Mad Men – S05E05 – Signal 30

L’épisode de dimanche soir, qui aurait pu s’intituler “Grimy Little Pimp”, a vu le personnage de Pete Campbell enfin réalisé. Je pourrais être ironique et simplement faire allusion au fait que sa face d’enculé a enfin eu ce qu’elle méritait. Un moment certes satisfaisant, mais en vérité décidément révélateur de ce qui définit le personnage, que certains voient déjà se balancer par la fenêtre qu’il a si avidement gagnée, et ainsi faire écho au générique. L’histoire de Pete raconte un type qui s’efforce d’être ce qu’il n’est pas, et n’en est que plus misérable lorsqu’il s’aperçoit que ce qu’il réussit ne lui apporte aucune sérénité, aucune satisfaction. Comme le gauche de Lane, quelques tristes réalisations ont frappé Pete et l’ont laissé au tapis : « I have nothing Don. »

Pete a vieilli, grandi depuis la première saison. Il a acquis une certaine maturité, fait face à sa propre mortalité – après la mort de son père, et la naissance de sa fille. Et il sait maintenant qu’il n’est pas Don. Il ne sera jamais Don. Plus encore parce qu’il sait que si Don et Roger s’en tirent en agissant comme les pires ordures, et ce depuis les années 50, parce qu’ils ont une classe, un charme qu’il ne possèdera jamais, ils appartiennent à une race d’hommes dont il ne fait pas partie. Et le moment qui témoigne de cette émasculation arrive dans sa propre maison, où sa propre femme se pâme devant un Don sauvant une situation qu’une simple leçon de plomberie aurait évité. Don a appris ces choses parce que contrairement à Pete, il n’est pas privilégié. Don est une meilleure personne à ses yeux parce que quand bien même celui-ci a tort de lui faire des leçons de morale sur son infidélité, Don est un homme, et lui n’est encore qu’un enfant menant une vie d’adulte, de père, de mari, qui doit retourner au lycée pour prendre des leçons de conduite. Même Lane a plus de charme que lui. Sans vouloir faire de transition trop facile, j’en profiterai pourtant pour adresser un moment n’ayant rien à voir avec Pete, mais qui achève toutefois de souligner l’impuissance du personnage. Si Pete avait embrassé Joan elle l’aurait giflé. Elle laisse couler certes parce que Lane est son boss, et puisque Joan est le personnage le plus intelligent de la série, elle sait hélas quelle est sa place, son statut, et que cet homme, qui de son propre aveu elle pourrait remplacer, peut aussi la renvoyer si il se sentait rejeté (la réaction de Joan après le baiser était juste énorme). Mais aussi parce que elle et Lane ont une certaine complicité, elle comprend ce qui peut lui prendre de se sentir rassuré, séduit par elle à ce moment, ce qui peut prendre à cet homme un peu seul, tout à coup revitalisé par sa victoire, de se sentir audacieux. Elle laisse couler aussi parce qu’elle est attendrie, charmée. Lane n’est pas sexy comme Don ou Roger mais il est doux et attentionné et triste aussi, et cela le rend charmant.

Si Lane a toujours été un allié, et qu’en conséquence, parce que Pete est une vraie pute pour l’attention des autres, il ne ressent pas le besoin de l’impressionner, il l’a toujours vu comme l’intrus. Pete a enfin réalisé qu’il est l’intrus. Lors du grand chambardement à la fin de la saison 3, Pete s’est démené comme un forcené pour rester dans la partie, or cette motivation n’était pas la sienne, mais celle de sa femme. Et dans cet épisode, il imite l’attitude détachée et cynique de ses collègues, mais cela n’a rien de sincère. Pete a tout ce qui pourrait le rendre heureux et satisfait. Il gère le plus de contrats, il a la famille et la baraque, et le grand bureau. Quand Don pourrait, s’il voulait, se taper une nymphette fan des Stones, Pete fantasme sur une jolie adolescente, fantasme sur l’idée de partir avec elle. Et parce que c’est Pete, ça ne le rend pas cool, comme Don, mais encore plus détestable que d’ordinaire, d’autant plus lorsque son regard se perd avec jalousie sur les biceps du lycéen qui va lui glisser quelques doigts pendant une leçon de code. Fais des pompes. Baise ta femme Pete ! Lorsque Don ‘fingerbang’ des meufs ou se fait sucer dans un taxi, nous reconnaissons nos pulsions, nos perversions, et parce qu’il cherche à les dépasser, cela le rend humain. Et cool, parce que Don est honnête vis-à-vis de ce qu’il est. Mais lorsque Pete choisit d’être le roi pour une prostituée, il ne fait que jouer un rôle, et encore une fois, le personnage ne semble pas à sa place. Quoiqu’il fasse, il ne sera jamais satisfait par sa profession, de la façon dont Roger le décrit à Ken, qui apparait maintenant comme le personnage le plus solide et le plus défini de la série. D’une certaine manière, comme Don, il a une vie secrète, mais qui est une réelle aspiration à la créativité. Une créativité artistique que sa profession ne lui permet pas d’exercer, mais que sa femme encourage – et que son époque l’inspire à écrire de la SF, genre encore obscur traitent d’une société confronté aux changements sociaux, scientifiques et technologiques, et ce l’année de Star Trek. Son attitude conciliante et inoffensive, effacée, est comme un miroir pour les défauts et limites de ses collègues, sans pour autant être un simple moralisateur. Cosgrove sait simplement qui il est, et ne cherche pas à prouver quoique ce soit à qui que ce soit. Contrairement à Pete.

Voilà pourquoi Mad Men est si remarquable, c’est que cette crise existentielle n’arrive pas vraiment tout à coup, sans crier gare, elle couve depuis le début. Et c’est ce qui la rend si fascinante. D’un côté, si on s’amuse à interpréter certains signes, Pete pourrait se suicider à la fin de la saison (ceci dit j’ai vraiment l’impression que quelqu’un va mourir cette saison, entre le coup de l’ascenseur, et l’odeur de sapin qui règne sur la firme), d’un autre côté, Pete en est probablement à ce moment de sa vie, réalisant qu’il a peut-être fait des choix qui n’étaient pas les siens, qu’il n’est plus un gosse, et qu’il doit grandir, même si ça veut dire qu’enfin, comme tous les hommes, il doit s’être fait casser la gueule au moins une fois.

BONUS : courtesy of Dan Meth

Ouais, c’est pas très loin de la vérité. AMC fait n’importe quoi avec ces bandes-annonces de fin d’épisode.

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