The Walking Dead – S04E04 – Indifference

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Les frustrations concernant la façon dont The Walking Dead traite ses personnages féminins mais aussi ses minorités n’est pas un phénomène nouveau, et ne concerne d’ailleurs pas seulement la série de AMC, mais s’étend à l’univers entier de la télévision ainsi qu’à celui du cinéma. Jusqu’à la saison dernière, un seul personnage noir présent depuis le début de la série avait survécu, et son nom était T-Dog. T-Dog. Prononcé par des personnages, ou plus précisément des acteurs devant jouer le désespoir, l’angoisse, la tristesse, ce nom créait un tel comique involontaire, que sa mort, dans l’épisode “The Killer Within”, fut presque inopérante, car au delà de sa violence, ce sont celles de Lori et de Carol (pas encore sauvée par Daryl) qui l’emportèrent sur le plan émotionnel. Quoiqu’il en soit, ce début de saison tient du miracle, si l’on repense à la saison 3 où un black en annulait un autre, puis un autre, signifiant une mort automatique pour tokenblackdude#4 lorsque Tyrese fit enfin son entrée. Son personnage dans la bd étant le premier mâle alpha à faire son apparition, et à concurrencer Rick dans le rôle de leader tout en l’épaulant. J’imagine que ces deux rôles furent redistribués entre le personnage de Daryl et celui de Shane, et que son arrivée aurait fait redite et fut repoussée. Cette quatrième saison a donc démarré avec une distribution plus diversifiée, et avec des personnages féminins plus consistants, à l’instar de Michonne, qui s’affirme comme un personnage de plus en plus fascinant, et à qui Danai Gurira prête une humanité (jusque là insoupçonnée) forcement absente du personnage de la bd et ça c’est vraiment cool. Parce que c’est un peu pour ça qu’on regarde la série. Aussi, mentez pas, vous avez envie de voir un truc arriver entre elle et Daryl.

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Carol – qui pour la petite histoire avait prévu de mourir à la place de T-Dog justement, qui aurait quant à lui mérité d’être un personnage à part entière, ou au minimum de mourir avec un nom propre – s’est imposée comme un des personnages les plus riches, les plus attachants et les plus intéressants de la série – lorsque paradoxalement, son équivalent bd est tout naze. Maggie, qui a été un peu discrète en ce début de saison mais devrait faire parler d’elle la semaine prochaine, brille par une badassitude et une sensibilité empruntées au personnage d’Andrea – celui de la bd – Andrea – celle de la série (tout le monde suit?) avait été, inexplicablement, infoutue depuis le départ. Une bêcheuse insupportable, une alliée infréquentable, inconsistante, et un boulet qui a bien failli couter sa vie à Daryl. Daryl, favori des fans de la série, incidemment le seul personnage qui ne soit pas issu du comic de Kirkman, et qui pourtant, et c’est dire à quelle point les auteurs de cette série font n’importe quoi, tient le plus d’un personnage de bande-dessinée, impossiblement badass, cool, stylé, quoique stéréotypé. Andrea aurait du être un jeune femme sure d’elle, aimable, aguerrie -tireuse d’élite implacable- et qui à l’heure où je parle, est à la fois la personne de confiance de notre héros, mais aussi celle qui partage sa vie – et son plumard – depuis la mort de Lori, qui quant à elle, n’a jamais été autre chose qu’un gimmick émotionnel pour le personnage de Rick, comme dans la série, mais n’a jamais provoqué de haine malgré l’adultère (passager dans la bd), s’efforçant simplement de garder sa famille intacte (une chose rendue plus facile par le fait que Shane, dans la bd, meurt après 3 numéros) avant d’être tuée par le gouverneur. Ouais. Vous devriez vraiment lire la bd ! Et si Lori et Andrea furent deux exemples de showblockers les plus insupportables de l’histoire de la télévision, leur disparition a eu, pour la dernière un réelle incidence sur le récit, pour la première une forte résonance émotionnelle, et enfin, pour pas mal de gens, elle a eu pour effet de nous en débarrasser, car bien que nécessaires à ce stade – la faute à deux fondamentales erreurs de casting et à une extraordinaire incompétence des auteurs vis-à-vis de leur équivalent bande-dessinée – elles furent néanmoins touchante pour l’une, tragique, pour l’autre, parce qu’elle coute à Rick, et à Carl.

Alors, bien qu’il serait un peu moins paresseux de la part des auteurs de réhabiliter leurs personnages féminins plutôt que de s’en débarrasser, et un peu moins révoltant de ne pas systématiquement réduire leurs minorités à un seul représentant; au moins, ces problèmes étaient derrière nous. Et comme pour sonner le glas des trois saisons passées, dans ce “Indifference”, les trois personnages afro-américains qui accompagnent Daryl sont la majorité (notons que c’est sensé être une logique statistique dans l’état de Georgia) et c’est malin de voir à travers Daryl, qu’il ne s’agit plus de racisme, mais de survie. Sauver leur communauté, d’abord de l’extérieur. C’est leur mission. Puis de l’intérieur. Aider Tyrese à sortir de sa torpeur, ramener Stookey sur Terre, et surtout empêcher Michonne de repartir, pendant que Rick et Carol sont à la croisée des chemins. Il s’est passé du temps entre la fin de la saison 3 et le début de celle-ci, et non contents d’éloigner Carol du reste de la bande, et de Daryl, il semble une nouvelle fois que les auteurs nous donnent à haïr un excellent personnage en transformant sa personnalité sans fournir d’explications. Ses actes sont certes terribles, inacceptables, ils sont néanmoins compréhensibles. Ce qu’il l’est moins en revanche, c’est le cheminement de Carol, qui est de fait illogique, décousu et pire, inconsistant. Ses raisons sont suffisantes, à défaut d’être justifiées. Protéger le groupe, protéger ses filles d’adoption.

Le changement ici n’est pas un problème, c’est la manière que je remets en question. Il s’agit d’une série, contrairement à un film, certains personnages peuvent changer complétement. La diatribe de Lizzie s’en fait la démonstration un peu trop pratique, mais ce qu’elle dit est juste. Sa conversation avec Rick rappelle de façon touchante quel chemin Carol a parcouru, jusqu’à cette réflexion froide, détachée, concernant une montre qui achève surement de le convaincre, lorsque lui pense à celui qui la porte, que Carol n’a plus sa place parmi eux. Comme si son humanité avait du laisser la place à une nouvelle caractéristique, changer radicalement afin de lancer l’intrigue, c’est véritablement ça qui me gène, tout comme la façon dont Tyrese qui jusqu’alors et malgré une présence limitée, était un personnage complexe, au tempérament calme, se transforme en brute aveuglé par la rage. Je veux bien accepter que le meurtre de Karen ait pu lui faire péter un plomb, car après tout nous n’en savons pas beaucoup sur Tyrese, et son apparente sérénité n’était peut-être qu’une diversion. Seulement, dans la bd (désolé mais bon) Tyrese perd sa fille, ce qui est autre chose que de perdre quelqu’un que l’on connait depuis quelques mois à peine. Relation qui par ailleurs est sortie de nulle part, à laquelle il manque un milieu mais surtout authenticité, romance et même alchimie, parce qu’elle est un putain de gimmick, un truc facile évitant à des auteurs consciencieux de progresser de façon organique, naturelle, autrement dit de bosser un vrai truc. Sacha n’est pas morte pour l’instant, et son énergie, sa rage devrait se concentrer sur la tache à accomplir, et pas se perdre dans des tendances suicidaires.

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Entendons nous bien, cet épisode était exceptionnel, un de ceux qui font de The Walking Dead une série que l’on suit en dépit de tous ses défauts, avec une vraie progression pour ses personnages, une auscultation minutieuse de leurs faiblesses, de leurs forces, de leurs secrets, de leurs doutes; un réel élan narratif et de réels enjeux – et pas de ceux qui ont l’air d’avoir été pensé à la dernière seconde, histoire de remplir une heure, et dont on se fout éperdument – alors même si la fin laisse un gout un peu amer, on va pas se plaindre, parce qu’on aimerait voir ça plus souvent. À l’image de cette scène finale, où Rick s’éloigne, seul au volant de sa voiture, et ne peut s’empêcher de regarder dans le rétroviseur. Il y a là une atmosphère particulière, quelque chose de prenant, de poignant mais surtout quelque chose d’authentique, d’unique, d’intime. Il y a aussi une question qui se pose lors de ses regards furtifs. Carol méritait-elle son sort ? Il s’agit probablement d’un simple au revoir, et ce que l’épisode parait presque poser, en filigrane : est-ce que Rick est réellement le meneur dont les autres on besoin ? et ironie, le leader que Carol a poussé à redevenir, comme si elle voulait être jugée ? As-il bien fait ? Daryl pourrait lui aussi juger Stookey, et l’abandonner, mais sait que cela le condamnerait à une mort certaine, et qu’en son âme et conscience, il ne peut juger un homme pour ses faiblesses, et faire comme si la justice et la morale avait encore un sens dans une Amérique post-apocalyptique. Qui des deux a raison, qui des deux doit mener le groupe ? J’ai mon idée sur la question, et j’ai aussi une idée de comment cela va se terminer si je me réfère à mes lectures. Et si la volonté de Kirkman de revenir aux comics est respectée, ça promet.

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