Why Did You Come to My House (우리집에 왜왔니)

J’ai adoré ce film, et l’aspect anecdotique qui me lie à lui y est peut-être pour quelque chose.

J’ai voulu voir ce film à cause de son affiche, et de l’actrice Hye-jeong Kang, dont je suis amoureux depuis Old Boy, dans lequel elle jouait la fille du héros en titre – Oh, est-ce que je viens de vous ruiner Old Boy ? Allez vous faire mettre, si vous n’avez toujours pas vu ce film, vous n’avez rien à foutre ici – et que j’ai vu et adoré dans Welcome To Dongmakgol, Rules of Dating, Love Phobia, et dont j’ai même guetté les apparitions dans Antarctic Journal, 3 Monster, Sympathy For Lady Vengeance ou encore Invisible Waves. S’il existe une comédienne passablement inconnue du grand public mais qui peut tout jouer – je peux vous l’assurer et ne prenez pas en compte ma tocade mais bel et bien mon œil avisé – c’est elle. Il y a un an de ça, quand Why Did You Come to My House est sorti, et fut presque immédiatement disponible en téléchargement, il n’y avait pas de sous titres. Hier, j’ai enfin pu le voir… Avec les pires sous-titres de l’histoire des sous-titres synchronisés n’importe comment (absences, répétitions) dans un anglais plus qu’approximatif.

Autrement dit, mon visionnage eut pu être plus favorable. Et pourtant, malgré une chronologie complexe (ou compliquée par le coréen et ces maudits sous-titres) et des personnages narrateurs et acteurs d’une histoire tordue, j’ai été ému, amusé et terriblement charmé par cette histoire, ses acteurs superbes, sa mise en scène inspirée, donnant vie à cette histoire d’amour(s) tragique – un brin pathétique par instants – parfois glauque ou saugrenue, toujours juste. A l’heure ou la comédie romantique prend le pas sur le drame sentimental, parce que le public américain (et donc mondial cherchez pas) préfère une histoire qui ne se prend pas au sérieux plutôt qu’un truc bourré de pathos à la Love Story, c’est rafraichissant d’en voir un qui s’assume comme tel, tout en empruntant un peu à la comédie, mais aussi à quelques éléments du polar, revitalisant ainsi le genre lui-même.

L’histoire se passe en 2007, Byeong-hee (Park Hee-soon), est arrêté par deux policiers qui enquêtent sur la mort d’une vagabonde, Soo-kang (Kang Hye-jeong), ayant retrouvé des lettres lui étant adressées parmi les affaires de la victime. Byeong-hee passe une nuit en garde à vue, puis aux aveux, et raconte dans quelles circonstances il a rencontré la victime, deux ans auparavant. Après la mort de sa femme, et les quelques tentatives de suicide qui en découlent, il essaye de se pendre, et en finir. C’est à ce moment que fait irruption chez lui une clocharde qui tente de l’arrêter, s’en suit une burlesque bagarre entre le pendu, tentant de repousser à coups de pieds et regards expressifs (genre je souhaite décéder, vous seriez aimable de me laisser faire) sa samaritaine, et celle-ci qui après que la corde ait cédé sous les balancements du corps, se met à le rouer de coups de pieds jusqu’à évanouissement. Cette scène est en même temps commentée par le policier et le narrateur, et j’imagine que j’aurais pu vous dire à quel point c’est cocasse ou simplement ce qui est dit si ces putains de sous-titres n’avaient pas été réalisés par un demeuré dont l’anglais ne devait probablement pas être la LV1 au lycée, et qui ne saisit pas les spécificités de l’art du sous-titrage.

Lorsqu’il se réveille, Byeong-hee est ligoté, et près de la fenêtre se tient son agresseur, qui observe le voisin d’en face par la fenêtre. Ce voisin d’en face est la raison de sa présence – le sauvetage de notre protagoniste n’est qu’une simple coïncidence – puisqu’elle dit être là pour se venger de lui, et ne libèrera son hôte que lorsque son histoire avec celui qu’elle décrit comme un sale merdeux – et que les initiales PJM inscrites sur ses chaussures lors d’un flash back désignent comme Park Ji-min – sera réglée. Byeong-hee va alors raconter au policier ce qu’elle lui a raconté, l’histoire de Ji-min et Soo-kang, celle qui devient, qui est devenue, par le biais d’un syndrome d’Helsinki plus ou moins conscient, une âme sœur. Et tout ce qui se passe, qui se raconte, tous les évènements qui s’ensuivent, situés à différents instants de la vie des deux héros, arrivent – malgré la prévisible tension amoureuse émergeant de leur situation – à nous surprendre, et c’est ce qui rend ces portraits de personnages à vifs si vivants, si vrais. Ils ne sont pas les protagonistes idéaux d’une histoire sur la reconstruction, ils sont (et le ton est donné dès le départ lorsque l’on voit les photos du cadavre de Soo-kang) les anti-héros d’une fable sur la difficulté de vivre, et le caractère destructeur de la passion amoureuse.

C’est une tragédie, traversée de fugaces instants de bonheur ou de drôlerie, où tout est retenu, comme pour ne pas effrayer les deux protagonistes, qui pourraient retomber dans leurs gouffres respectifs de désespoir et de dépression. Byeong-hee apparait au départ vain, inconséquent et imbécile, parce que le suicide semble toujours être ces choses, mais à mesure des flashes-back, on comprend ce qui peut le pousser à un tel extrême. Quant à Soo-kang, et malgré sa défiance envers ce présupposé, elle est folle. Pathologiquement, cliniquement atteinte de folie. Son esprit dérive, ou s’obsède, et s’exprime de façon incohérente (encore une fois, je crains que les sous-titres n’y soit pour quelque chose.) Si le drame de Byeong-hee et sa femme tient du plus pur évènement arbitraire, il est compréhensible que du point de vue de Byeong-hee, son malheur est une punition, une sentence pour sa faute, qui l’empêche de retrouver le goût à la vie, non seulement parce qu’il lui est impensable de retomber amoureux, mais parce qu’il se sent responsable, le suicide dans ce cas semblant être la seule issue. Soo-kang, dans sa persistance aveugle à retrouver son amour de jeunesse, au prix de sa dignité et de son équilibre mental, se pose à priori comme l’opposée de Byeong-hee. Si sa folie n’est pas la conséquence, elle en est la cause. C’est inconsciente ou/et déterminée qu’elle s’accroche à sa relation avec Ji-min, même si la nature de celle-ci a complètement changé, le fait qu’elle aime devrait, dans sa logique contrariée, faire fonctionner leur histoire. Dans un monde taré, elle pourrait passer pour une grande romantique. Mais la vérité, c’est que comme pour Byeong-hee, cela lui a tout couté, elle le sait, mais elle s’en contente, rendant son portrait aussi pathétique que son apparence.

La façon dont le réalisateur Hwang Soo-ah traite cette histoire tient vraiment de la gageure, car malgré les ficelles mélodramatiques grossières, il réussit, avec ses deux acteurs principaux, à rendre le scénario de Kim Ji-hye d’une justesse implacable, et fait de tous ses plans, de toutes ses scènes autant de pièces d’un puzzle triste, teintés ici d’une sensibilité éthérée, emplies là d’une profonde mélancolie, et parfois baignées dans un soupçon d’impressionnisme, laissant un poids sur le cœur, ou la trace d’une larme sur la joue. Je m’emporte, mais en conclusion, voyez-le.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s