Retrospective 2013

la-vie-d'adèle

Vous l’aurez sans doute remarqué, j’ai un peu déserté mes fonctions de blogueur cette année, de même que mes fonctions de cinéphile pour être honnête. J’avais grave bourriné l’an dernier, cette année, un peu moins. J’ai vu des films, mais j’ai surtout maté des séries, bon j’ai quand même vu des films… Dans ma rétrospective je parlais de cet aspect surprenant du cinéma de 2012 – à l’image de Skyfall, que j’ai enfin vu, comme Django Unchained et The Master, avec un an de retard – en me fendant d’une phrase à la con : “des ‘all-ins’ avant la fin du monde.” Et en fait de fin du monde, cette année n’a pas démenti cette tendance. Qu’elle prenne la forme d’une rétribution – d’une science toute puissante ou d’un Dieu plus cruel que miséricordieux – ou d’une invasion extra-terrestre, extra-dimensionnelle, d’une hécatombe zombie ou pourquoi pas celle d’une tornade avec des requins… Bref, depuis Take Shelter en 2011 (ou 2012 en 2009…) le thème a resurgi. Ce qui est encourageant, car même si Pacific Rim, qui semblait être le seul blockbuster original (pas adapté d’un film, d’un livre ou d’un jeu vidéo), n’était pas, objectivement, bon, il était tout de même carrément divertissant, tout comme l’extra-ordinaire Sharknado ou le boudé Iron Man 3 de Shane Black, que j’ai largement préféré à Man of Steel ou The Hobbit soit dit en passant – comme Star Trek Into Darkness, Riddick et Fast & Furious 6. Reposez en paix Paul Walker, James Gandolfini, Et repose en paix, sœur toxico de Eric Foreman.

Depuis une décennie maintenant, Hollywood est en panne d’inspiration. Dans les années 80, époque où la mode des remakes a commencé, le cinéma produisait des films aussi mémorables que leur modèles (sinon plus), la coke était sniffés par des oufs malades et servait donc des projets de oufs malades, impensables aujourd’hui. Aujourd’hui elle est sniffée par des types au bout du rouleau, à qui il manque criminellement de la passion, l’amour du travail bien fait. C’est probablement une grosse généralisation cynique, alors je vais poursuivre par une généralisation naïve, mais il fut un temps où une idée n’était pas pensée pour faire de l’argent, mais pensée pour faire un bon film… conçu pour être le plus rentable possible. Nuance. Le fait est que 50 % de ce qui sort d’Hollywood aujourd’hui, que ce soit blockbuster ou indépendant, tout est vu, revu, et re-revu. Le courant indépendant procède avec malice, en changeant les titres et en faisant croire à une idée novatrice, misant sur la crédulité des prétentieux qui abhorrent le blockbuster, qui procède quant à lui à l’inverse, jouant tout sur une franchise connue et reconnue. C’est triste mais c’est comme ça.

evil dead

Et comme de bien entendu c’est au cinéma d’horreur – qui sert souvent de pied à l’étrier pour les réalisateurs novices que la machine à rêves veut tester, et hélas, bien souvent, parce que ceux-ci n’ont pas de contrôle ni sur le scénario, ni sur le casting, se retrouvent avec une bande de pouffiasses siliconées et de pédales endivesques chargés de crier, de se dénuder, et de tenter d’être crédibles en tant qu’êtres humains, avant de se faire trucider. Bref c’est toujours au genre avec un G majuscule de prendre le premier, mais de la même manière, d’être le premier à systématiquement tenter d’évoluer, de surprendre, parce qu’il en va de sa survie, son manque de moyen jamais un frein à son imagination, ses aspirations esthétiques jamais étouffées par sa ghettoïsation – comme en témoigne une petite pépite de 2012 intitulée Resolution (sorti en dvd cette année) ou le We Are What We Are de Jim Mickle, que certains veulent déjà voir sortir du cinéma de genre…

Ainsi lorsqu’il découle de l’imagination ou la passion d’un cinéaste cinéphile, ça donne un truc comme le remake d’Evil Dead cette année – ou celui de The Thing en 2011. Evil Dead ne réussit pas seulement parce qu’il est chapeauté par Sam Raimi en personne, mais parce qu’il a été réalisé par un type qui sait ce qu’il ne faut pas faire lorsqu’on fait un remake, en ayant un paquet d’exemples depuis plus dix ans, et qui s’évertue à faire un bon film. Et puis ça donne un cinéma qui se donne les moyens. Comme dans les années 70, paradoxalement “en marge” du circuit besogneux du bis, acteurs comme réalisateurs de renom s’y frottaient, comme Hitchcock des décennies plus tôt. Tels Jack Nicholson et Stanley Kubrick (The Shining), Ellen Burstyn et William Friedkin (The Exorcist), Mia Farrow et Roman Polanski (Rosemary’s Baby) Gregory Peck (The Omen) ou encore James Brolin et Stuart Rosenberg (The Amityville Horror) ; et parallèlement à la cure de jouvence habituelle – celles de la fin des années 80 ou de la fin des années 90, et celle-là même qui nous a vendu depuis la fin des années 2000 du found footage au point d’en avoir la nausée – nous avons droit à des films d’horreur réalisés avec soin par des mecs qui ont le talent (ou pas), mais surtout la ferveur, et interprétés par des visages connus et capables. Comme l’excellent The Conjuring, qui est définitivement à la hauteur de sa réputation.

Peut-être est-ce la raison pour laquelle c’est dans le genre horrifique que viennent piocher le blockbuster aseptisé comme la comédie, romantique ou parodique. Si on peut oublier d’avance Haunted House, ou passer sur le sympathique Warm Bodies, on a eu droit à un excellent The World’s End (pour boucler la trilogie du Cornetto) et surtout au jubilatoire This Is The End. Le thème de la fin du monde, du survivalisme venait même, en retour, chuchoter aux oreilles du cinéma d’horreur, qu’il s’agisse de l’héroïne de You’re Next, ou de la prémisse de The Purge (que je n’ai pas vu.) Quant à World War Z, malgré sa mauvaise réputation et ses infidélités au bouquin de Brooks, le film de zombies s’est avéré être un très solide blockbuster, tout comme Dark Skies s’est avéré de la très bonne science-fiction indé. Et dans le genre remake vicieux du Shadow of A Doubt de Hitchcock, le Stoker de Park Chan-wook était parfait. Je ne sais en revanche toujours pas quoi penser de Only God Forgives, mais je dois avouer que je me suis vraiment laissé séduire. J’attendais Gravity comme un 2001 : L’Odyssée de L’Espace, et si en effet il immerge littéralement le spectateur à la fois par son réalisme, son suspense et son usage de la 3D, il n’est au final qu’un film catastrophe virtuose qui tire un peu trop sur la ficelle, l’exceptionnellement oubliable Oblivion a au moins le mérite d’avoir un scénario, et tape tant par ses superbes images 4K que son entêtante bande musicale signée M83.

Si je disais en introduction (et bien qu’à ce stade certains pourront dire “wouah l’aut’e hey”) que je n’ai pas vu autant de films que l’an passé, c’est parce que j’ai attendu pour les voir. J’ai ainsi découvert de bonnes comédies, parfois avec un an de retard comme ce fut le cas pour De L’autre Côté du Périf et Les Kaïras, comme les fréquentables Best Man Down, The Brass Teapot et Coffee Town, ou le vivifiant Much Ado About Nothing de Whedon ou le remarquable ACOD avec Adam Scott. Cela m’a aussi permis de ne pas voir autant de daubes que l’an dernier, et ainsi éviter les déconvenues, comme Gangster Squad ou le truc qui te fait douter de la race humaine, A Good Day to Die Hard. J’ai tout de même été un peu déçu par The Berlin File (The Agent en français, va comprendre Charles) de Ryoo Seung-wan, qui s’il fait une fois encore, après City of Violence et Crying Fist, montre d’un talent pour les chorégraphies martiales, fait la promesse d’un thriller complexe et politique – comme une Taupe un poil plus énervée – mais dilue son intrigue et propose un Bourne sud coréen certes prenant mais générique. Dommage. New World partait lui aussi sur une note générique et dérivative puisque le film faisait irrémédiablement penser à Infernal Affairs, mais s’en démarque comme The Departed, grâce à une tonalité propre et son identité culturelle, et grâce à une intrigue suffisamment riche en surprises, en tension, et en ambiguïté autour des trois protagonistes. J’ajouterais à cette liste en demi-teinte les superficiels Jimmy P, Blue Caprice et The Iceman, que je ne regrette néanmoins pas d’avoir vus, ne serait-ce que pour les performances (respectives) de Benicio Del Toro, Isaiah Washington et Michael Shannon. Comme dans une moindre mesure, celle de Christian Bale dans Les Brasiers de La Colère, qu’il parvient à arracher de la complète nullité, tandis que la partition clichée de Casey Affleck achève de l’y enfoncer.

Tout à l’inverse du thrillerissime Side Effects de Soderbergh, et du sublimissime The Grandmasters de Wong Kar-wai, des drôlissimes The World’s End et This Is The End, de l’éprouvant Prisonners, du palpitant Snowpiercer, du tétanisant The Conjuring et du sanguinolent Evil Dead, ou (comme toujours parce que le documentaire est constant, dans le fait qu’il soit un vecteur d’émotion imparable, comme dans le fait qu’il soit toujours snobé), des époustouflants Blackfish, Leviathan et The Act of Killing. Bref des films passionnés par leur sujet, leur genre, maîtrisés dans leur exécution, et donc immanquables. Et si je devais finir par un top 10 de films sérieux (pour faire pro et tout), je leur adjoindrais Fruitvale StationBlue Jasmine, Frances Ha, Inside Llewyn Davis, La Vie D’Adèle, Mud, The Place Beyond The Pines, Spring Breakers, Upstream Color et A Touch of Sin, parce qu’il en faut bien dix. Non sans dec’ le film de Zhangke Jia est un coup de poing dans le bide – ou un coup de pelle dans la gueule. Il me reste à voir Filth avec James McAvoy et Dom Hemingway avec Jude Law, Her, Le Géant Égoïste, Nebraska, American Hustle et The Wolf of Wall Street, histoire de clore cette année en beauté. Ainsi que 12 Years A Slave, L’Inconnu du Lac, La Bataille de Solférino, Blind Detective, Post Tenebra Lux, mais je verrais tout ça à la télévision.

Parce que c’est peut-être pas encore la fin du monde, mais c’est toujours la crise mon frère.

2 thoughts on “Retrospective 2013”

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