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Les Meilleurs Épisodes de Télévision de 2013

Ayant passé une bonne moitié de mon existence à voir des films ou des séries télés (en majorité américaines), découvrir aujourd’hui une nouvelle série n’est pas la même chose que d’en découvrir une il y a de ça 10 ou même 5 ans. Je regardais Les Soprano, Urgences, Seinfeld et Les Simpson sur un écran de télé, j’ai découvert The Wire sur des VHS grattées sur Jimmy et redécouvert l’intégralité de The X Files en DVD. J’ai passé mon temps à user les bandes de mes cassettes, à monopoliser pendant 20 minutes la télé de mes vieux tous les soirs après les cours, pour finir par télécharger la dernière saison de Friends sur Internet. J’ai vu le pilote de Lost sur TF1 et celui de 24 sur Canal, en français sur un tube cathodique, puis leur finales en version originale sur un écran plasma branché à mon disque dur. Si la façon de les regarder a changé, ça a surtout influencé le nombre de séries que je peux suivre. Et autant dire que j’en suis beaucoup.

Depuis la fin de The Wire, ou depuis la fin de Lost, beaucoup de critiques ont annoncé la fin de l’age d’or qui avait débuté avec Twin Peaks et atteint son apogée avec The Sopranos. Il est vrai que si l’on exclue les sitcoms, ou plutôt si on compare avec l’effervescence de la comédie, ces dernières années ont vu une raréfaction de dramas réellement originaux, car ce sont ceux-là même qui ont périclité, à l’image de House, Dexter ou Lost, qui malgré leurs défauts, en étaient quelques une des figures emblématiques. Et si Mad Men ou Breaking Bad possèdent des qualités indéniables, aucune série n’a rivalisé avec The Wire en grandeur et en ambition, ou avec les Sopranos ou Deadwood pour ce que ces séries ont apporté en termes de densité, vis-à-vis des films. De même, The Good Wife s’est affirmé comme un valeureux prétendant à The Practice, mais comme House, des storylines et des personnages fantastiques ne peuvent pas faire oublier, tout comme les dramas de Jason Katims, Parenthood et Friday Night Lights, bien que superbes de justesse et d’émotion, qu’ils sont parfois tout sauf originaux, qu’ils arrivent après. Et si Sons Of Anarchy n’a pas à rougir vis à vis de sa grande sœur The Shield, elle est trop racoleuse, malhonnête et inconsistante pour vraiment faire le poids, et il me semble que l’on peut en dire de même pour Homeland, qui se voulait pourtant plus sérieuse que son ainée 24 mais comme elle, a très vite “sauté le requin” pour se perde dans une invraisemblance qui savait néanmoins être palpitante. Enfin, The Killing s’est peut-être dédouané de l’horrible conclusion de la première, et de l’intégralité de la seconde, avec une fantastique troisième saison, mais elle n’aura simplement pas tenu ses promesses.

Alors peut-être est-ce une coïncidence, mais pour le nombre de nouvelles séries augmentant chaque année, et le pourcentage de celles que l’on garde en mémoire, et de celles qui n’inspirent qu’un retentissant “bof” mais qu’on regarde quand même, telles Fringe ou Awake, Scandal, The Blacklist, Sleepy Hollow, du rutilant Almost Humain jusqu’au grandiloquent Hannibal, existe cependant une tripotée de merdes qui se retrouvent chaque année soit, logiquement, à la poubelle, soit, moins logiquement, en tête des sondages Nielsen (ou plus logiquement si l’on considère le spectateur moyen comme un cran au dessus du chimpanzé) en lieu et place de séries d’intérêt au succès trop confidentiel, tels les regrettées Rubicon et Terriers ou les superbes The Americans, Sherlock, Southland et Justified – qui parviennent assez génialement et chacune à leur façon à ne pas être des procedurals tout en étant des séries policières, en donnant le meilleur de ce que le genre a à offrir. Comme Mad Men, Breaking Bad ou Boardwalk Empire, ces séries sont indubitablement les meilleures dramas adultes de ces dernières années, et c’est sans compter des phénomènes tels que Game of Thrones ou Masters of Sex. Et si je continue en dépit du bon sens de regarder The Walking Dead, il est clair que la télévision nous réserve encore quelques surprises, à l’instar cette année du plébiscite de House of Cards et du succès de Orange Is The New Black sur Netflix – qui ironiquement, n’est pas une chaine de télé – et le retour tant espéré de Arrested Development; ou encore Rectify sur la chaine Sundance et The Wrong Mans coproduit par Hulu et BBC.

Alors, après ce (trop long) préambule, peut-être en effet qu’une page se tourne maintenant que la dernière grande série américaine est terminée, et avec elle Dexter, The Office, Futurama, 30 Rock, Happy Endings, Eastbound & Down, Fringe, Southland et bientôt Mad Men, Boardwalk Empire, et Sons of Anarchy, signant ainsi la fin de cet âge d’or. La trentaine d’épisodes qui suit, par son simple nombre (que j’ai du doubler par rapport à l’an dernier, et j’en ai oublié, c’est vous dire), est le signe d’une transition, et donc peut-être d’une nouvelle ère… un nouvel âge d’or qui comptera aussi ses chefs d’œuvres, comme ses plaisirs coupables. A l’image de celui qui ouvre cette liste :

30. Sleepy Hollow – Pilot
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De mémoire, je ne crois pas avoir vu un pilote aussi inspiré dans sa mise en scène, et c’est sans doute aux talents (insoupçonnés) du réalisateur Len Wiseman que Sleepy Hollow doit son buzz. Parce qu’à défaut d’être intelligente, ou passionnante, elle se pose comme le rendez-vous hebdomadaire de spectateurs amateurs de délires bizarres et occultes, d’histoires de poisson hors de l’eau, de conspiration de fin du monde, de buddy movies improbables.

Et si, comme Dexter ou House, les personnages secondaires sont informes et inutiles – quoique le développement du personnage d’Orlando Jones et la récurrence de celui de John Noble (YAY Walter!) sont encourageants – c’est à son duo d’acteurs, Tom Mison et Nicole Beharie, que la série doit tout, et dans laquelle repose son âme. L’épisode qui scelle leur rencontre, et leur destin, a quelque chose de cinématique, dans ses scènes d’action comme dans la maitrise de son rythme, d’audacieux aussi, dans son art de frôler le ridicule ou de l’assumer à fond. Quelque chose d’infiniment merveilleux, et de simplement divertissant.

29. The Walking Dead – Too Far Gone

Comme pour coller au titre de ce mid-season finale, le chemin emprunté par le troisième showrunner de The Walking Dead aura bien tenté de revenir aux sources de la bande-dessiné, en illustrant un chapitre qui aurait du se tenir à la fin de la saison dernière, mais parce que ses auteurs s’en sont trop éloignés, il leur est maintenant impossible de faire marche arrière.

Cette moitié de saison, comme les précédentes, aura fait dans le pire et le meilleur, et dans les dernières vingt minutes de ce Too Far Gone, nous avons eu droit au meilleur de ce que la série zombie de AMC est capable de donner. Rehaussée par une réalisation attentive et efficace, et un montage cut, cette séquence d’assaut, de son violent et émouvant point de départ, jusqu’à son éprouvant dénouement, fut, par sa durée, ses enjeux, l’un des moments les plus insoutenables de cette fin d’année.

28. The Wrong Mans – Dead Mans

Ce qui est cool avec les séries anglaises, en particulier lorsqu’elles ne durent que 3 heures, c’est qu’elles encouragent au binge-watch, marathon qui comme chacun a pu en faire l’expérience, a le don de faciliter l’immersion. The Wrong Mans, au demeurant, n’a rien de spécial. Or, grâce à un développement inspiré et un remarquable duo comique, Mathew Baynton (qui co-signe) et James Corden (vu dans Doctor Who), ce thriller satirique, qui subvertit chaque artifice du film d’action, chaque ficelle de l’intrigue à tiroirs, et comme les films d’Edgar Wright, Nick Frost et Simon Pegg, sans jamais tomber dans la franche parodie, arrive à surprendre ou effrayer, émouvoir et amuser, et garder en mémoire.

Sam est un individu plutôt normal, si ce n’était pour sa rupture sentimentale avec sa supérieure, à qui il doit rendre un dossier qu’il n’a pas commencé; si ce n’était pour ce matin de gueule de bois, où encore en retard, il va se rendre à pied au boulot par un froid glacial, causer un accident de voiture, et, une fois les pompiers et les policiers partis, répondre au téléphone trouvé sur les lieux…

Je m’arrêterai ici car la série doit beaucoup à sa multitude de rebondissements, sauterai sur le second et reprendrai donc à ce troisième épisode. Il parvient à caser tellement plus de blagues, de trouvailles visuelles, de retournements de situations que dans la plupart des dramas ricains qu’il est difficile de croire, deux morts et un sac à merde plus loin, qu’il ne s’est écoulé qu’une trentaine de minutes. The Wrong Mans ne révolutionne pas la série télé, et ce qu’elle gagne en rythme (l’intrigue se déroule sur 48 heures) elle le perd parfois en subtilité et en justesse… pour mieux le regagner par son sens de l’humour.

27. New Girl – Virgins

26. The League – The Von Nowzick Wedding

Si The League s’est depuis ses premières saisons, reposée sur une formule un peu trop répétitive – chaque personnage étant utilisé comme un gimmick, chaque situation devenant du même coup prévisible – et si la conclusion de cet épisode ne fait pas non plus exception – André étant, encore et toujours, le dindon de la face – The Von Nowzick Wedding (deuxième partie du ‘season premiere’) tire profit de ce qui fait aussi la force de la formule : riffer sur de vieilles running-jokes en y incorporant de nouvelles.

L’épisode pourrait se résumer à  une inititiaton de André par Taco au concept du juggernut, ou par un seabiscuit de Kevin parce qu’il doit yoyobogoya… Oui, c’est normal, je n’ai pas souffert d’une attaque, il s’agit ici du vernaculaire très particulier de la série.

Et entre les apparitions éclairs de Rafi et sa Ligue de Domination composée de Seth Rogen et Rob Huebel, nous découvrons Ted, campé par un Adam Brody qui annonce à ses potes que sa perte de poids est due au SIDA “full blownsies” !

Cette nouvelle inspire à notre ligue quelques vannes (de bon aloi) et Ted n’est pas en reste et use même de sa maladie pour mettre au point une blague énorme lors d’une innocente partie de volley… Ce qui nous fait une fois de plus dire que l’on peut rire de tout, quand la bande considère la MST la plus populaire du monde comme une affliction banale, au même titre que la perte de cheveux de André ou le micro-pénis de Ruxin, The League parvient alors à tenir un propos que l’on pourrait qualifier de progressiste.

C’est cependant au Taco de Jon Lajoie et au Ted de Adam Brody que viendront deux des plus beaux gags que la série ait signé, et dans le cas du dernier rappeler que Brody, dans The OC, était un as de l’humour corporel.

25. Veep – Running

24. Homeland – The Star

23. Rectify – Jacob’s Ladder

Dans le genre slow-burn intimiste (et confidentiel) Rectify se sera davantage rapproché du téléfilm en plusieurs parties, que de la série télé. Son intérêt tournant autour de ses personnages, de son protagoniste, qui revient dans sa ville natale de Georgia après avoir été libéré du couloir de la mort, plus encore qu’autour de l’énigme de sa culpabilité.

La série de la chaine Sundance, presque entièrement écrite et réalisée par Ray McKinnon (un acteur que vous avez pu apercevoir dans Deadwood ou SOA) se pare ainsi d’une atmosphère éthérée, d’une sensibilité à fleur de peau, qui culmine jusqu’au cliffhanger final, à mille lieues de ce que l’on qualifie habituellement de ‘cliffhanger’, dans l’écrasant Jacob’s Ladder. Une heure de télévision lourde et suffocante, triste et infiniment désarmante, car si quelque part, le dénouement est prévisible, il nous laisse un sentiment d’impuissance tel que longtemps après sa vision, ce sentiment nous étreint, et ne nous lâche pas.

22. Southland – Reckoning

21. Orphan Black – Entangled Bank

20. 30 Rock – Last Lunch

Mis à part Breaking Bad, beaucoup de séries se terminaient cette année. Happy Endings, Fringe et Futurama, entre autres (et dans un sens Homeland.) La première nous quittait sans nous dire au revoir; La seconde quant à elle bouclait la boucle, avec une saison forcément rushée mais néanmoins satisfaisante; la troisième se payait le luxe d’un deuxième series finale, et nous laissait une impression de sérénité. 30 Rock aura pris le temps de nous faire ses adieux, sereine, de boucler chaque boucle, sans jamais une seule seconde oublier d’être drôle, parce que le spectacle doit continuer.

Jusqu’à la toute fin, Tina Fey aura puisé dans sa réserve de blagues tout en nous donnant de la mise en abime maligne. La fin de la série correspond à la fin du show (dans la série) et si nous entrapercevons une vie familiale heureuse pour notre Liz, notre Lemon en revanche doit encore dire au revoir à ses attachants mais fatigants collègues, et avec Jack, se dire “je t’aime” sans dire “je t’aime”, parce qu’on ne le répétera jamais assez, leur relation, celle qui fut la force motrice de 30 Rock depuis 7 ans, était pla-to-ni-que.

19. Doctor Who – The Day of The Doctor

Même si cet épisode spécial a pu en décevoir certains, trouvant que la réjouissante rencontre du onzième et du dixième n’a pas tenu toutes ses promesses, pour une grande majorité de fans, ce Jour du Docteur, diffusé partout dans le monde au même moment, fut un spectacle absolu. Prenant grâce à une intrigue au petits oignons, bouclant une boucle initiée 7 ans auparavant en racontant l’histoire de l’incarnation génocide des Seigneurs du Temps (un John Hurt parfait) précédent notre rencontre, en 2005, avec le neuvième (Christopher Eccleston.)

Touchant aussi, à cause des retrouvailles à l’écran de David Tennant et de Billie Piper (qui auraient mérité pour les plus fervents un traitement différent.) Marrant surtout, par le simple abattage de Smith et Tennant, qui passent leur temps à se voler la vedette pour notre plus grand plaisir. Cerise(s) sur le gâteau, le caméo de Tom Baker et la séquence finale qui voit chacune des onze (treize) docteurs – Peter Capaldi ayant fait son entrée en scène officielle lors du Christmas Special du 25 décembre.

18. Broadchurch – Episode 1.8
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Quand l’adjectif “addictive” semble galvaudé, v’là-t-y pas qu’une série anglaise nous en donne une nouvelle définition. Comme un vieil Agatha Christie que l’on finirait à l’aube, pris à la gorge par un mystère insondable, son atmosphère hypnotique et oppressante, et son style familier et confortable, Broadchurch transformait chacun des habitants de son village éponyme du Dorset en suspects, pendant que policiers et journalistes pataugeaient dans une enquête qui aura fait au final, bien plus de victimes qu’au départ, et laissé ses spectateurs comme ses protagonistes, complètement dévastés…

17. Hannibal – Relevés

La série de Bryan Fuller aura pris à contrepied la totalité des procedurals et thrillers classiques de la télévision pour offrir une perspective unique, viscérale, sur la sensation écœurante qui entoure l’acte homicide et brouiller par là même la frontière qui existe entre victimes et auteurs de la violence, et dans quelle mesure celle-ci les définit. A travers son protagoniste – et non son tueur titulaire – Hannibal naviguait donc dans les méandres de la névrose, de la psychose, en enfonçant, épisode après épisode, la tête de ses spectateurs sous les eaux saumâtres de la psyché de Will Graham, qui tue un homme alors que commence l’enquête qui devra le conduire au cannibale.

Graham est en proie à des cauchemars, puis devient la proie du psychiatre sensé l’aider, le débarrasser de ce fardeau, de cette culpabilité, et qui en retour, sous les traits du Dr. Lecter, ou les actes de Hannibal, va cultiver et pousser celui qu’il appelle même son ami, à douter de lui même, à perdre de lui-même. Et dans ce pénultième épisode, au moment où Graham semble sur la voie de la guérison, tout se précipite, pour quarante-deux minutes démentes. Georgia LassMadchen brule vive dans sa chambre hyperbare – une scène qui dépasse en violence tout ce à quoi cette série déjà excessivement gore nous a habitué – et alors que tout commence à se mélanger dans l’esprit du profileur, chaque storyline converge, chaque personnage se dirige vers une fin. Telle Abigail, qui découvre enfin qui est réellement le docteur Hannibal Lecter.

16. Archer – The Wind Cries Mary
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Timothy Olyphant et son timbre suave en guest star ? Check. Une histoire d’agents doubles servant d’excuses à pléthore de références et de conneries ? Check. Des sous-entendus homosexuels ? Check. Une scène finale mémorable ? Check. Archer continue d’être la série d’animation la plus originale, la plus inventive et donc la moins regardée de la télévision américaine, et cette saison, il n’y avait qu’à se baisser pour trouver un épisode pour le confirmer. Honnêtement, entre Live and Let Dine avec Anthony Bourdain, Once Bitten, ou Fugue And Riffs, la saison était si bonne que chacun de ces épisodes méritent une place icitte. Ça ne vous dit pas pourquoi The Wind Cries Mary est meilleur que les autres (retournez au début de ce paragraphe), mais ça devrait vous encourager à mater Archer si ce n’est pas le cas. Sérieusement, vous ne le regretterez pas.

15. Brooklyn Nine Nine – Thanksgiving

Beaucoup l’ont dit, et je l’ai dit en même temps (et pas répété), Brooklyn Nine Nine est la sitcom de la rentrée, et bien qu’affichant une jolie constance, à fortiori pour une première saison, son meilleur épisode était tout choisi. Car si la série cherche encore parfois ses marques, cet épisode était parfait. Son univers de bras cassés d’un commissariat de police du borough new-yorkais, et ses différents protagonistes établis, au fil des gags, des vannes et de moments plus intimes, ce spécial Thanksgiving débarque à point nommé pour réunir chacun d’entre eux lors du traditionnel repas de fêtes et voir ce qui se passe.

Michael Shur (Parks & Rec’, The Office) dont c’est la signature d’osciller entre tendresse assumée et délire échevelé, improvisation et répétition, compose un épisode qui part ainsi dans tous les sens, pour mieux se retrouver, notre lieutenant Peralta (Andy Samberg) faisant ainsi équipe avec le capitaine Holt (l’immense André Braugher) avant de retrouver les autres lors dudit repas. Et c’est à Holt que l’on doit – in character en tant qu’inspecteur traumatisé Jerald Jiles – la réplique de l’épisode (ci-dessus), délivrée avec tellement d’intensité et de conviction qu’elle en est d’autant plus formidable.

Mais le diner restait la pièce centrale de l’épisode, chacun ayant son moment, chaque combinaison tapant dans le mile, de l’impayable Terry Crews et le running-gag de sa carence en nourriture le mettant dans un état de rage (“Release your sweets!”), à Scully dévoilant un don de soprano lorsqu’il improvise un aria, en passant par Santiago et sa conversation la plus gênante de tous les temps avec Holt, ou Gina lui balançant : “Why so excited? Did you make the cover of Hair Pulled Back magazine?” ou encore Rosa accusant Boyle d’avoir ruiné son Thanksgiving, sans parler justement du génial Boyle-bingo… B9-9 (telle qu’on la nomme dans le milieu… de l’abréviation approximative) est immanquable.

14. House of Cards – Chapter One
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House of Cards, comme pas mal de séries de cette liste, et c’est une preuve de leur constance, n’a pas à proprement parler d’épisode qui soit meilleur qu’un autre. Cet exercice, auquel je me prête depuis deux ans, tient à certains principes, et j’ai ainsi pu éliminer d’office Sherlock ou Luther parce que si peu d’épisodes, même excellents, par saison, est difficilement comparable à une série qui en produit 13 ou 24, et qui doit justement lutter pour cette constance – et échouer parfois.

D’un autre côté, je devrais m’en tenir à la simple règle contenue dans le titre, et ne me concentrer que sur la qualité, même si évidemment, il s’agit aussi de parler de séries méconnues, ou mésestimées, et de féliciter leurs prouesses. J’aurais pu aussi pousser à la cinquantaine et devoir inclure un épisode du Meilleur Pâtissier de France, ou des Ch’tis à Hollywood because why the fuck not?! si cela m’avait permis d’inclure Girls, Banshee, Utopia, Fringe, Futurama, Workaholics, Happy Endings, Eastbound & Down, Sons of Anarchy, Ripper Streetou Almost Human, voire Agents of SHIELD

Quoiqu’il en soit, je ne pouvais pas établir une liste de 30 épisodes comprenant The Walking Dead, et zapper un remake aussi réussi que House of Cards. Et bien que j’ai pu regretter que le personnage le plus intéressant de la série soit sacrifié, et trouvé dommage que la façon et les raisons derrière sa disparition aient fait tomber dans la caricature limite cartoonesque ce qui jusqu’à présent était une satire impitoyable du monde de la politique, et une étude de personnages appliquée; je me souviens qu’à l’origine, il y a ce pilote, réalisé avec maestria par David Fincher, vertigineux et enivrant.

13. Bob’s Burgers – O.T. : The Outside Toilet

Je ne sais pas si je devrais céder au hype, et comme The AV Club, déclarer que Bob’s Burgers est la meilleure série d’animation du moment. Ce que je peux dire, simplement, c’est que la série est unique, que sa tonalité amère, ses personnages incongrus, ont quelque chose de très novateur, mais aussi de très familiers. Il y a une tendresse très naturelle dans la série, mais qui n’est jamais délivrée, comme dans les Simpsons par exemple, à la fin d’un épisode telle une morale un peu mielleuse, mais au contraire de façon inassouvie, parce que jamais un sale gosse ne dira à sa maman qu’il l’aime, préférant grimacer, fermer les yeux et tourner la tête lorsqu’elle lui colle un bisou sur la joue.

Bob’s Burgers est peut-être la meilleure série d’animation du moment, elle est en tout cas l’une des mieux réalisées, des plus originales, même si on ne dirait pas, et possède une distribution (vocale) fabuleuse, de H. Jon Benjamin à Eugene Mirman, de Dan Mintz à Kristen Shaal, en passant par Kevin Kline, Sarah Silverman, ou ici, Neil Flynn (The Janitor dans Scrubs) et surtout Jon Hamm, dans le rôle de OT, le trône parlant. Et même si elle n’était pas la meilleure série d’animation du moment, cet épisode était le meilleur épisode d’animation de l’année.

12. The Americans – The Colonel
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The Americans s’est imposé comme un excellent slow-burn, un thriller d’espionnage doublé d’un superbe psychodrame, et si sa lenteur a pu parfois jouer contre l’intrigue, elle contribue à rendre ses personnages infiniment riches, à commencer bien sur par Elizabeth et Philip Jennings, dans lesquels s’investissent corps et âmes une Keri Russell stupéfiante de justesse et de physicalité et un Matthew Rhys caméléon; sans oublier le Stan Beeman de Noah Emmerich, la Nina Sergeevna de Annet Mahendru ou la Claudia de Margo Martindale.

Aussi aurais-je pu substituer à ce final quelques uns des 13 épisodes de cette première saison, en particulier le pilote, et au passage parler de l’une des choses que la série fait à merveille, un usage parfait de tubes eighties. Plus encore que ‘Tusk’ de Fletwood Mac rythmant une course-poursuite échevelée, sa scène finale pourrait presque faire oublier la cultissime séquence de Miami Vice sur le ‘In The Air Tonight’ de Phil Collins…

Mais ce qui rend The Colonel parfaitement représentatif du brio technique et plus encore de sa densité thématique, hormis l’enjeu extraordinaire posé entre nos différents protagonistes, y compris l’impassible Nina, et ce suspense qui nous fait craindre le pire jusqu’au dénouement, c’est cet épilogue en forme de cliffhanger, qui achève de dire que mensonges et faux-semblants sont devenus la seconde nature de notre couple d’espions, et que personne n’échappe à leur méfiance – à la base de leur survie – pas même leur propre fille…

11. Mad Men – The Crash
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La saison 6 de Mad Men ne fut pas une mauvaise saison, mais se sera amusé à tester notre tolérance envers son protagoniste. La série de Matthew Weiner possède toujours, en essence, son incroyable pouvoir évocateur, et reste remarquablement constante dans sa peinture de l’Amérique des sixties, mais simplement, et cela expliquera son placement hors du top ten, cette constance joue en sa défaveur ici, ses meilleurs épisodes n’avaient rien d’exceptionnel, et vis-à-vis du nombre de bonnes séries cette année, c’est l’jeu ma pauv’ Lucette… Il y aura tout de même eu cet épisode.

Mad Men se réveillait enfin de ses longues nuits de sexe sur un lendemain de sueurs froides et de gueule de bois, comme celle dont Don semblait souffrir durant cette saison, lorsqu’il n’était pas dans perdu entre hébétude éthylique et perches enfumées. Un lendemain de favoris ridicules et vestons moutardes : les ’60s ont cédé la place aux ’70s et pendant que New York se désagrège, la situation au Vietnam s’enlise, et Don Draper se démène et se dégoute dans un monde qui continue, plus que jamais, de s’écrouler autour de lui…

Nous retrouvions ce qui fait le charme (intacte, si ce n’est routinier) de la série, et Joan, Peggy, Betty et Sally, Pete, Harry et Ken, Ted, Jim, Roger, et Stan, sans oublier ce satané Bob Benson, participaient joyeusement à contrebalancer la dépression de notre héros, et sa tumultueuse relation aux autres, et dans cette saison, à ses enfants. A l’image de ce Crash fiévreux et halluciné, qui se partage entre flashbacks sur l’enfance de Dick Whitman, prises de drogues, numéros de claquettes, jeux de fléchettes, cambrioleuses impétueuses, et descentes silencieuses en ascenseur.

10. Orange Is The New Black – The Chickening

Orange Is The New Black est venu de nulle part voler la vedette à Arrested Development et House of Cards sur Netflix, pour s’affirmer comme la sensation de l’année. L’adaptation de l’autobiographie de Piper Kerman, une yuppie emprisonnée pour avoir fait passer de l’argent pour son amour de jadis, Alex Vause, qu’elle retrouve dans l’établissement de haute sécurité où elle découvre le clanisme, le système, et fait comme nous la rencontre de Red, Crazy Eyes, Miss Claudette, Nicky, Daya, Taystee, Poussey, Lorna, Janae, Yoga, Sophia, Pennsatuky, Big Boo, ou encore leur maton Pornstache et leur agent de probation, Healy…

Car c’est son impeccable distribution qui fait la richesse et le succès de la série, sa galerie de portraits uniques, aux caractères affirmés; de femmes fortes, paumées, irrésistiblement attachantes et plus que tout, belles et dignes. Et c’est ce troisième épisode qui fait prendre conscience que Orange… est un peu plus que ce que son titre crétin laisse paraitre, il ne s’agit pas simplement de Piper (Taylor Shilling) et de son épreuve, et encore moins celle de son connard de fiancé (Jason Biggs, toujours aussi naze… mais assez bon) ou de sa relation avec Alex (Laura Prepon) mais de chacune d’entre elles, de leur passé, leur morne présent et leur futur incertain, leurs peurs, leurs rêves, comme ce poulet mythique, qui permet de parler de spiritualité, et faire dire à Pornstache (Pablo Schreiber, The Wire) ce qui reste pour moi l’une des plus belles répliques de l’année : “I wanna fuck Jesus in his handhole.” Énorme.

9. Masters of Sex – Catherine

Masters of Sex est la série de cette rentrée. Elle est donc encore toute jeune, et aura l’occasion de se casser lamentablement la gueule comme toutes les séries Showtime. Mais pour l’instant, et je vais probablement regretter de l’avoir dit, elle est une meilleure version de Mad Men que Mad Men ne l’était elle-même cette saison, et quand je dis ça, comprenez que Mad Men reste l’une de mes séries préférées, et a signé une fois de plus une grande saison.

Bien entendu, l’intérêt de la série adaptée de l’ouvrage de Thomas Maier par Michelle Ashford (The Pacific, Boomtown, 21 Jump Street !) ne réside pas seulement dans ses similitudes avec celle de Matthew Weiner (une décennie les sépare) mais bel et bien dans son scénario solide et affuté, construit autour d’un sujet qui arrive encore à interpeller, et l’histoire vraie de la collaboration du Dr. William Masters et Virginia Johnson.

Il réside surtout dans ses deux principaux interprètes. Lizzy Caplan (moi adorer elle) éblouit par sa capacité à faire émerger de son rôle un peu cliché de femme en avance sur son temps, en pleine possession de ses sens, une humanité et une personnalité unique : chaleureuse, passionnée mais distante, mystérieuse. Et face à elle ou à ses côtés, Michael Sheen joue un type parfaitement singulier, et de façon presque robotique, un obsédé sexuel d’un troisième type, coincé, pincé et froid, pourtant animé et dévoué à la compréhension de nos rituels, nos pulsions, nos orgasmes, une dualité presque schizophrène qui s’illustre dans une attitude machiste mue par les mœurs de son époque et une mentalité rigoureusement progressiste héritée de sa dévotion à la médecine. Et c’est dans ce cinquième épisode, dans une magnifique scène toute en pudeur et en émotion, que se fissure enfin cette apparence glaciale, et apparait une vulnérabilité qui simplement, nous bouleverse.

8. Parks & Recreation  – Filibuster

Il faut peut-être tenir compte du fait qu’après un trop long hiatus, retrouver Parks & Rec’ avait quelque chose de tellement rassurant, que ce Filibuster remporte tous les suffrages. Un duo se forme autour d’un jeu de tir à la première personne, pendant qu’un couple tente de surmonter l’épreuve de la distance, et qu’un autre commence à peine à se former… Ron Swanson affrontant Donna Meagle sur une simulation de chasse, partant chasser (sans permis parce que Donna doesn’t give a f***) après avoir perdu, pour mieux admettre son envie de gagner face au simulateur, pour enfin inscrire les initiales ASS en s’esclaffant, est une des choses les plus merveilleuses que j’ai vu cette année.

April et Randy sont toujours aussi mignons, et aussi cinglés, et Chris Pratt, (bientôt dans le Gardians of The Galaxy mais aussi dans Lego La Grande Aventure) prouve qu’il est passé maitre dans l’art de l’humour physique. Quant à Tom et Nadia (un autre clone de Tatiana Maslany?) il y a dans leur course au jouet face à une Ann dépassée et consternée, et surtout dans le plaidoyer (ou obstruction parlementaire) d’une Leslie Knope en rollers face à ses adversaires, ce qui une fois de plus fait le sel de cette série. Archer, ‘Sunny ou The League ont en commun de captiver parce que leur personnages sont horribles et infectes, et comme ceux de Seinfeld ou The Office, on les aime pour ça, parce qu’ils servent d’exutoire à nos pulsions, nos démons, nos conneries, nos bassesses et nos hypocrisies.

Les personnages de Parks & Rec’, comme ceux de Bob’s Burgers, de New Girl ou B9-9, affrontent leur problèmes, leurs ennemis, avec l’honneur et la ferveur de véritables héros, et si c’est un peu plus naïf, c’est aussi bien plus romanesque, et sincère, et c’est pour ça qu’on les aime.

7. Boardwalk Empire – Farewell Daddy Blues
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Boardwalk Empire continue d’être une série captivante, et la qualité de sa réalisation, de sa reconstitution, et de son interprétation mise-à-part, elle n’a pas toujours été intéressante, en particulier lorsque le soap opéra empiète sur les intrigues criminelles, les trahisons, les machinations, ce sur quoi Terence Winter aurait du concentrer son récit, plutôt que de la jouer concept, genre petite histoire dans la grande.

Cette saison, même lorsqu’elle nous distrayait une fois de plus avec des storylines et des personnages superflus, était, une fois de plus, magistralement orchestrée. En témoigne ce final, aussi impressionnant que dévastateur. Avant son sublime épilogue, ce Farewell Daddy Blues voit, comme de coutume, les échecs des uns servir les intérêts des autres – Eli tombant sur Van Alden à Chicago étant le petit rayon de soleil de cet épisode, car autant dire que cette fin de saison était noire. Brutale.

Entre la vision d’horreur symbolisant le châtiment de Chalky, et une scène de baston entre l’agent Knox et Eli défiant en brutalité et en véracité tout ce que j’ai pu voir, une scène d’une telle intensité dans sa montée jusque dans son climax, qu’elle ne prépare pas à ce qu’on en remette une couche. L’émotion est encore vive, et la blessure engendrée par la mort de l’un des personnages les plus charismatiques de l’histoire de la télévision, pas tout à fait refermée. Sa fin aura été opératique, celle d’un héros qui tire sa révérence, sur une ode tantôt sanglante, tantôt onirique, contemplative, parmi les plus majestueuses séquences jamais tournées pour la télévision. *sob*

6. Arrested Development – A New Start

ANUSTART. ANUSTART !!! Quoiqu’aient pu dire les fans mécontents, les ingrats qui ont reproché à cette nouvelle saison sa structure, ses guest-stars, ce backlash était bêtement prévisible et il existe une place en enfer qui leur est réservée. Le retour de notre famille d’enfoirés préférée fut prodigieux, et renouait de plus belle avec ce sens caractéristique de la blague à tiroirs et de la perspective sur ses lignes narratives et mythologiques. C’était le pari de cette saison, balancer la chronologie, et centrer chaque épisode sur un élément de la famille Bluth, et pour ne citer que cet exemple – et quel exemple – cette focalisation sur Tobias Funke, l’analrapist/acteur, payait.

5. It’s Always Sunny In Philadelphia – The Gang  Gets Quarantined

Cette année encore, n’en déplaise à ceux qui lui préfère un humour un peu plus bourgeois, Sunny continue sa renaissance, en signant une rafale d’épisodes tous plus drôles les uns que les autres, au point que comme l’année dernière, choisir s’avérait une tache difficile. Dans le cas de Archer, choisir fut une affaire de gout. Dans ce cas-ci, il m’aura été physiquement contraignant de préférer le meta de The Gang Saves The Day (le 100e épisode) au meta de The Gang Tries Desperately to Win an Award, de favoriser Mac Day (COUNTRY MAC!) à The Gang Broke Dee; et de faire l’éloge de The Gang Gets Quarantined, qui s’amuse à nous refaire le coup du bottle episode, au sens propre d’ailleurs, pour nous offrir de la reprise de Boys II Men, la meilleure réplique de Dee de l’année, que dis-je, de l’univers, et l’un des plus titanesque twists de l’histoire de la comédie (j’exagère à peine) et de ne pas parler de The Gang Makes Leathal Weapon 6… Putain j’avais oublié ‘Leathal Weapon 6. En direc’ je change pour The Gang Makes Leathal Weapon 6 ! (dédicace à Arnet de Fun)

Parce que comme son nom l’indique, notre gang, qui voue depuis des lustres une passion dévorante pour L’Arme Fatale – et qui déjà, nous n’en avons vu que quelques bribes, a réalisé un 5e – nous donne la primeur du 6, dans lequel Dennis et Mac se partagent les rôles de Riggs (Dennis imite l’accent australien de Gibson, Mac non) et de Murtaugh (Mac le joue en blackface, Dennis se contente de la moustache), Dee est coupée au montage, Frank joue les méchants chefs indien (DeVito nous ressort sa gamme du Pingouin) et Charlie délivre la performance de sa vie, dans le rôle d’assassins jumeaux suédois. A contre-courant des films gentillets de Hollywood, leur opus contient une scène porno (voulue par Frank) une scène de douche mémorable, une scène de volleyball torses nus indoor, une course poursuite sur fond vert, et je pourrais continuer comme ça, dévoiler chaque détail, chaque seconde de cet épisode car ce serait la seul façon de lui rendre justice tant il n’y a absolument rien à jeter dans cet épisode, et en vérité dans cette saison, de la scène animée de Charlie dans The Gang Saves The Day, à sa chanson dans The Gang Wants An Award, à ses charades dans The Gang Gets Quarantined… A vrai dire Charlie Day était le MVP cette année, et ça compte aussi pour Pacific Rim !

4. The Good Wife – Hitting The Fan
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Si The Good Wife a toujours été considérée comme l’un des meilleurs dramas de network, et la critique souvent jugé celui-ci, CBS (la chaine des vieux) ne pas mériter une aussi bonne série, rien ne la prédestinait à signer l’un des épisodes les plus stressants, et partant, l’une des storylines les plus suffocantes de cette année. Hitting The Fan réussit à faire du spectacle d’avocats débordés escortés par des vigiles un truc aussi violent qu’une attaque de zombie dans The Walking Dead, et celui de la crédible et inévitable explosion de son centre névralgique (Diane, Will, Alicia, Cary, Kalinda) aussi flippant que la chute de l’empire de Walter White.

Cette rupture arrive de façon si organique – remontant à une simple discussion dans la saison précédente – qu’on la sait sur le point d’arriver. Peut-être pas de cette manière, si brutale, si blessante, et quand le mal est fait, quand les uns sont contre les autres, il nous est alors impossible de choisir notre camp. Et il en revient a Michelle et Robert King d’avoir su fabriquer et préparer avec un tel soin et un tel génie ce moment, qui se devait de tout chambouler, de frapper un grand coup, histoire de faire comprendre que rien ne sera plus jamais comme avant.

3. Justified – Decoy  /  Kin
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Honnêtement, s’il ne m’est jamais venu à l’esprit de choisir autre chose qu’un épisode de Justified en troisième position, je ne pensais pas avoir autant de mal à choisir lequel des épisodes de cette géniale quatrième saison. Comme je n’aime pas choisir, et que je ne suis pas contractuellement obligé, boom, j’ajoute donc une 31e entrée à cette liste. Kin, le cinquième épisode(journée) de cette saison(semaine) en forme de mystery novel, voit enfin les retrouvailles entre Raylan et Boyd, prisonniers des gueux des collines du Kentucky. Et ça fait tout de suite, si vous savez ce qui se passe quand Timothy Olyphant et Walton Goggins taillent le bout de gras, cent bonnes raisons d’en parler et de le placer ici.

Justified n’est peut-être pas la plus cérébrale, ni la plus existentielle, mais aucune, je dis bien aucune, ne lui arrive à la cheville en terme d’écriture. Contrairement à The Wire ou Breaking Bad, Justified n’avait pas dès le départ, de plan tout tracé vers sa conclusion, et c’est peut-être ce qui l’empêche d’être prise autant au sérieux que les deux suscitées. Or à mon sens, c’est justement ce qui la rend si passionnante, et cela ne l’empêche absolument pas de savoir ce qu’elle fabrique. La première saison aura servi de compas, de brouillon, aux saisons suivantes qui n’ont eu de cesse d’explorer la faune du compté de Harlan, et de peaufiner intrigues, dialogues à tomber à la renverse, et surtout personnages, de chacun des protagonistes jusqu’à la dernière des figurantes.

C’est justement Ellen May, qui n’apparait qu’une seconde dans la première saison, qui trois ans plus tard devient la clé d’une chasse à l’homme éreintante. Je pourrais parler de Colt, servi par un habitué des seconds rôles, Ron Eldard, qui trouve ici certainement son plus beau rôle, ou de l’hilarant constable Bob du comique Patton Oswalt, je pourrais vous dire aussi que la photo dans cette série est renversante, comme en témoigne l’image d’en-tête, face à face entre Colt et Tim, deux vétérans de la guerre en Irak, chacun d’un côté et de l’autre de la loi, deux personnages secondaires tellement travaillés que les auteurs, bénis soient-ils, nous évitent l’écueil de leur ressemblances pour se concentrer sur tout ce qui les sépare.

Decoy quant à lui, c’est l’autre aspect de Justified, son côté fun comme une bande-dessiné, son côté action comme un blockbuster, qui jamais n’oublie d’être cohérent (l’inverse de SOA). Après une saison passée avec Billy et sa sœur Cassie, Lindsey et son ex Randall, Nicky Augustine et Drew Thompson, nous revenons à l’essentiel, à Boyd et Raylan. Au milieu d’un convoi de police pris pour cible, de voitures piégées, d’alliances contraintes, et un lycée à l’abandon, Decoy réussit à être à la fois palpitant et éclairant, une fois de plus, sur le passé de nos protagonistes. En rendant si réel, si pressant, le danger qui menace notre héros, habituellement infatigable mais finalement acculé, ainsi que son sympathique mais ‘expendable’ sidekick et celui qu’il doit protéger, mais aussi son acolyte Tim, et son (notre) chef adoré, Decoy en profite, entre quelques échanges de poudre et de paroles, pour faire de ce bâtiment perdu, oublié, puant les souvenirs et le désespoir, autre chose qu’un lieu de cinéma d’action, mais le symbole d’une région précaire et primale, et de l’amitié/inimitié de nos deux frères de sang, résumé en une phrase par Boyd lorsqu’on lui demande comment il connait si bien Raylan : “We dug coal together.”

2. Game of Thrones – The Rains of Castemere
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Encore une fois, est-il bien nécessaire de justifier cette seconde place ? N’est-ce pas évident ? Et surtout, est-il besoin de remuer le couteau, si je puis dire ? Beaucoup ont pu se demander à quoi bon s’investir dans des personnages lorsqu’inévitablement, parce que tel est le monde sombre et primaire et injuste de Westeros, ils vont être violemment massacrés sous vos yeux.

Il ne s’agit pas pour les auteurs, ou pour George RR Martin, quoique disent les nombreux memes qui circulent sur Internet, de faire dans le sadisme gratuit, dans le chantage émotionnel. La vérité c’est que la série, comme les bouquins, écrit si bien ses personnages que personne ne choisit un camp, et si bien ses histoires que jamais elle ne cherche à éviter ce qui doit inexorablement arriver. Et aussi parce que contrairement à un simple drama elle ne laisse quelconque obligation contractuelle avec ses acteurs se mettre en travers de la marche implacable du destin, de la logique.

Tout le monde savait les Starks en mauvaise posture, et tout le monde savait qu’un personnage allait mourir, mais comme à la fin de  la première saison, tout le monde a été surpris. Choqué. Et déprimé. Bienvenue dans Game of Thrones les amis, essuyez-vous les pieds avant d’entrer.

1. Breaking Bad – Ozymandias

Breaking Bad restera surement et pendant très longtemps comme l’une des plus grandes séries de l’histoire de la télévision, et à ce titre, il lui était aisé de décevoir, de se rater sur sa conclusion, comme d’autres avant elle. Et ce fut le cas, pour certains. Et dans un certain sens, c’est normal puisque le soufflé devait logiquement retomber après la saison 4. Mais pour les autres, la série de Vince Gilligan n’aura pas seulement répondu aux attentes, mais surpassé celles-ci, en offrant un final, déroulé sur plusieurs épisodes, aussi magistral que la performance de Bryan Cranston, qui aura atteint quelques sommets au cours de ces six années. On aura éclaté de rire, prononcé quelques “putain”, versé quelques larmes, et oublié de respirer le temps d’un épisode ou deux.

Ozymandias est le meilleur épisode de la série, et l’un des meilleurs épisodes de télévision tout court. Tout ce qui fait que Breaking Bad est Breaking Bad apparait ici, plus clairement que jamais, de sa splendeur visuelle, à sa dextérité, sa pertinence dans la réalisation, dans l’écriture, dans la musique, et la puissance de sa distribution, jusqu’à ce moment, où culminent cinq saisons passées à anéantir l’humanité d’un homme, à désagréger la vie de sa famille, et foutre en l’air celle de son disciple, où, pour la première fois, Walter White n’a absolument plus personne, et nulle part où se retourner, et pour la dernière fois, il est ce père de famille, ce papa d’une adorable petite fille que nous avons appris à connaître, à détester, et à qui il nous peine de dire adieu.

***

MENTION HONORABLE

Banshee – A Mixture of Madness

Banshee, passée un peu inaperçue sur Cinemax en début d’année, n’était pas une très bonne série. Mais elle avait au moins l’assurance de mettre en scène son histoire d’ex-détenu se faisant passer pour un sheriff mort, en noyant ses scènes dans l’hémoglobine, en déshabillant ses nymphettes Disney, et l’air de rien, signer une galerie de personnages hauts en couleur, et cools as ice, sans jamais s’excuser d’être un rien vulgaire, un rien violente, de rentrer dans le lard ou de ne pas tenir debout. Dans ce registre, j’aurais aussi pu inclure le Aon Rud Persanta de SOA, mais les fans qui trouvent encore des circonstances atténuantes au n’importe quoi de la sixième saison, et de l’importance à la mort de Clay, je lui préfère ce final orgiaque, qui comme un bon direct-to-dvd se termine sur un showdown pétaradant et sanguinolent, réalisé avec cette même assurance et cette brillance visuelle qui donnait à la série produite par Alan Ball des allures de bande-dessinée graphique un peu décérébrée. Vivement la suite.

sources photos : imdb, tumblr, uproxx

One thought on “Les Meilleurs Épisodes de Télévision de 2013”

  1. Très très bon article, et plus particulièrement l’intro dans laquelle je me suis bien retrouvé ! Petite question néanmoins: Mais où trouvez-vous le temps de regarder toutes ces séries ?

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