Chronicle

Where is Wallace at? Huh String? Where the fuck is Wallace?!!

Chronicle repose sur le concept très lucratif dit du “found footage”, très à la mode (Parnormal Activity, Cloverfield) et en dehors d’un budget de 12 M de dollars remboursé dès sa première semaine d’exploitation aux États-Unis, ce concept est aussi ce qui nuit fondamentalement au film…

Pendant les premières minutes, le gimmick fonctionne, il justifie en soi la structure narrative, et installe un rythme effroyablement efficace. Andrew met sa caméra en route et filme des instants simples qui racontent bien mieux qu’une suite de scènes d’exposition un peu lourdes (typiques des films de super-héros) son quotidien de lycéen. Celui-ci est d’être terrorisé par son père ivre, de passer du temps avec sa mère malade, d’aller et venir en voiture grâce à son cousin et seul ami Matt, de déjeuner seul sur les gradins, et d’être malmené par de notoires butors. Or si cela semble un rien familier (on pense bien sûr à Spider-Man) rien n’est assené à ce moment du récit. Le père rudoie son fils, mais n’est pas présenté comme un sadique, mais plutôt avec réalisme, comme un homme qui perd soudain patience avec son fils de 17 ans, ce que l’on peut comprendre, sans pour autant excuser, lorsqu’une femme mourante et des soucis financiers conduisent vers l’alcoolisme. On apprendra plus tard qu’il est un ancien pompier, lorsque Andrew et Steve feront connaissance, dans une scène d’un tel naturel et d’une telle justesse, caractéristique du film, et qui découle directement du concept. Qui plus est l’histoire avance très rapidement, parce que chaque ellipse est en fait notre protagoniste éteignant et rallumant sa caméra, et parce que les auteurs, Max Landis et Josh Trank, ne cherchent pas dès le début à rajouter inutilement des attributs aux personnages, ce qui les rend d’autant plus réels, bien que le mérite en revienne surtout aux acteurs, à commencer par Michael B. Jordan (The Wire, Friday Night Lights), Alex Russell, et Dane DeHaan, qui était déjà excellent dans In Treatment, mais qui ici crève véritablement l’écran.

Après une rave à laquelle Andrew est convié par son cousin, où il fait la connaissance de Steve, et qui les amènera à découvrir une grotte renfermant une sorte de météorite luminescente, nous retrouvons nos trois héros exercer devant la caméra leurs pouvoirs, vraisemblablement trois jours après l’incident suscité. Ainsi, plutôt que de montrer comment notre protagoniste bascule du côté obscur (car il va basculer), et risquer de tomber dans le manichéen et alourdir l’intrigue, Landis et Trank assurent en préférant montrer trois mômes faire les cons avec leurs pouvoirs, découvrir petit à petit leur étendue, et poser les limites à leur utilisation. Ici, point de vilains ni de héros, juste des personnages ordinaires, rendus extraordinaires, moins maîtres de leurs destins que victimes des événements. Car si Andrew devient de plus en plus avide de puissance, il n’en reste pas moins le même garçon en guerre contre son monde, et son père en particulier. Il n’est ni Magneto, ni Octopus, ni Ozimandias, il ne cherche pas à dominer la Terre, trop occupé à dominer ses pouvoirs, à défaut de se dominer lui-même. Matt et Steve n’ont alors d’autre choix que de tenter de le raisonner, ou le maîtriser, parce qu’ils sont ses amis, tout simplement. Relativement rien d’extravagant ou de grandiloquent n’arrive, juste une suite d’incidents fâcheux. Aggravants. C’est ce qui rend le film à mon sens bien plus prenant qu’un Thor ou un Iron Man, où quelque part, nous savons que nous entrons dans l’univers cartoonesque et échevelé de Marvel. Chronicle fonctionne sur le réalisme d’une part, mais aussi sur la montée de la tension, qui se fait par à-coups, comme autant de dérapages et de bouleversements, jusque dans une scène de combat final dont l’issue est loin d’être prévisible.

Pourtant, il est impossible, après la vision du film, de ne pas se demander ce qu’un tel scénario, de tels comédiens, auraient pu donner si le film avait été de facture plus classique, car hélas, c’est bel et bien dans sa forme que le film pêche, sans pour autant le ruiner complétement. D’un côté, l’alchimie de Chronicle semble justement reposer sur cette façon de filmer, de témoigner des événements, plutôt que de les mettre en scène, de suivre le parcours des personnages, plutôt que d’installer des scènes qui tomberaient fatalement dans le cliché, ou qui mettrait à mal la cohésion de l’ensemble. Mais d’un autre côté,  il apparait assez grossièrement que le récit est subordonné au concept. Comme par exemple cette idée d’incorporer un personnage de bloggeuse qui filme sa vie, et qui n’a de surcroit aucun intérêt réel dans l’histoire, si ce n’est de faire exister le personnage de Matt autrement que lorsqu’il est filmé par Andrew. Les explications amenées ça et là concernant la justification de cette caméra métadiégétique peinent à convaincre dans les derniers instants du film. Mais le problème qui se pose à mesure que le film avance concerne surtout le développement des personnages secondaires, car mis à part Andrew, aucun n’a réellement de personnalité. Alors bien sur, s’en débarrasser est une manière efficace de contourner le problème, leur inventer une histoire d’amour en est une autre, quand bien même celle-ci sonnerait faux et paraitrait forcée.

Au final, Chronicle est une semi-réussite. Analogue à un château de cartes bancal, l’exécution est maîtrisée et parfois virtuose. Il aurait été intéressant de voir à quels sommets il aurait pu grimper si sa base n’avait pas été aussi fragile, mais c’est sur cet équilibre approximatif que tout repose, il est donc fort probable que tout se serait cassé la gueule.

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