Justified – S03E12 – Coalition

Quelques semaines plus tôt, Dustin Rowles écrivait dans un post sur Warming Glow, pour paraphraser, que Raylan Givens était un protagoniste un peu trop solide, un peu trop parfait, toujours en avance sur ses adversaires. Et l’épisode d’hier soir s’est presque amusé à lui démontrer pourquoi. L’épisode d’hier soir, pénultième de cette saison, méritait un article. L’épisode d’hier soir était fantastique.

Justified s’est progressivement imposée comme l’une des meilleures séries dramatiques américaines, et après une extraordinaire seconde saison, cette troisième n’aura certainement pas souffert de la comparaison, emmenant nos héros sur un chemin très différent, mais qui aura organiquement évoluée de celui emprunté une saison auparavant, comme tout bon drama devrait savoir le faire (*hum*SonsOfAnarchy*hum*) et cet épisode, comme celui qui le précédait, annonce un final surprenant. Surprenant parce qu’imprévisible, mais aussi parce que cela risque de très mal finir pour certains personnages. “Coalition” faisait ainsi figure d’une première partie pour le finale, intitulé “Slaughterhouse”, et qui sera diffusé la semaine prochaine. Cela dit, la saison entière nous y a préparé, les deux premiers épisodes prévenait de la menace qui pèserait sur Raylan ainsi que sur Boyd, Arlo et Ava, en présentant de nouveaux éléments, issus de la faune de Harlan, nommément Ellstin Limehouse et sa Dixie Mafia, ou de lointaines contrées, tel Robert Quarles, tout en ré-assemblant une nouvelle bande dirigée par Boyd, et en maintenant Dickie non seulement dans l’histoire, mais au cœur de l’intrigue.

Et c’est bien le dénouement entre Dickie et Raylan qui a hier soir démontré que c’est moins notre protagoniste qui se place un cran au dessus tactiquement, que ses adversaires qui ont un train de retard, à l’image de ce bon Dickie Bennett (une fois encore, énorme Jeremy Davies) qui est, pour reprendre les mots de Raylan, “juste… stupide. Juste un péquenot de merde veule et stupide.” Cette réalisation nous apparait d’autant plus clairement, que parmi tous les chausse-trappes et les coups de pute que l’épisode comptait (et il en comptait un paquet !) Dickie est celui qui tenait le “short end of the stick”. Et comme Dickie, le spectateur s’est fait lui aussi bien balader. Bon peut être pas comme Dickie. Mais que de rebondissements, de personnages doublés (quadruplés), entre un Quarles défoncé qui cherche ses alliés sans réellement savoir qui le manipule, et encore moins pourquoi on le manipule, et un Duffy qui en profite pour reprendre le dessus; un Arlo dément (la réaction de Walton Goggins lorsque celui-ci l’appelle “Raylan” était d’une telle justesse que ça m’a fait penser que l’on oublie parfois le niveau de jeu dans cette série) parti on ne sait où; un Boyd qui montre qu’il est plus futé qu’il ne le laissait voir, et Limehouse, en coulisses, tirant toutes les ficelles, improvisant, n’oubliant pas de pontifier tout en attendrissant ses steaks. Aura-t-il fait de Raylan sa marionnette, ou bien est-ce l’inverse ? Quoiqu’il en soit, et quand bien même le dénouement de l’affaire du magot de de Mags – et les retrouvailles entre Loretta et Raylan – permettent au spectateur de souffler, une machine infernale s’était mise en marche, et cette tension brusquement grandissante dans les dernières minutes, encore plus soulignée par l’état de Quarles, ne pouvait signifier qu’une chose. Et jusqu’à la dernière seconde, à l’instant où Raylan arrive, cette fois-ci trop tard, ce mystère funeste aura été préservé, et de fait n’en est que plus lourd en émotion. Car bien que secondaire dans l’intrigue, la précision et la justesse des scénaristes aura fait que pour le spectateur attentif, investi, sa disparition sonne comme la perte d’un ami. Que peut-on alors attendre de Raylan, qui a toujours été un peu hésitant entre faire ce qui est juste, et faire ce qui est légal ? Et si Boyd est coupable, que va-t-il advenir de leur relation ? Il va falloir attendre une petite semaine pour répondre à ces questions.

4 thoughts on “Justified – S03E12 – Coalition”

  1. Je comprend pas l’engouement (tout de même loin d’être général) pour “Justified”. D’accord, je regarde, mais plus comme un plaisir coupable qu’autre chose. Le personnage principal est de loin le moins intéressant de la série (pas ou peu de profondeur, mais ça c’est de la faute des scénaristes), et l’intrigue m’apparaît constamment étirée en longueur, d’autant plus dans cette saison 3.
    En fait, de mon point de vue “Justified” mériterait d’être ré-imaginée, mais avec Boyd Crowder en personnage principal. Car c’est désormais flagrant à quel point le personnage du Marshall n’est finalement plus qu’un spectateur des agissements des truands. OK il balance une patate et une punchline sympa de ci de là, mais il est tellement en retrait que c’est à se questionner sur son utilité. Il est très artificiellement incorporé à l’histoire (la raison principale étant qu’il enquête plus ou moins sur ce petit monde), et intervient anecdotiquement comme pour justifier sa présence. Quiconque peut essayer de me contredire, mais si vous analyser la construction scénaristique vous verrez que finalement “c’est pas faux” comme dirait l’autre. Après, de savoir si ça vous plaît ou pas est un autre débat…

    Mais pour moi, ça manque sévèrement d’intensité pour un thriller.

    1. Intéressant… Oh tu avais fini, alors permets-moi de rétorquer. Raylan s’est éloigné de sa femme, de son père (puisque la femme qui l’a élevé est morte) et c’est ce désengagement dont il est question dans cette saison. Le mec continue de faire son boulot, comme il sait le faire (comme le héros des bouquins d’Elmore Leonard le faisait, c’est à dire en en faisant qu’à sa tête), Stetson sur le crane et flingue à la ceinture. Je t’accorde que le mec n’est pas extrêmement fouillé, et je peux comprendre que ça t’emmerde, mais ce n’est pas aussi simple que tu le laisses entendre. Raylan a toujours été un espèce de mix entre Don Draper, à qui il emprunte la vie dissolue, sentimentalement chaotique, professionnellement abstraite, et Seth Bullock (forcément) à qui il emprunte l’attitude, l’intégrité, et la violence, et en ce sens, il n’est pas le personnage le plus fouillé parce qu’il doit garder une part de mystère, ainsi qu’une certaine indépendance. Qu’il subisse, davantage qu’il n’agisse, en quoi est-ce différent d’un protagoniste tel que McNulty ou d’un ‘straight man’ tel que Michael Bluth ?
      C’est justement son attachement aux personnages secondaires qui en font le héros. Un héros à la morale nuancée, et qui à défaut d’évoluer vraiment, passe par des phases différentes, change de trajectoire… Ce qui est d’ailleurs plus proche de la réalité (et une bonne façon de dévier de la règle qui consiste à faire évoluer ses personnages à tout prix) et encore une fois, des bouquins de Leonard. Je n’ai lu que “Swag” et “Fire In The Hole”, mais ça donne déjà une idée, et en quoi les auteurs ont pu y trouver leur inspiration pour ensuite imaginer leur propre histoire, en faisant un travail de recherche très fouillé sur la pègre du compté d’Harlan. Et pour la p’tite histoire, Boyd Crowder aurait du y passer à la fin de la saison 1, dans laquelle tu ne peux pas nier que Givens était le protagoniste. Que la série ait peu à peu muée en ‘ensemble’ où chaque personnage a son rôle à jouer, sa réplique à balancer n’en est que plus kiffant, pour moi, et pour beaucoup des critiques américains qui l’encensent, et qui savons peut-être reconnaitre la finesse et le soin apporté aux personnages, à la dynamique et à l’intrigue. Quand tu chies sur ces mêmes scénaristes parce que “le personnage du Marshall n’est finalement qu’un spectateur des agissement des truands” me fait me demander si on regarde la même série, parce que dans celle que je regarde, c’est lui qui arrête le gardien de prison qui détient ce bon Dewey, pour finir par dégommer une meuf à deux doigts de le tuer, c’est encore lui qui retrouve Dickie Bennett, et ce, à maintes reprises, ou empêche un maquereau de flinguer une de ses gagneuses, et c’est toujours lui qui est menacé de mort par Quarles et qui finit par savoir à quel petit jeu Limehouse joue réellement, en l’insultant au passage (et le magicien d’Oz avec), donc peut-être qu’avant de dire que sa participation dans le show “est anecdotique”, faudrait-il remettre en question ton sens de l’attention, ou ton sens de la formule.
      Comment, dans un show policier d’une telle envergure, ou plus que de simples enquêtes, on a droit, sur 13 épisodes, à des retournements de situation, des fausses pistes et des ‘double-cross’, peut-on dire que l’intrigue est étirée, ou que le personnage du flic n’a que peu à voir avec les bandits, surtout quand ceux-ci sont son père et son meilleur ami/ennemi, alors que dans n’importe quel autre, il serait juste là à attraper le méchant de la semaine. Ce que j’expliquais, c’est justement que Justified n’est plus juste une énième série policière, mais une série complexe, qui nous raconte l’histoire de ces personnages, analogue en ce sens à la mini-série anglaise The Shadow Line. Elle ne cherche pas à répondre à ton idée de la définition d’une série, d’un scénario, ou d’un thriller. Après sa rédemption l’année précédente, Boyd redevient celui qu’il n’a jamais cessé d’être, ôter Raylan de l’équation est idiot, parce qu’il n’y aurait pas cette énergie dans leur relation, dans celle qui les lient à Ava, ou Arlo, et si l’action cette saison s’est concentré sur les truands, tant mieux. Ou tant pis, si ça ne plait pas.
      Peut-être que cette série c’est donner du caviar aux cochons, parce que si ce que tu appelles intensité est synonyme de racolage, où on t’en fous plein la gueule au mépris de la continuité et de la caractérisation, je sais pas, va regarder Dexter ou Sons Of Anarchy ! Si au final, ça se résume simplement au fait que tu n’aimes pas, je comprends complétement, mais quand on parle avec l’affect, on est pas bien placé pour parler de “construction scénaristique”. La compétence des scénaristes n’est pas à remettre en question, parce que la compétence, la vraie, est souvent oubliée au profit de l’esbroufe. Perso, je n’ai pas besoin que ça pète dans tous les sens si ce qu’on me sert est un programme de qualité, et que les personnages sont vraisemblables, et mus par de réelles motivations, crédibles, logiques, et qui n’insultent pas l’intelligence du spectateur, comme peut le faire The Walking Dead par exemp’e.

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