‘The Fuck!

Le prequel d’Alien, dont le scénario n’est toujours pas écrit, serait en voie d’être réalisé par Ridley Scott himself, qui jusqu’alors était annoncé comme simple producteur. D’aucuns pourraient se réjouir mais en y réfléchissant bien, il y a pas vraiment de quoi se réjouir d’un énième épisode à la base, peu importe qui soit aux commandes.

Marrant de voir que si à l’époque où, jeune réalisateur, il enchainait deux chefs d’œuvre (Blade Runner et Alien), signer une suite était trop indigne pour sa personne (Cameron s’en était plutôt bien occupé), le gars retourne aujourd’hui sa veste afin de se faire un peu de blé sur une franchise déjà bien mal en point après s’être faite défoncer dans tous les sens, et que Scott, tel un enculé d’opportuniste, va bien finir.

Ce qui fonctionnait dans Alien c’était la trame horrifique classique, un crescendo dans l’angoisse et l’épouvante, mêlés à une SF ultra-réaliste. L’équipage du Nostromo, un cargo spatial en route pour la Terre, plongé dans un “hypersommeil”, est réveillé par un S.O.S. Il monte une expédition pour retrouver les survivants… Un des hommes est attaqué et en résultera la naissance d’un monstre qui va joyeusement décimer tout le monde.

Dans le cas de figure où le prequel en dirait plus sur le “space jockey”, ce qui est un peu ce que les fans attendent, le film pourrait vraiment être cool, mais dans celui où il n’irait pas chercher très loin, c’est-à-dire raconter une aventure similaire à celle de l’équipage du Nostromo, avec une énième bestiole boulottant de l’humain, l’idée est sans intérêt.

La trilogie a toujours gravité autour de Ripley (incarné à la perfection par Sigourney Weaver). C’est Ripley qui, suite à une attaque sur une planète isolée – planifiée par la compagnie Weyland – est chargée de secourir les survivants, aidée d’une équipe de space marines, pour découvrir non pas un, mais une colonie entière dans Aliens, et sa reine, dans une suite signée par un Cameron qui mise davantage sur l’action et la confrontation entre les deux races. Et enfin (j’éviterai la polémique en parlant de Resurrection) dans Alien³, le vaisseau des survivants de l’épisode précédent s’écrase sur une planète prison, avec pour seule rescapée Ripley, qui se retrouve elle-même avec un alien dans le bide. L’ambiance était glauque et sinistre et morbide et l’originalité venait de la vélocité d’un alien quadrupède (l’hôte est ici un chien et pas un homme) et de la menace à la fois extérieure (le monstre) et intérieure (les prisonniers psychopathes) mais valait surtout pour son final, qui terminait en beauté une trilogie parfaite. Réellement parfaite. Avant qu’elle ne soit ravagée par la série des AVP.

Raconter -et donc expliquer- comment des personnages – interprétés par des inconnus ou/et des incapables – se retrouvent aux prises avec des aliens serait inutile. Entre un équipage de cargo impuissant, une escouade de marines décérébrés, une population de criminels désarmés, et des mercenaires cyniques, et entre la partie de cache cache du 1, la guérilla et la paranoïa du 2, la chasse à l’homme au monstre du 3 et la course poursuite du 4 (je fais un effort), les parties de chasses furent variées. Et bien que ce soit la confusion provoquée par l’aspect protéiforme de la menace et la surprise des attaques qui nous fout la trouille, c’est aussi le mystère qui entoure le S.O.S. qui commence à faire flipper et sur le même principe, la planète qui ne répond plus dans le second, et le crash du vaisseau dans le troisième qui participe à installer une atmosphère oppressante. Se servir de ça pour en faire un film à part entière, et sans Sigourney Weaver, à quoi bon sérieux ?!

Certes, Ridley sait réaliser un film, mais donnera-t-il autant de puissance et d’intensité et surtout y prêter le même enthousiasme que trente ans auparavant ? Il est de toute façon impossible d’égaler le chef d’œuvre absolu qu’est Alien. Par contre il est carrément possible qu’il ternisse son image en réalisant un épisode superflu, fatalement destiné à être une merde, bourrée d’effets spéciaux dégueulasses et de redondances scénaristiques. Je te pisse dessus Ridley, sale vendu.