The Avengers

Avengers était un projet vraiment particulier. L’idée de réunir dans un même film une galerie de personnages issus de précédents métrages appartenant certes à l’univers Marvel, mais possèdent leur ton et style propres (ainsi que leur défauts : le ridicule pointant parfois dans Captain America, le grotesque de Thor, le n’importe quoi de Hulk et Incredible Hulk, et le brouillon de Iron Man 2) afin de raconter une histoire cohérente et compréhensible, tenait on en conviendra aisément de la gageure. A cela s’ajoutait un réalisateur que beaucoup pouvaient considérer comme inexpérimenté, auteur adoré par ses fans, un noyau dur d’amateurs de répartie cinglante, de sous-entendus malins, de comics et de fantasy, véhéments par moments mais fidèles par-dessus tout. Même si je n’ai jamais vu que le pilote de Angel, ne me suis pas intéressé à Dollhouse, et ne suis pas un fervent supporter du quatrième opus de la saga Alien (qu’il a écrit, avant que la Fox ne “retravaille” le scénario), je me considère comme un Whedonite, un fan inconditionnel de Buffy et de Firefly, série méconnue dont est tiré ce qui restait jusqu’à maintenant sa seule et unique réalisation au cinéma : Serenity. Pourtant, parce que le fan en moi est facilement rattrapé par le critique, les bandes-annonces ne m’avaient vendu que du cinéma pop-corn, et quelques one-liners qui sorties de leur contexte, et de l’ambiance du film, ne m’avaient qu’à peine convaincu, et avaient sensiblement limité mes attentes, rehaussées cela dit par les critiques positives, qui auront tôt fait de chauffer à blanc le public américain, frustré par la sortie du film en Europe une semaine et deux jours avant*.

Pour reprendre le point que je faisais plus haut, ce film n’était pas sensé marcher. Et en dépit de toute attente, Joss, ce bon Joss, a prouvé une bonne fois pour toutes (littéralement) de quel bois il était fait (figurativement).

Avengers réussit donc, là où X-Men (en quatre films) s’est toujours plus ou moins cassé la gueule en ne se focalisant que sur deux ou trois personnages. Il réussit à raconter une histoire de superhéros, de dieux, d’aliens, de monstres, de surhommes, de robots, d’assassins et d’espions, à développer ses personnages naturellement tout en élaborant une intrigue entremêlant la soif de vengeance de Loki, dont nous avions déjà eu la primeur dans Thor, et le cosmic cube tesseract que l’on nous avait présenté dans Captain America. Passons d’ailleurs rapidement sur les détails de l’histoire, qui si elle ne manque pas de souffle et progresse assez logiquement, compte quand même quelques accros, comme les imbitables échanges autour des propriétés du tesseract, ou certains détails de l’intrigue qui ne font pas toujours sens. Mais le spectacle est si pressant, le rythme imposé par le mitraillage des dialogues, et la richesse des échanges entre les différents protagonistes rend ces défauts illusoires, comme ces plans un peu gratuits destinés aux spectateurs munis de lunettes 3-D.

Car si le film brille par ses sensationnelles scènes d’action, ce qui le rend particulièrement brillant provient de l’habileté de Joss Whedon et Zak Penn à avoir fait un vrai film d’ensemble. Porté par une distribution solide, chaque personnage tire son épingle du jeu, et, presque davantage que dans leurs films respectifs, les héros sont montrés sous leurs multiples facettes. Derrière l’arrogance et le sarcasme de Tony Stark se cache une volonté presque maladive de ne pas s’impliquer, mais aussi la peur de ne pas être à la hauteur. L’attitude hautaine et détachée du fils d’Odin masque la réalisation de sa responsabilité vis-à-vis du frère qu’il aime malgré qu’il le haïsse et le combatte. Steve Rogers est une relique, condamné à vivre dans un monde qui lui est étranger, et dans lequel chacun crache sur son obsolète sens des valeurs, quand ce sont celles-ci qui font de lui un élément décisif. Quant à Bruce Banner – dont Ruffalo est de très loin la meilleure incarnation – il est habité de tics qui montrent le supplice qu’il vit au quotidien et comment celui-ci a affecté son comportement, emprisonné son intellect même avec son alter-ego, quand sa participation à un projet de son niveau est aussi ce qui risque de faire ressortir « l’autre type », et lui montre, dans Tony Stark, le génie qu’il aurait pu être, la vie qu’il aurait pu mener. L’autre type trouve un exutoire de choix (et de raison) dans l’armée extraterrestre de Loki plus encore que chez Lee et Leterrier, et parvient à voler la vedette à tout ce petit monde. Hawkeye et Romanoff, au-delà du fait que le film efface les craintes que l’on pouvait avoir sur leur utilité, affichent chacun les failles de leur rôles de héros, et d’humains. Elle, réalisant avec effroi toute la puissance du monstre vert, et lui, consumé par l’emprise de Loki. Enfin, Nick Fury, servi par la coolitude et l’assurance d’un Samuel L. Jackson, et plus encore le personnage de l’agent Phil Coulson, joué par le fantastique Clark Gregg, sont le cerveau et le cœur de l’organisation, l’un stratège machinant dans l’ombre, défendant ses éléments, tout en les manipulant pour mieux les servir, les unir, quand l’autre se rend particulièrement attachant (une signature Whedon, à la Spike ou Wash, pour les initiés) pour être celui qui réussira à faire de ces personnalités disparates une équipe soudée, organisée, à l’image de ce faux plan séquence montrant Cap’ reflétant les rayons d’Iron Man sur ses ennemis, tandis que Hawkeye et Black Widow teinnent leurs positions et que Thor et Hulk défoncent un dragon robotique, avant que Whedon ne couronne le tout d’une petite blague. Leur ennemi, Loki, n’est pas en reste, puisque Hiddleson délivre une performance comme seul les britanniques en sont capables, sur le fil entre charme machiavélique et ridicule outrancier, le sourire carnassier à la Fassbender. C’est aussi lui qui signe LA réplique du film à l’adresse de Black Widow : « mewling quim! » (classic Whedon), ses motivations infantiles et mesquines n’ayant d’égales que sa veule vilénie.

La virtuosité et la lisibilité toute comic-booky de l’action, la générosité de l’humour et de l’atmosphère contrebalancent avec perfection les enjeux du film. L’affrontement d’Iron Man, Thor et Captain clôt un premier acte, et sert aussi bien d’exposition que de vrai point final à ce qui pourrait être le premier épisode d’une série dont le macguffin serait le cube. L’assaut dantesque du vaisseau de S.H .I.E.L.D. par les forces lobotomisées de Loki possède en dépit de la diversion qu’offre le spectacle orgasmique du Hulk lâché sur Thor ou un avion de chasse (petite référence à Star Wars au passage) une réelle tension, parce que même si nos héros sont rendus invulnérables aussi bien par leurs pouvoirs que par le scénario, les agents de Fury ne sortiront pas indemnes du crash d’un vaisseau spatial/porte-avion. Enfin, la monstrueuse scène finale dans Manhattan marche parce que malgré le sentiment de franche camaraderie (et de franche déconnade) on ressent quand même l’idée de chaos et de désolation et l’imminence de la fin du monde. Ça aide que Downey Jr., Ruffalo, Evans, Hemworth, Jackson, Hiddleson, Renner et Johansson ne font qu’un avec leur personnages (oui, même Johansson) mais il en revient à Whedon de savoir faire monter la tension dans ses séquences d’action pour la relâcher en balançant des vannes au moment opportun, de privilégier ses personnages vis-à-vis d’une intrigue presque anecdotique et donc de rendre ce spectacle au demeurant inepte, vivant et complexe.

Si mon opinion est probablement influencée par mon amour pour Whedon (et le succès du film n’est que justice après l’annulation de ses séries et une décennie passée à être mésestimé), c’est aussi parce que Avengers peut passer simplement pour un excellent divertissement (ce qu’il est, je n’avais pas pris un tel pied dans une salle obscure depuis longtemps), quand il faut reconnaitre que peu de films fonctionnent aussi bien même lorsqu’ils suivent la même recette, et qu’il est donc un petit peu plus que cela.

*$200.3 $207.4 M pour le week-end d’ouverture. Boom! Record. The Fox can suck my jeans! Bring the fuck back Firefly!

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