez fort pour la décrire”

    Haha ! C’est tellement beau cette phrase qu’aucun mot n’est assez fort pour la décrire…

    1. j’avoue, c’était un peu faible, mais je sais pas, j’étais comme en transe en repensant à cette scène, à la musique.

  3. Oh comme tu y vas… Bien sur que The Doors est son meilleur rôle, je trouvais un peu idiot de le souligner car tout le monde le sait, c’était juste de l’ironie… Quoique, Real Genius contient quelques dialogues assez kiffants.

    Bisou

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