The Dark Knight Rises

Tandis que je commençais progressivement à me dire qu’il était assez énorme, je réalisais aussi que ce Dark Knight Rises avait des défauts que fatalement, les gens qui ont adoré The Dark Knight et qui attendaient beaucoup de celui-ci allaient pointer du doigt parce qu’ils demandent la perfection cinématographique d’un Nolan… mais aussi d’un Batman. Il est en ce sens une expérience de cinéma assez unique, pour ne pas dire spéciale (littéralement pour ne pas emprunter ce mot, “spécial“, et ce qu’il sous-entend en ces jours de politiquement correct), c’est un film qui s’apprécie malgré ces défauts, ce que Vince Mancini dans sa critique qualifie de “foi” en Christopher Nolan. Je dois admettre que c’est assez juste.

D’un point de vue de fan, la trilogie de Nolan a quelque chose d’infiniment satisfaisant, parce que Nolan a prouvé, en développant savamment ses thèmes, ses intrigues, qu’on pouvait prendre au sérieux de la bande-dessinée imprimée sur papier de mauvaise qualité, tout comme plus de 30 auparavant, Frank Miller avait signé un “Year One” qui montrait que l’on peut toucher à une certaine excellence narrative et thématique, à partir d’un sujet enfantin, parabole simpliste et fantasme héroïque. D’un point de vue de critique, sa trilogie, comme son cinéma, se veut adulte et ambitieuse, et réussit très souvent sur ces deux tableaux, même si, comme il est de rigueur chez ceux qui ont les couilles de tenter de trucs, il arrive qu’il se rate.

J’ai vraiment aimé ce film, peut-être parce qu’on a tenté de me convaincre du contraire, malgré la confiance (maintenant plus forte que jamais) que je portais à Mancini et à son opinion. Je concède bien entendu que le film est bardé d’incohérences et d’inconsistances. Et si Nolan ne semble jamais avoir la considération de les adresser, celles-ci sont le fait des limites inhérentes au cinéma, au récit, et demandent un effort supplémentaire d’imagination ou de la fameuse “suspension consentie de l’incrédulité”. Alors d’accord, si je peux imaginer par exemple que la Ligue n’est pas préparée et pense intimider et effrayer en montrant des armes (munies d’un seul chargeur?) une horde de policiers se ruant sur elle à mains nues, il est plus difficile de comprendre en revanche que sur trois-mille flics, pourquoi une vague de quelques centaines n’est pas disséminée avant que le camp adverse soit à cours de munitions. Comment Wayne fait-il pour revenir à Gotham après s’être échappé de sa prison ? Pourquoi personne ne panique sachant qu’ils ont cinq mois pour mettre les bouts ? Et bordel que fout Superman ? Gotham est occupée par un groupe de mercenaires terroristes ninjas et une bombe atomique est sur le point de péter pendant que Batman moisit au fond d’un trou avec un disque déplacé, et ce mec est pas foutu de ranger son bateau et d’arrêter de caresser son chien juste le temps de filer un coup de main ? Autant de questions qu’il ne sert à rien de se poser si ce genre de raccourcis ou de conneries n’entravent pas la lecture du film, ou si on fait preuve de bonne foi et réfléchit une minute. Quand paradoxalement certaines répliques tombent parfois dans l’explication un peu forcée (le clean slate), voire dans le radotage (le pilotage automatique ALLOOO!), certains éléments sont quant à eux oubliés afin de venir à bout du film, et si tout n’a pas non plus à être dit, je suis conscient que les stratagèmes imposés par le scénario ne fonctionnent pas aussi bien que dans The Dark Knight par exemple, où le fun et le chaos apportés par le Joker parvenait à rendre le tout beaucoup plus solide.

Il vaut donc mieux se concentrer sur ce qui compte, sur ce que Nolan réalise ici. Un film qui fait fortement écho avec notre époque de crise économique et de terreur fanatique; explore le thème du mensonge, pose même précisément la question de ce que le public doit ou non savoir en vertu de la raison d’État, et ce tout en racontant l’histoire gigogne d’une vengeance, de terrorisme, d’invasion, d’occupation, inspirée notamment de l’une des plus géniales storylines de la bande-dessinée, “Knightfall”, où comment Bane brise Batman, au sens propre comme au sens figuré. Le Bane de Nolan, comme son Joker, est un peu repensé, ici comme le bras armé d’une justice, de l’expiation voulue par Ra’s al-Ghul dans le premier opus. Un Bane assez fantastiquement interprété par Hardy (certains me contrediront, l’idée ne pouvait pas convenir à tout le monde c’était évident) et sa voix de Darth Vader résonnant dans le film comme dans la salle et “en ce lieu nous parait irréelle” (tin tin)… Et là où l’obsession pour les ‘freaks’ de Burton, sa Catwoman zombie et féline, et son Pingouin grotesque et monstrueux; là où la simple incompétence de Schumacher, sans parler des risibles versions de Double Face, du Riddler, de Freeze, de Bane et d’Ivy, auront conduit ces films à n’être que de simples plaisanteries, Nolan montre, comme Raimi avant lui, que ça paye de respecter ses personnages, et LE personnage du Chevalier Noir en particulier, auquel Bale donne une maturité que la performance de Ledger lui avait un peu enlevé la dernière fois, mais lui aura aussi permise de jouer ici. Bane est le tacticien hors pair, faisant la nique à la police, à l’armée, et au monde entier, tout en réduisant Wayne à néant, Selina Kyle est la voleuse et la justicière dilettante qu’elle a toujours été – et Hathaway, pour paraphraser Barack Obama lui-même, est le meilleur atout du film, faisant oublier les faiblesses de sa comparse Cotillard que les américains peuvent décidément se garder. Les atouts en vérité sont surtout ces personnages représentant l’aspect “humain” et dans ce registre, Gary Oldman, encore et toujours, et Joseph Gordon-Levitt – parfait – assurent. Quant à Michael Caine, ce sera pas faute d’avoir essayé de me faire chialer.

Au final c’est décidément l’ambition et les qualités du film qui ont raison des problèmes qu’on peut lui trouver. Nolan clôt sa saga par un chapitre de taille, superbe plastiquement, où l’émotion l’emporte souvent sur la castagne, avant d’être rejoint par le suspense, laissant le spectateur avec une impression de vertige, tant la grandeur de l’entreprise nous submerge. Bien sur, comme souvent chez lui, beaucoup de conflits pourraient être résolus simplement (ramène tes kids en France Leonardo !) mais pas si cela nous prive d’une intrigue aux multiples enjeux, mue par une galerie de personnages qui semblent penser par eux-même, fonctionner indépendamment de la trame, jamais contraints de boucler in fine un bête film de super-héros en trois actes. C’est presque une philosophie du cinéma chez lui. Un film est un tour de magie. Il ne faut pas essayer de comprendre le truc, ou de voir ce qui se passe en coulisse, juste apprécier le spectacle. Qui d’autre que lui peut d’ailleurs avoir l’audace de faire de l’auto-citation en proposant une fin aussi inceptionesque.

7 thoughts on “The Dark Knight Rises”

  1. En ce qui concerne le film, je l’ai trouvé profondément idiot pour un film signé par un réalisateur dont la principale qualité est sensé être l’écriture. Je ne vais pas reprendre les éléments qui confinent à l’absurde point par point (ce serait trop long), mais ce qui m’a frappé durant le visionnage, c’est à quel point on prend le spectateur pour un idiot incapable de réflexion. Pour illustrer mon propos, je reviendrai sur le “plan” machiavélique de Bane.

    (SPOILERS) L’intrigue démarre quand un des actionnaires de Wayne Enterprises décide de devenir calife à la place du calife. Comment s’y prend t-il ? Il engage un mercenaire recherché par toutes les polices du monde (Bane, donc) pour s’introduire à la bourse de Wall Street, et faire croire – par la magie d’empreintes volées à M. Wayne – que celui-ci a liquidé toute sa fortune dans une transaction mal réfléchie.

    La Bourse qui ne ferme pas alors qu’il y a une attaque terroriste en cours, c’est déjà pas très crédible à mon goût. Mais alors s’il suffit d’une simple empreinte pour officialiser une transaction de plusieurs milliards de dollars, on nous prend vraiment pour des ânes ! Un peu plus tard, on nous dit que Wayne peut retrouver sa fortune, mais que ça prendra du temps… Et Wayne de réagir comme s’il s’en foutait royalement. Alors OK l’argent c’est pas important pour lui, mais qu’est-ce qui fait tourner sa batcave, des immigrés mexicains ? Comment il va faire pour payer sa facture d’électricité ? C’est vraiment un con ce Bruce !
    On lui dit qu’il peut inverser la tendance, mais que ça va prendre du temps… WTF ?! Si un terroriste me ruine au su et à la vue d’une centaine de témoins, et que je connais les plus grands de ce monde, mon argent à intérêt à revenir fissa ! Mais non, dans le monde de Nolan, la crime reste impuni…

    Bref.

    Comme si ça ne suffisait pas, Bane préparait depuis des années un plan pour se rendre à Gotham City et, quelle chance, un méchant de là-bas l’engage ! Le plus génial, c’est que les plans de son employeur et de Bane coïncident; il veut détruire la volonté de se battre de Wayne (tout d’abord en lui prenant une fortune dont visiblement il n’a rien à carrer), et son employeur veut lui piquer sa société. Pourquoi ne pas le faire assassiner le milliardaire alors ? Excellente question; mais mieux vaut un plan alambiqué au possible pour faire croire au spectateur que le scénar’ est très réfléchi… Et à partir de là, le coup de la bourse de Wall Street m’est apparu comme une pure récupération d’évènements récents; histoire de surfer sur la vague, quoi !

    Alors que j’écris, me reviennent en mémoire d’autres ÉNORMES facilités scénaristiques, que je vais nommer en vrac (même si j’avais dit que je ne le ferai pas):

    – le personnage de Gordon-Levitt, qui sait qui est Batman juste parce “qu’il l’a lu dans les yeux de Bruce Wayne” (et qu’il a lui aussi perdu ses parents), c’est fort.
    – Bane qui récupère PAR LE PLUS GRAND DES HASARDS une lettre écrite par le commissaire Gordon, qui décrédibilise la loi Harvey Dent.
    – Morgan Freeman, qui pour empêcher des gens malintentionnés de mettre la main sur les machines de guerre, les réunit TOUTES AU MÊME ENDROIT, que personne ne connaît. Bon, sauf les méchants… On sait pas comment, mais c’est comme ça !
    – Bane qui dit que le détonateur de la bombe atomique est entre les mains d’un des citoyens “normaux” de Gotham. GENRE ! Franchement, personne ne pense que c’est le mec qui vient de faire péter un stade toute entier et d’emprisonner tous les flics de la ville qui a le détonateur ? Pourquoi le donnerai-t-il à un citoyen lambda ?! Et pourquoi ce citoyen ferait tout péter ?!

    Je pourrai continuer encore et encore, mais je fatigue…

    Alors que je respecte l’avis plus haut du rédacteur, et j’aurai aimé avoir pu aimé le film, il s’avère que l’enchaînement de stupidités m’a totalement sorti du film. Lorsque je regarde un métrage, j’ai besoin d’y croire. Je peux permettre des raccourcis plus ou moins grotesques (selon le film et ses ambitions), mais sachant qu’il s’agit là de “The Dark Knight Rises”, je ne pouvais qu’être très désagréablement surpris. La façon dont les personnages (surtout les figurants) réagissaient me semblaient tout à fait absurdes, ce qui peut sembler être un détail sauf quand le film fait de la population un personnage à part entière.

    Allez, j’arrête là, personne n’aura le courage d’aller jusque là de toute façon. Je m’en vais mater ‘The Expendables 2’. C’est con mais on moins on le sait.

  2. Non seulement tu as le droit de pas être du même avis, mais je suis d’accord, c’est un film bourré de trucs qui vont pas, et en ce sens, il est fondamentalement critiquable, je ne me suis pas gêné pour le faire remarquer. Tu l’as compris, ce n’est pas là que je souhaitais orienter ma critique.

    MAIS…
    D’une part, je pourrais m’amuser à démonter un à un tes arguments concernant les facilités de l’intrigue et les hasards qui passent pour des ressorts dramatiques. Et en effet, tu as raison, ce serait vraiment trop long. Maintenant, à titre d’exemple (hé hé oui moi aussi) quand tu me dis que les méchants savent où se trouvent l’arsenal de Wayne sans que l’on sache comment. Pourquoi as-tu besoin de savoir comment? Pourquoi as-tu besoin de savoir comment Wayne revient à Gotham? Dans les deux cas, je pourrais simplement te répondre : c’est Bane. Un tacticien hors pair. C’est Batman. Un putain de ninja ! Il ne t’est pas interdit de faire marcher ton imagination. Bane a pu retrouver la cachette en hackant les comptes de Fox, il a eu huit ans pour le faire. Bruce a peut-être du tailler quelques pipes pour se trouver de l’argent pour le voyage retour vers Gotham. Ou simplement se présenter à une ambassade. Les milliardaires ne sont pas ruinés comme toi et moi pouvons être ruinés, le mec a beau payer des agios, il bénéficie toujours de passes-droit. La vraie réponse, et je vais emprunter ici la logique mise en place par Mancini dans sa critique (que je te recommande chaudement), il faut faire confiance à Nolan. Il faut lui confier ton cerveau (ta vie!) l’espace de trois heures. S’il ne t’as pas raconté ceci ou cela, c’est qu’il juge ce détail inintéressant, et quand tu réalises qu’il a raison alors que tu t’évertues à penser qu’il a tort, qu’il est fou de faire ainsi fi des règles les plus élémentaires d’écriture, tu es récompensé.

    D’autre part, c’est ton opinion personnelle ça, que Nolan est doué pour l’écriture. C’est un fait pour pas mal de critiques ricains que les frangins sont pas forts sur les dialogues, et s’intéressent plutôt à la structure, avec un faible pour la complexité. Et quand bien même, c’est pas parce qu’il a de l’ambition, de l’arrogance, que Nolan est infaillib’e. Moi je suis ressorti de ce film incroyablement satisfait, comme après avoir fait l’amour avec ta maman. Ce qui lui manquait au niveau de la technique et des préliminaires furent largement rattrapés par l’endurance et la taille, car contrairement à ce que ta copine te répète, c’est important, la taille. Et puis l’ami, tu t’envoles où? On parle d’un Batman. Tu soulèves les problèmes d’argent de Wayne pour faire tourner sa batcave, mais qui s’est chargé de la construire sa batcave au juste? Fox s’est peut-être chargé des plans, mais des ouvriers -qu’il a fallu rémunérer- ont du faire le boulot. Est-ce que Bruce a acheté leur silence? Les a-t-il enterrés dans les fondations? Qui se charge de la maintenance informatique? Comment font les ordinateurs pour fonctionner avec toute cette humidité? Et qui nettoie tout le guano de chauve-souris? Alfred? Tu me dis que tu es capable de laisser passer quelques raccourcis. How do you like them apples?

    Le truc, pour faire simple, c’est que j’ai trouvé que chaque scène fonctionnait dans le film, mais pas toujours ce qui se passait entre ces scènes. D’un côté, les acteurs sont fantastiques -mmh exceptée Cotillard- et la mise en scène est grandiose. “L’exil”, le trou, la course poursuite en motos, la baston entre Bat et Bane, la belle alchimie entre Hathaway et Bale, le jeu de Caine, enfin le personnage de JGL, qui est un si bon acteur, que moi écoute, il m’as juste convaincu de son histoire de regard -cette scène m’a surtout convaincu que cette conversation servait peut-être à confirmer ses soupçons. HUIT PUTAINS D’ANNÉES pour déduire, à partir d’une blague de ses collègues et d’une intuition qu’il n’arrive pas à chasser, qu’il existe une corrélation entre la retraite du batman et celle de Wayne, c’est pas ce que je qualifierais de pas crédible, preuve que ton raisonnement est tout de même très sélectif.) Certains trucs tiennent pas debout, comme le fait que les gothamites croient sur parole une masse masquée qui vient d’exploser leur stades et les joueurs avec ou encore le fait que la grosse majorité des forces de police sont toutes envoyées dans les égouts (tu m’aurais davantage convaincu avec ces deux exemples). Certaines scènes sont indubitablement ratées, et incidemment concernent Cotillard. On passera sur sa piteuse scène de fin, ou de sa scène d’amour – qui ne sert à rien et dessert même la relation entre Bat et Cat – pour évoquer la scène du ‘pendant-que-j’enfonce-ce-couteau-ici-je-vais-te-raconter-mon histoire-et-tu-vas-pas-m’interrompre-même-si-après-ton-attaque-cérébrale-tu-pourrais-me-prendre-ce-détonateur-des-mains’ mais au final ça marche, malgré le fait qu’effectivement c’est un bordel sans nom. Pas forcément parce que c’est incohérent, mais parce que le mec use de l’ellipse avec une nonchalance qui confine au génie.

    Je n’espère pas te faire changer d’avis, mais pose-toi les bonnes questions. Est-ce que tes remarques ont vraiment à voir avec la qualité du film? Avec les intentions d’un réalisateur audacieux? Ou est-ce que ça a pas plutôt à voir avec le simple fait, complètement légitime je ne le répéterais jamais assez, que tu n’as pas aimé le film ?

    1. C’est génial à quel point quand on est fan d’un film on peut refuser d’admettre ses grosses facilités scénaristiques…

      Vas-y et dis-moi que le coup de la lettre de Gordon qui tombe entre les mains de Bane c’est pas une énorme facilité.
      C’est juste une coïncidence, il l’avait écrite pour un discours le soir même, et il est tombé PAR HASARD sur Bane juste après, et c’est PAR HASARD que c’est exactement le type de document que cherchait Bane pour se mettre la population dans la poche !

      Et puis je suis pas parti en me disant “je vais tout faire pour pas aimer ce film”. C’est juste que les absurdités me sautaient à la figure les unes après les autres ! Le coup de la lettre étant d’ailleurs une des premières fois où je me suis dit “mouais, COMME PAR HASARD”…

      1. Hé Hé. Oui sans doute.

        Mais je vais te dire ce qui est génial et c’est ce qui rend cette discussion intéressante, parce que je comprends, je l’ai vécu pour d’autres flims, c’est que tout ce qui t’a fait tiquer est lié à ta seule appréciation. C’est justement parce que tu n’as pas aimé le film que tu cherches la petite bête là, même quand elle n’est nulle part.

        Et puisque tu m’y invites, je vais te le dire, le coup de la lettre, ce n’est pas une énorme facilité scénaristique. Tu exagères un procédé dramaturgique que l’on appelle le Fusil de Tchekhov. Moi j’ai trouvé ça normal, ça entre dans cette succession de scènes où Gotham est ravagée par Bane, qui nique Gordon alors que celui-ci s’apprêtait à parler aux citoyens. Le fait que ce dernier ait cette lettre le soir où il tombe entre les mains d’un mercenaire intelligent qui fouille un flic au cas où il cacherait une arme, et trouve une lettre à la place, je te le concède le hasard fait bien les choses. Mais j’ai vu plus gros que ça, ou bien plus mal foutu.

        Et puisque tu m’y oblige,

        [spoiler] J’aurais aussi pu pointer plus tôt que tu peux ironiser tant que tu veux sur le plan “machiavélique” de Bane, j’ai pas l’impression que tu l’as vraiment compris. La spectaculaire (gratuite? un peu) scène d’ouverture sert en réalité, bien que NOUS sachions qu’il va venir foutre la merde à Gotham, à travestir sa disparition dans un accident d’avion, ce sera même souligné plus tard dans le film quand un agent du gouvernement dira que Bane est mort quelques temps plus tôt dans un crash. Donc malgré le fait qu’on nous prend en effet pour des idiots (mais pas comme tu l’entends) – et je pourrais ici réitérer l’exemple de l’autopilot – tu as tout de même fait l’impasse sur cette subtilité quand tu déclares que Bane est “recherché par toutes les polices du monde”. De plus, je ne crois pas qu’il y ait de coïncidence quand ce dernier se met à la disposition de l’actionnaire le plus avide et le plus corrompu de Wayne Enterprises, qu’il manipule de surcroit. Ce type n’a pas passé une annonce sur craigslist “recherche mercenaire fanatique pour chourave de grande envergure” à laquelle Bane se sera empressé de répondre. Pour le coup, c’est ton imagination qui est partie en vrille. Si le plan (un plan vieux de plus de 8 ans quand même) de Bane et Talia (oui ne l’oublie pas) était de détruire Batman/Wayne et ce en le dépossédant et de sa fortune et de son arsenal, puis de son esprit, son humanité, et de sa vie, ça prouve juste qu’ils ont fait a fucking pretty good job (jusqu’à la partie “décès” en tout cas). Le mec se laisse pousser la beubar quand même c’est généralement pas bon signe.

        Tu es allé voir le film en te disant – je ne peux qu’imaginer – j’ai bien aimé TDK, j’aime bien Nolan, j’ai bien aimé la bande-annonce… Mais le film n’a eu aucun effet sur toi, y’avait p’t’être même un enfoiré qui tapait dans ton siège, et parce que tu n’es pas rentré dedans (le film, pas le type) tu as focalisé ton attention sur ce qui te le rendait absurde. Tu en viens donc à décortiquer point par point les erreurs pour te persuader d’avoir raison et en l’occurrence, avec un film aussi bancal que TDKR, tu as de quoi faire, mais c’est dommage. Tu n’as pas aimé le film soit, je mettrais donc sur le compte de la déception l’absence totale d’argument et d’exemples quand tu déclares que le coup de la bourse de Wall Street t’es apparu comme “une pure récupération d’évènements récents, histoire de surfer sur la vague”. Tu devrais te rendre compte que l’on peut jouer à ce jeu avec n’importe quel film.

        Il suffirait juste de revenir sur Inception et The Dark Knight pour démontrer que plein de films ont des trucs qui ne vont pas. A l’époque de Begins on a dit “très bonne entrée en matière” et puis au tour de TDK on a parlé de “chef d’oeuvre”, et on lui a passé ses défauts, comme l’absence totale d’intérêt dans le scénario, si ce n’est pour les fans de Batman de voir le meilleur ‘detective’ du monde au boulot, de la recherche de l’empreinte sur la balle et des essais de tirs avec des flingues téléguidés. Pourquoi organiser l’enterrement du précédent commissioner en pleine ville pour coincer un mec qui se voit comme ses cicatrices au milieu de la figure, alors qu’il a mis la tête du maire à prix, pendant que Batman possède un gadget impossible (im-pos-sib’e!) qui lui permettra de le localiser ? Comment les flics font pour ne pas voir et les mecs ‘zipliner’ d’un immeuble à l’autre, et le bus qui s’intercale au poil entre deux autres autobus scolaires ? Oui parce que sans vouloir abuser de l’argument “c’est un Batman”, qui est un peu facile j’en conviens – et un peu con après tout ce que j’ai pu écrire – faut quand même pas oublier bah… que c’est un Batman quoi. Aussi réaliste que Nolan ait pu pousser son univers, ça existe pas, les batbike, les tumblers, les sonars, les “Bat”… C’est du faux.

        Alors on imagine que le troisième va être le meilleur film dans l’histoire d’à peu près tout, et bah non, juste un film, comme d’autres, imparfait, défectueux, mais suffisamment ambitieux pour être salué comme il se doit.

        Sauf que forcément parce que ça c’était le truc le plus prévisible, le BACKLASH! Nolan enculé !

        Ce qui me gène, c’est qu’on démolisse un film parce qu’il n’a pas répondu aux attentes (injustifiables) qu’on s’est fixé, si ça permet de faire redescendre Christopher Nolan du piédestal sur lequel on l’avait élevé. Je trouve ça irresponsable de la part de la critique, ou de ceux qui ont aimé Le Prestige ou Memento, de comparer Nolan à Shyamalan. C’est juste indécent.

  3. Pour en finir, peut-être que je suis con, ou docile, mais la dernière chose que je lui reprocherais c’est ses inconsistances. J’en ai relevé pas mal mais ça ne m’a jamais paru gênant, je l’ai simplement adoré en dépit de tout ça. C’est aussi simple que ça.

    Le scénario te laisse jamais tranquille, ça change de ce qu’on me propose d’habitude et le truc est si ambitieux que tu peux pas juste dire que c’est raté, que c’est nul, que le mec “s’est chié dessus”. C’est juste impensable pour moi. Vraiment, je m’attendais pas à ce que ce soit le problème qui nécessite des articles (hé les mecs faisons comme tous les autres et chions sur Nolan avant qu’on nous vilipende pour avoir osé le défendre). Je mate en moyenne une quinzaine de films par mois, je vois tout ce que je peux voir, du polar coréen au western spaghetti, du film français au Noir américain. Tout. Et à chaque fois je pourrais dresser une liste de ce qui ne va pas dans le film…Oui à force tu finis par distinguer les erreurs, et aussi par voir les trucs venir. J’ai maté un animé récemment, intitulé Sword of The Stranger – un garçon protégé par un ronin, pas forcement prévisible, mais très simpliste (un peu comme Ex2, qui lui en plus est prévisible, mais si jubilatoire). Superbe plastiquement, joliment réalisé. Mais il est gavé de choses qui vont pas, dans certains dialogues, dans certaines scènes, mais au final, je peux dire que je l’ai vraiment trouvé cool.

    Rises, putain. au delà de ces défauts, y a un truc quoi, je suis peut-être endoctriné mais j’y croyais même après Insomnia. Ce mec a un peu de génie. Et je crois que comme Michael Bay, c’est aussi parce qu’il a un truc. Le truc de Bay pue le vieux vagin de jument, mais celui de Nolan je sais pas ça me parle, ça me plait, je comprends sa vision. Aussi prétentieux que ça puisse paraitre. Les subtilités du scénar sont presque accessoires, c’est pas un trajet tranquillou en bus de nuit, c’est un trajet en chariot sur les rails de la mine dans Temple of Doom. C’est fuck la paresse intellectuelle, fuck les règles d’écriture, ça fait un peu rebelle de 15 ans mais “Ha ça j’aime !”

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s