The Walking Dead – S04E08 Too Far Gone

The Walking Dead, je crois l’avoir un peu trop répété, n’est pas toujours une très bonne série. On ne la comparera jamais à The Wire évidemment, mais même sur le terrain de Breaking Bad, avec qui elle partage le côté pulp, ou de Game of Thrones, pour le côté sanglant (elle aussi une adaptation et elle aussi faisant peu de cas de ses protagonistes) l’inconsistance de son récit et sa logique, de ses personnages et de ses acteurs, mais aussi, pour renvoyer à l’immense The Wire, l’absence totale de sous-texte, font de la série, qui a changé trois fois de showrunner, un simple soap-opera. Cela ne veut pas dire qu’un soap-opera, en particulier rempli de zombies, ne peut pas être plaisant. Mais parce que la série s’est départie de la tonalité grunge des bouquins, et partant, a aspiré à plus de “réalisme”, de complexité psychologique, de nuance, quand elle aurait profité d’une plus grande simplicité pour rendre ces personnages paradoxalement plus vivants; les auteurs ont ainsi souvent failli à en faire autre chose que des gimmicks, ce qui s’avère compliqué lorsque d’une part, il faut parfois les montrer argumenter ou simplement discuter, et d’autre part lorsque les fans n’attendent du show que des scènes de gore et des séquences frissons.

Parfois, pourtant, la série parvient à faire quelque chose d’inédit, et pas seulement (même si ça y est pour beaucoup) parce qu’elle est la seule série de zombie à épouser la violence, le glauque et l’effroi qui caractérisent le genre, mais surtout parce qu’elle le fait, telle une plume que l’on s’efforcerait de garder en l’air en soufflant dessous, avec un brio l’élevant à des sommets télévisuels, lorsqu’elle ne se ramasse pas 5 minutes plus tard, et qui maintient néanmoins la série en en faisant un truc que l’on ne peut s’empêcher de suivre chaque semaine. Et si les trois derniers épisodes confirment les craintes et solidifient les critiques, à raison d’une vingtaine de minutes par ci, et d’une trentaine par là, on nous en donne aussi pour notre argent.

Le Governor a au pire infiniment déçu, ou du moins laissé indifférent, version tous publics de son équivalent bande-dessiné, qui certes était bien moins nuancé, mais avait le mérite de vraiment foutre les boules, malgré un look de second rôle dans Mad Max, et un vice qui n’enlevait rien à ce charme que David Morrissey a su restituer (et convaincre) tout en voix caverneuse et en imposante carrure, mais que la série pour une raison qui peut échapper, a voulu humaniser 5 minutes avant d’en refaire ce méchant indolent pas très convaincant. On peut louer les intentions de la série, sous l’égide d’un showrunner (Scott Gimple) qui semble enfin savoir ce qu’il fait – à défaut d’être aidé dans sa tache tout comme Darabont et Mazzara – et vouloir rectifier le tir. Le résultat laisse tout de même un sentiment d’inachevé. La saison précédente voyait Rick perdre. Se perdre au nom de la survie de son clan, puis perdre sa femme, et perdre de vue ce qui justifiait sa place de meneur, tandis que le Governor s’imposait comme ce que Rick devait être, mais ne pouvait ni ne voulait pas être, pas encore prêt à renoncer à son humanité. C’est vrai que dit comme ça, c’est presque poétique, mais ce que la série donnait à voir était bancal, bâclé, souvent amoindri par des personnages qui ne fonctionnaient pas, et peinaient ainsi à délivrer le message. Cette première moitié de saison s’est quand à elle attachée à montrer ce qu’un groupe sans leader peut être amené à faire, à laisser faire, et ainsi, en huit épisodes (moins deux techniquement) elle a servi à rebâtir Rick, dans ce rôle, et accessoirement à en finir avec le Governor et la prison.

Accessoirement, parce que encore une fois, entre la théorie et la pratique, il y a une marge. Alors après deux épisodes qui auraient mieux fait de se fondre dans la trame plutôt que de donner dans l’exclu’, et qui en soi étaient bien faits (à une ou deux incohérences prêt) mais devenaient maladroits, et inutiles vis-à-vis de ce qui se passe autour, on en arrive à ce final de mi-saison, qui narrativement aurait du arriver à la fin de la saison dernière, mais qui, si vous avez suivi, thématiquement, ne pouvait arriver qu’à ce moment-là. Où est la logique, la constance, dans tout ça ? Que vient faire, en plein milieu d’une saison où des gens chopent la crève, où d’autres sont bannis, où des factions apparaissent, la revanche proprement anti-climatique du méchant de la saison dernière ? Est-ce que l’instinct maternel disparaitra avec l’Apocalypse ? Telle une expérience scénaristique interdite, les auteurs (parce qu’ils connaissent quand même les rudiments) parviennent à rattacher ce coup au thème de la reconstruction de Rick, et si l’idée de commencer une deuxième partie de saison (en Février prochain) libérée d’une chose et guidée par d’autres, est bonne, l’exécution en revanche, bien que techniquement irréprochab’e, scénaristiquement, n’est ni faite ni à faire. Tout ça ressemble plus à une fin de saison, mais n’en est pas vraiment une, le sort du Governor est plus satisfaisant graphiquement qu’émotionnellement, et sa conclusion ouvre sur pléthore d’interrogations, mais qui n’excitent pas tant qu’elles ennuient (l’éclatement et les prévisibles retrouvailles du groupe) ou agacent (whatever happened to baby Judith? What the fuck with the rat storyline?)

Maintenant, HO-LY SHIT ce que cet épisode était fantastique !

En particulier le troisième acte, qui s’ouvre sur un chantage horrible, et un plaidoyer un peu redondant (et un peu hypocrite) mais plein de tension, que Rick espère possible mais que chacun sait inconcevable. The Walking Dead fait une fois encore ses adieux à son ancre morale comme pour signifier une fois de plus le sacrifice humain dans tous les sens du terme, et autant dire que cette mort frappe en plein ventre, car comme le veut Kirkman, plus le perso est bon, plus sa mort doit être affreuse. Le spectateur n’a pourtant pas le temps de s’attrister car commence l’assaut du Governor (don’t call him that), de ses suiveurs et de son tank – même si à posteriori, les intentions évidentes, purement vengeresses du gouverneur borgne coïncident mal avec la volonté de son groupe de prendre la prison, et du tank qui la réduit en miettes. Pourtant, en laissant la magie opérer, la séquence happer, malgré ses défauts, ses erreurs, ses invraisemblances (le combat entre Rick et le Governor ne tient pas debout) mais avec une certaine maitrise qui pendant quinze minutes m’a fait oublier de respirer deux ou trois fois, ce ‘showdown’ avait quelque chose de fantastiquement organique, dans cette dispersion de l’action, constamment interrompue pour passer d’un combat à un autre, créant ce sentiment confondu véritablement immersif, du manque de repères et de pure terreur face à la perspective de voir l’un de nos héros mourir. Daryl nous sort une flèche aussi badasse que cartoonesque de son carquois, en dunkant une grenade dans le canon du tank pour le faire joliment exploser, avant de se barrer avec Beth, mais est à deux doigts d’y passer. Comme Tyrese, qui sans cesse acculé, ne doit sa survie qu’à psycho-Lizzie (avec qui on peut imaginer un spin-off comique post-apocalyptique de babysitter dépassé) pendant que Glenn disparait avec le bus et les survivants du groupe, au grand dam de Maggie, Bob et Sasha qui s’enfuient de leur côté. Enfin Rick meure des mains du Governor, sans l’intervention de Michonne… Qui s’est probablement enfuie avec Judith, que Rick et Carl croient morte, quittant à jamais la prison, concluant l’épisode sur ces mots : “Don’t look back! Just keep walking.”

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