Castaway On The Moon 김씨 표류기

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Castaway On The Moon ne fait pas parti de ces rares films totalement originaux, complètement inventés de bout en bout – il dérive visiblement du Cast Away de Zemeckis, et emprunte au Last Life In The Universe de Pen-ek Ratanaruang son héros et un peu de son ambiance. Et pour autant il n’est pas une construction bâtarde des deux, loin de là. Il est un film à part entière.

Le film s’ouvre d’entrée sur la tentative de suicide de M. Kim (Jeong Jae-yeong, Welcome To Donkmakgol, Guns & Talk, Someone Special) après un coup de fil de sa banque le sommant de rembourser ses emprunts, qui peut d’abord faire penser à une histoire de cadre au bout du rouleau. Étant donné que le film continue sa course frénétique dans une voie aussi absurde qu’imprévisible, je ne m’en voudrais donc pas de vous dévoiler ce qui va suivre, mais je m’abstiendrai de tout raconter, car ne connaissant rien du scénario avant d’en commencer la vision, je pense que mon enthousiasme est largement du à l’absence d’à priori. Comme je crois que la meilleure façon de voir un film, c’est de n’en connaitre aucun tenant (ni évidemment aucun aboutissant) …

Dans une séquence montée à la perfection qui parvient à éveiller, tour à tour notre stupéfaction, notre hébétude puis notre hilarité, notre inquiétude, et enfin notre résignation, et ce en une dizaine de minutes, le réalisateur Lee Hae-junle nous raconte donc l’histoire de ce mec qui se jette dans le Han (ceux qui ont vu The Host se rappelleront du fleuve qui traverse Séoul, ceux qui sont calés en géo aussi) puis qui s’échoue, inanimé, sur une rive. Lee joue avec les codes visuels et narratifs du genre – ce qui n’est pas sans rappeler Lost – par le biais d’une caméra qui ellipse, qui déséquilibre, qui désoriente; du jeu de son acteur principal et d’une végétation coréenne passant pour celle d’une ile tropicale, non pas perdue au milieu du Pacifique, mais située au beau milieu du fleuve. Un ilot cerné par des façades d’immeubles, au centre duquel se dresse un des piliers du pont d’où il a sauté.

Le spectateur (et en particulier le spectateur occidental) ne comprend pas immédiatement où se trouve notre héros, qui semble se poser les mêmes questions : Est-il mort ? Est-il sur une ile déserte ? Est-il en train de rêver (le titre du film ne s’expliquant que plus tard dans le film, on est en droit de le supposer) ou d’halluciner ? Peu à peu conscient de sa situation, il va tenter d’appeler à l’aide, et ainsi suivre chapitre par chapitre le guide des résolutions pour se sortir de sa merde, qui, nul besoin de le dire, est totalement absurde, mais de fait encore plus désespérée que celle d’un naufragé. Le type est coincé sur une putain d’ile en plein milieu d’une putain de métropole !

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Pendant ce temps, du haut d’un appartement d’un immeuble bordant le Han, Jeong-yeon Kim (Jeong Ryeo-won, Two Faces of My Girlfriend), une jeune recluse, qui ne sort jamais de sa chambre, dort dans son placard dans du papier bulle, passe sa vie à mettre à jour sa page sur un genre de facebook coréen et à prendre des photos de la Lune (oui, voilà pourquoi, désolé pour le spoiler, il n’est pas de taille non plus, déconnez pas !) et qui est, d’une façon analogue, isolée du reste du monde qui l’entoure.

Or, deux fois par an, chaque fois que l’exercice anti-raid aérien mis en place par le gouvernement et l’armée, pendant lesquels la population entière de la ville s’arrête, Jeong-yeon enfile un casque de moto, ouvre ses rideaux et sa fenêtre, en plein jour, afin de prendre quelques clichés de la ville désertée. Dans ces plans d’une exquise étrangeté, Lee Hae-jun fait allusion aux rapports entre Corée du Nord et Corée du Sud, et le film glisse peut-être la vision du réalisateur/scénariste sur la scission entre les deux pays, comme beaucoup de films l’ont déjà fait, notamment J.S.A. de Park Chan-wook ou Silmido de Kang Woo-seok, dans lequel jouait Jeong Jae-yeong. Liées, intimes, les deux Corées semblent pourtant évoluer dans deux univers parallèles, comme Jeong-yeon et M. Kim, qui se connaissent presque viscéralement, mais parviennent difficilement à communiquer.

C’est en tout cas pendant qu’elle scanne la ville dans l’œil de son appareil que notre jolie autiste découvre notre héros sur sa plage, et dès lors, le film prend la tournure d’une bonne vieille histoire d’amour. Et ouais. Et contrairement à la majorité des comédies romantiques grand public coréennes, Lee n’abuse pas d’effets lacrymaux, laissant aux soins du duo d’acteurs, de créer naturellement cette romance jamais sirupeuse, souvent atypique, et néanmoins merveilleuse… Et c’est dans la dernière partie du film que le cœur de l’histoire s’ ouvre autour d’une chose en apparence insignifiante, le rêve de manger des pâtes, mais qui va donner à M. Kim un sens à sa solitude, et à sa vie. Et aussi barré que le film puisse être au début, avec ses allures de dessin-animé – dans le bon sens du terme – c’est sur cette idée simple que le film touche au sublime.

J’adorerais vous en dire plus mais je crois qu’il faut juste que vous le matiez, parce que mes amis, autant vous dire que Castaway On The Moon est un pur petit bijou, unique.

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