Les 5(+1) Nanars de la Décennie

Puisque le temps est aux compilations de la décennie qui s’écoule (techniquement il reste encore 2010 et 2000 n’en fait pas partie mais faites pas chier, m’kay) je me suis mis au travail. Et histoire de pas commettre la même erreur que Pajiba qui en a déçu plus d’un en pondant des listes vite faites et bien réfléchir avant de taper, je vais commencer petit par les 5 meilleurs “pires” films des ’00.

Je précise qu’il ne s’agit pas des pires films de la décennie – garants du titre de pire film de l’histoire du cinéma – sans quoi bien des navets, tels Norbit, Glitter, Cinéman, People, Pédale Dure, Les Dalton, Samourais, Asterix aux Jeux Olympiques, Terminator 4, Transformers 2, Dragonball Evolution, Mortal Kombat 3, Whiteout, Ballistic, ainsi que tous les films de cette pourriture d’Uwe Boll, auraient élargi cette liste à 100. Non, je parle de ces films qui sont si mauvais qu’il en deviennent bons, certains d’entre eux sont des nanars au sens propre du terme (fauchés et conséquemment mal exécutés) d’autres tombant dans des catégories plus obscures, et néanmoins tout aussi plaisant à voir ou revoir.

Sans plus attendre, je vous présente la listes des meilleurs “pires” films des ’00s.

Mention honorable : Street Fighter : La Légende de Chun Li pour la performance hystérique de Chris Klein aka Nash.

5. Battlefield Earth (2000).

Les auteurs de cette titanesque daube pourraient presque s’en tirer avec les honneurs en pondant la formule qui transforme un passable navet en un fantastique nanar. En plus de signer un scénario inspiré du pavé du père de la scientologie L. Ron Hubbard, aussi profondément idiot que bougrement compliqué, entre ses machinations bureaucratiques et ses retournements de situations débiles (hommes de Néandertal pilotant des avions de chasse aliens), il s’agit de s’adjoindre les services d’un acteur confirmé en totale roue-libre.

Comme Nicolas Cage plus bas, John Travolta est un de ces acteurs qui manquent sérieusement de flair pour choisir leurs scripts, ce qui les met généralement dans la position où, ayant affaire à un réalisateur qui a d’autres problèmes (réaliser un film pourri) ils peuvent surjouer à loisir. Sa performance en alien rastafari de 3 mètres, grimaçant, fronçant ses longs sourcils et caquetant ses dialogues, est si grotesque, si délicieusement barrée qu’elle en devient spectaculaire, donnant la note pour le reste de la distribution, qui en font tellement des tonnes, que leur jeu résonne encore dans le vide sidéral.

4. La Tour Montparnasse Infernale (2001)

Si Eric et Ramzy ont fait les beaux jours de la sitcom à la française, ils semblent multiplier les catastrophes cinématographiques comme Jésus multipliait les pains. Double Zéro, Steak et Seuls Two sont véritablement trop mauvais pour figurer dans cette liste, La Tour Montparnasse Infernale est en revanche un bijou qui a sa place ici, un petit plaisir inavouable, un guilty pleasure de choix.

Financé avec la tombola d’une école primaire, mis en scène à la va-vite et monté à la hussarde, brillant par des dialogues mémorables, aussi bien que par des gags lourdingues, chaque seconde de ce film est incrusté à vie dans la mémoire de ceux qui l’on vu. Du “Ah t’es pidé” au “Comment il t’a défoncéééé”, tout est si approximatif, si décalé, si pas drôle que ce qui est sensé ne pas fonctionner fonctionne. Et pour un film réalisé, écrit et joué n’importe comment, le fait d’avoir laissé “C’est de toute beauté” ou encore “Comment j’l’ai bien baisé!” à la postérité, quelque part, mérite bien un statut culte.

3. The Wicker Man (2006)

Outre le fait que le film démontre que Neil Labute est un pitoyable misogyne, son malencontreux remake du Wicker Man de Robin Hardy (1973) se tient comme le mètre étalon de la complète inutilité du concept de remake. Tout ce qui était si génialement malsain dans l’original – qui a influencé pas mal de films dans lesquels un protagoniste se retrouve face à une petite communauté cachant un terrifiant secret – se voit ici effacé au profit d’une morale saugrenue où toutes les femmes sont des monstres démoniaques paradoxalement faibles et stupides (et superstitieuses), et d’un scénario indigent – multipliant les coups de pressions absurdes, les scènes de rêves ridicules, les dialogues ineptes et les rebondissements tordus – servi par des acteurs autrement compétents mais qui ici jouent terriblement mal, personnages secondaires comme principaux semblent en effet tous atteints de méningite.

Or la seule présence de Nicholas Cage suffit à faire de ce film une perle d’humour involontaire. “Outrancier” parvient à peine à rendre justice à son jeu (que l’on a depuis pu voir dans l’autrement génial Bad Lieutenant : Port of Call New Orleans), l’acteur y croit tellement qu’il semble tout donner, et se met en full-time fou furieux – vu que la subtilité c’est pas son rayon et que le materiau aide pas non plus – et ainsi offrir au spectateur hypnotisé, en courant dans tous les sens comme un possédé, traitant toutes les femmes qu’il croise de salopes, quand il ne les frappe pas en pleine gueule, un véritable tour de force. “LOTS OF BEES, LOTS, LOTS OF BEES, AAAAAH, THEY’RE IN MY EYES, MY EYES! AAAAAAAAAH! AAAAAAAAAHHHHHHHHHHRGH! Urgh”

2. The Happening (2008)

Quant M. Night Shyamalan nous mis une claque avec Le Sixième Sens, en 99, personne ne pouvait envisager ce qui suivrait. Si Incassable est plutôt réussi bien que mésestimé, la peinture un peu pompière de son héros passant mal par moments, son style autrefois si personnel s’est vu tomber dans la caricature, risible dans Signes et plus tard dans Le Village, jusqu’à devenir insipide dans Lady In The Water. Avec The Happening, on croyait le prodige de retour, à l’image de sa bande-annonce bien flippante. C’est d’ailleurs ce qui est frappant rétrospectivement, comme avec ses ellipses, son épure, et l’impact de ses images, la bande-annonce marche à merveille. Étiolée dans un métrage d’une heure et demi, qui se veut malin parce que son héros n’est pas l’habituel sauveur de l’humanité auquel Hollywood nous a habitué, mais qui surtout se veut effrayant quand chaque scène inquiétante est désamorcé par le plus formidable comique involontaire qu’il m’ait été donné de voir dans une salle de cinéma, cette bande-annonce, et avec elle la prémisse d’un thriller paranormal, a perdu toute sa substance.

Le film ne tombe pas vraiment dans le nanar pur sang non plus, même si le résultat est prodigieux de nullité, la réalisation est virtuose et il a les moyens de ses ambitions. Ce n’est pas le truc un peu ringard, un peu fauché, et un peu nul comme les précédents sur la liste, qui en sont conscients à un certain niveau, pataugeant ou dans l’humour naze, ou dans l’action racoleuse et la violence gratuite, ou encore dans l’interprétation outrancière. Au lieu de ça il est prétentieux, lénifiant, l’intrigue est imbécile (courons dans la forêt pour nous protéger, puisque les grandes villes sont la cible des arbres tueurs (!!!), puis cachons nous chez un vielle folle comme dans War of the World), et le scénario, crétin, entre dialogues abscons et situations aberrantes, le film est confondant de connerie, si on ajoute la stupidité inhérente à certains trucs de mise en scène (le vent disperse toute toxine volatile, mais ici, il est le seul moyen pour le réalisateur de rendre palpable le danger imminent, qu’à cela ne tienne !). Mais ça n’est rien en comparaison des acteurs. Déclamant leurs répliques comme si le script contenait plus de points d’exclamation qu’un texto d’une pétasse de 14 ans, Zooey Deschanel est horripilante au possible, décidant qu’une hécatombe est le meilleur moment pour régler ses problèmes de couple, et ‘Marky’ Mark Wahlberg constamment ahuri ou interloqué, voire completement défoncé, semble ne même pas comprendre les tenants et les aboutissants qui guident son personnage. M Night n’est pas un grand directeur d’acteurs, c’est donc un peu idiot d’avoir choisi Wahlberg, qui excelle lorsqu’il est bien dirigé, mais fait tout capoter lorsqu’on le laisse… jouer. A l’instar des protagonistes, et quand bien même l’humanité est menacée, tous les personnages semblent dans le vague, même lors des hilarants décès (le bras du gardien de zoo emporte la palme) où leurs réactions sont si peu naturelles qu’il est impossible d’y croire sérieusement. C’est ce qui rend ce film si extraordinaire. Tout, vraiment tout, est à côté de la plaque.

1. The Room (2003)

Pour tous les puristes du “so-bad-it’s-good movie”, pour tous les nanarophiles, hardcores grenoblois ou amateurs parisiens, ce film est une offrande divine, sortie du cerveau malade d’un homme, Tommy Wiseau.

Dans le même esprit que le sublimement mauvais The Rocky Horror Picture Show, le film a gagné son statut culte au fil de projections secrètes dans les petites salles californiennes ou new-yorkaises, et a rapidement conquis une base de fans dévoués à la grandeur de ce chef d’œuvre du nanar, plus mauvais film personnel de l’histoire du cinéma depuis Glen Or Glenda?. Car cette absence radicale de talent, que ce soit devant ou derrière la caméra, dans le mauvais goût (assumé) de scènes d’amour dignes de films érotiques ’90s, et de séquences dignes de télénovelas brésiliennes, le faible niveau des dialogues (un euphémisme !) et la qualité de l’intrigue, derrière tout cela se cache un personnage qui ne comprend ni les femmes, sorcières manipulatrices, blasées et vénales (et oui tout ça), ni les hommes, égoïstes drogués ou libidineux,  and it’s tearing him apart, Lisa!

The Room vaut autant pour la farce qu’est le film, à la fois intense et maladroite, que pour le malaise généré par le jeu de sa star/réalisateur/scénariste, si atroce, si bizarre, si en dessous de tout (justesse, émotion, réalisme, prononciation… j’en passe) que ça en est puissamment jouissif, et dans le même temps, terriblement navrant. Rien de ce que vous avez vu, entendu, senti, touché, gouté ou vécu, n’est comparable à ce truc qui s’attache sans relâche à redéfinir le “pas bien”, explosant le baromètre nanar, et en même temps, rassemblant des gens dans leur amour du cinéma déviant. Chapeau l’artiste. Merci Tommy.

addendum

Southland Tales (2006)

Lorsque je parlais de films génialement mauvais, j’ai trop vite passé sur le fait que ces films ne sont pas nécessairement des nanars. Southland Tales, que l’on doit à Richard Kelly (Donnie Darko), est le résultat malencontreux d’aspirations mythologiques et d’ambitions plastiques trop grandes vis-à-vis d’un scénario trop nébuleux et d’une mise en scène trop découpée. Au final, il s’agit d’un cas d’école de film raté…

Cependant, Southland Tales, par sa distribution 5 étoiles (et ses performances impeccables) par quelques scènes cultes, et surtout par son atmosphère éthérée et entêtante, est une expérience unique. Au fil d’une histoire imbitable, surchargée de personnages, on n’a d’autre choix que de se laisser porter et apprécier la ballade. Car malgré ses innombrables autant qu’impensables défauts, c’est un film qui séduit et envoute… A voir donc, mais à retenir comme un ratage total.

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