Le retour de Southland et Justified

Entre les quelques cliffhangers et les questions laissées sans réponses, il semble qu’il s’est passé un temps infini avant ce premier épisode de la quatrième saison de Southland, intitulé “Wednesday”, qui vient une fois de plus de faire la démonstration des qualités de la série de TNT. Et ça m’a fait penser que si mars 2011 est déjà un lointain souvenir, ça n’excuse pas l’omission de “Graduation Day” de la liste des 15 meilleurs épisodes de télévision de l’an passé. L’erreur étant corrigée, il me suffit donc simplement de dire que cette nouvelle saison promet, si j’en juge par ce season premiere.

Lucy Liu et Lou Diamond Philips, qu’il est plaisant de revoir, incarnent deux nouveaux personnages, Jessica Tang et Ferguson, qui s’imposent après seulement un épisode grâce à des caractères très marqués, et deux séquences bien marquantes (une habitude maintenant pour cette série). Ferguson nous est présenté, dès le départ chronologique de l’épisode – qui comme de coutume s’ouvre sur un flash forward – comme Dewey dans les premières saisons. Autrement dit un potentiel antagoniste pour Ben, que l’on retrouve par ailleurs avec Sammy en  tant que partenaire (comme le laissait entrevoir la fin de la saison précédente), et la tension monte jusqu’à en venir aux mains. Quant à Jessica, alias Hollywood – alias Putang pour Dewey, qui décidément n’en finira pas dans le registre de la caricature du flic borderline raciste et passablement abruti – elle fait équipe avec un John Cooper fraichement sorti de rééducation (après son opération), et très franchement ça fait juste trop plaisir de tous les retrouver, et cet épisode est juste tellement convaincant et maitrisé.

Entre les séquences d’intervention qui s’enchainent à une cadence qui laisse peu de répit au spectateur, nous prenons la température des nouvelles équipes et faisons gentiment connaissance avec les nouveaux personnages, dont le nouveau partenaire de Lydia, Ruben (Dorian Missick), qui est présenté si naturellement, au fil d’une conversation qui dans n’importe quel autre film ou série paraitrait assenée, mais qui ici est si naturellement amené, justement par ce rythme si soutenu qui caractérise la série, mais aussi par le jeu des acteurs, analogue en cela à un The Practice (ça me fait penser qu’il faudrait que je dresse la liste des séries des ’90s), où tout est si criant de vérité que les acteurs pourrait franchement passer pour des flics (comme les acteurs de la série susnommée auraient facilement pu être des avocats). C’est décidément cette énergie, ce réalisme et ce naturel qui fait de cette peinture du quotidien des officiers et inspecteurs de la police de Los Angeles la série policière incontournable du moment.

[EDIT] en bonus, une interview de Ben McKenzie chez Kimmel.

***

Il en va de même pour Justified, qui a donc, avec ce premier épisode intitulé “The Gunfighter”, entamé une troisième saison attendue, en regard de la seconde. Car si la première saison était suffisamment originale en terme de tonalité et d’atmosphère pour susciter l’attention (pour certains, le spectacle de Olyphant avec un Stetson vissé sur le crane et un gun à la main suffit amplement), c’est véritablement la seconde qui en laissant un peu de côté les épisodes dits “stand alone” pour se focaliser sur l’intrigue couvrant la saison, a montré de quoi la série était capable. Alors c’est vrai qu’après la disparition, moralement satisfaisante quoique émotionnellement regrettable, de la marraine du comté d’Harlan, on était en droit de se demander qui pourrait la remplacer, et rivaliser en magnétisme et en ambiguïté avec l’extraordinaire Margo Martindale.

Histoire de ne pas commettre l’erreur de faire succéder un inévitable naze à l’antagoniste la plus mémorable de l’histoire de la télévision (ça me fait penser que je devrais citer mes sources, et accoler avec zèle la liste des pires vilains de la télé compilée par Warming Glow) les auteurs ont donc préféré le principe de méchants. Sachant que l’un des points forts de la série est sa propension à donner à des acteurs de second plan suffisamment de matériau pour leur extirper le meilleur d’eux-même, on peut saliver à l’idée de voir deux anciens de Boomtown, Neal McDonough (Band of Brothers, Minority Report) et Mykelti Williamson (24, Forrest Gump, Heat) et Carla Gugino (Karen Sisko, Sin City) se donner la réplique.

Alors quid de ce premier épisode ? Si il parle pour le reste de la saison, autant dire que Justified devrait asseoir sa position comme l’une des meilleures séries actuellement à la télévision. La vrai question en effet, était de savoir si la série tiendrait ses promesses en gagnant en densité et en profondeur avec les ans comme Breaking Bad ou Mad Men, ou comme Dexter et spécialement Sons of  Anarchy, commencerait à péricliter après une saison 2 démentielle. Je concède que j’ai l’emphase facile, mais vraiment peu de séries possèdent ce souci du détail, cette acuité dans l’étude de caractère, et ce sens de l’humour si particulier. “The Gunfighter” atteint des niveaux de jeu, d’écriture, de réalisation et de rythme qui surprennent, à la fin de l’épisode, d’être si subitement coupé, attendant le dénouement d’un film, qui ne viendra que des mois plus tard. On a bien sur plaisir à retrouver les accents et le sarcasme dans des dialogues qui pourraient être signés par Leonard lui-même. On a plaisir à retrouver les personnages et se demander ce qui les attend. Car clairement, ce n’est que le début. La dernière image de Boyd dans sa cellule, ayant retrouvé Dickie en prison, est juste le parfait point final à un épisode exemplaire, qui encore une fois pourrait être un film. On est au passage servi par un Neal McDonough qui la joue Travis Bickle avec l’assurance et l’intelligence d’un Bond, et un Desmond Harrington qui surprend dans un rôle typique (d’Elmore) et atypique. Bien que le perso ne semble pas amené à réapparaitre (c’est en tout cas ce que laisse présager la fin de ce premier épisode) ça me fait drôle de le dire, tant son personnage dans Dexter est insipide et son personnage dans Gossip Girl… (peut-on vraiment comparer Gossip Girl et Justified ?) mais l’acteur vole toutes ses scènes, et à Neal Mcdonough et à Timothy Olyphant. Et même si ceux-ci ont le dernier mot dans lesdites scènes, c’est un testament pour les auteurs de Justified, qui ont su puiser l’essence d’Elmore Leonard, son style, son attention aux personnages – même insignifiants – et ses emprunts au roman noir, et qu’ils ont su acoquiner à l’action et au suspense, et tirer de belles performances. Bref, vivement mercredi prochain.

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