La Frappe 파수꾼

Bien qu’il aura fallu attendre presque quatre ans pour voir ce Pasookkoon (réalisé en 2010 dans le cadre d’un examen de fin d’études du réalisateur, puis distribué en Corée du Sud en 2011) et même s’il ne sera visible que dans quelques salles françaises, croyez-moi, il en vaut la peine.

J’ai vu ce film il y a un moment déjà, par des voies pas très légales, et j’insiste sur le fait qu’il vous faut le découvrir en salles, ne serait-ce que pour féliciter le travail de quelques distributeurs valeureux, profitant peut-être de la sortie du thriller horrifique Suneung (2014), tous deux dénonçant l’effroyable système scolaire coréen, une société où compétition rime immanquablement avec violence, pour ceux que Once Upon a Time In High School rendrait nostalgique…

La Frappe raconte, à travers un récit déstructuré par deux lignes temporelles, présente et passée, vingt-quatre heures dans la vie d’un jeune lycéen. La vie et la mort d’un fils que son père, se consolant comme il peut, aura trop tard cherché à comprendre et à connaitre, à travers les témoignages de ses amis, et les changements brutaux, les mensonges et les secrets qui ont défini leur relation, autrefois si complice, mais qui a bousculé dans la violence et le désespoir.

Rapports que Yoon Sung-hyun filme en collant à des acteurs excellents, prenant parfois le temps de faire languir son histoire dans de beaux moments de légèreté. Inanité narrative que l’on en vient à préférer aux instants de violence pour le bien des personnages, et qui crée un contraste laissant une impression déprimante.

Une violence aussi bien verbale, psychologique, que physique, et qui, bien que le parcourant tout du long, électrise soudain le rythme d’un film à l’esthétique paradoxalement majestueuse, mais infiniment juste et réaliste dans son pouvoir évocateur.

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Silver Linings Playbook

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Silver Linings Playbook est une comédie romantique, et ce que son titre français, Happiness Therapy voudrait presque faire croire par son côté générique au possible, c’est qu’il s’agit d’une comédie romantique générique au possible. Ce qu’elle n’est pas.

La prémisse du film, caractéristique de ce que David O. Russell a pu proposer avec le dément I Heart Huckabees ou qui pointait déjà dans certaines séquences des Rois du Désert, ne cherche pas à subvertir à la structure classique de la comédie romantique, mais comme il a pu le faire avec The Fighter et le film à la Rocky, il en dispose comme il l’entend, et signe un truc tout à fait original, sans pour autant oublier sincérité, justesse et émotion. Cette prémisse est donc la suivante : un taré rencontre une tarée, et il est bien entendu que ces deux là vont finir ensemble. La question n’est pas tant comment, car encore une fois le film est très souvent une simple comédie romantique, avec son exposition, son quid pro quo poussé jusqu’au conflit, et son dénouement… Ce qui fait le charme du film se situe ailleurs, ou pour être tout à fait exact, au niveau des personnages. Des personnages sensibles et complexes, plutôt que des Kate Hudson/Jennifer Lopez/Sarah Jessica Parker dans le rôle d’un stéréotype dégueulasse de princesse ou de cendrillon ou de femme-d’affaire-obsedée-par-son-travail-donc-incapab’e-de-trouver-l’amuur…bref, des caricatures sans dimensions ni profondeur, tellement vues et revues qu’on se fout d’elles plutôt que de rire avec elles. Et de ces films qui peuvent énerver (et tenter) le critique par leur insultante médiocrité, Silver Linings Playbook n’en fait pas parti. Et parce qu’il est simplement réussi, nous fait redevenir simples spectateurs.

Le film nous raconte l’histoire de Pat, un type qui ne sait plus où sont ses chaussettes, un philadelphien banal qui après une dépression nerveuse et un séjour en maison de repos – où il adopte une philosophie à la con (‘excelsior’) – en sort ainsi transformé, ce qui se traduit dans le monde du cinéma transformé en Bradley Cooper (c’est pas mal.) Son retour est loin de se faire dans la douceur, sa relation avec son père est un peu chaotique, et le scénario a l’intelligence d’éviter l’écueil du père évitant toute forme de communication, mais un père qui essaie, maladroitement, de renouer avec son fils de la seule façon qu’il connait, et Robert de Niro arrache sans peine quelques larmes au dernier des cyniques, tout comme Bradley Cooper d’ailleurs, qui incarne ce fils qui souhaiterait aussi que son père le comprenne ou le laisse tranquille, et ce avec toute l’énergie qu’on lui connait, remplaçant son swag habituel par un bonne dose de folie, parfaitement canalisée par sa compère Jennifer Lawrence. La folie de son personnage est canalisée quand à elle par un débordement d’hyperactivité sensée lui permettre de reconquérir sa femme et être la solution à ses problèmes, mais qui en fait l’empêche de faire face à la réalité.

La réalité étant dans un premier temps, pour faire simple, que… JENNIFER LAWRENCE TE KIFFE, ALLO ! Oui si je réfrène mes instincts le temps de concéder que certes, J-Law incarne une nymphomane légèrement psychotique, cela n’enlève rien à son irrésistible sex-appeal. Elle prête une sensibilité et une instabilité assez prodigieuses à Tiffany, une veuve joyeuse – flippée, véner, hystérique, timide, grossière, sensuelle et complétement cinglée – qui s’amourache d’un paumé, comme elle, en apparence insensible à ses charmes, puisqu’il ira jusqu’à refuser une nuit de sexe avec elle – entre parenthèses le moment le plus susceptible de foutre en l’air la suspension consentie de l’incrédulité, autrement dit de vous donner envie de jeter vos pop-corn sur l’écran ! Tous deux vont s’entraider. A aller mieux, ou à se faire croire que tout ira mieux. Entourés de seconds rôles tous plus savoureux les uns que les autres, de Jacki Weaver à Shea Wingham, en passant par Chris Tucker, Anupham Kher et l’excellent John Ortiz, c’est pas peu dire que le film brille par sa distribution et la singularité des personnages, et parvient ainsi à asseoir tout en douceur et en drôlerie son propos, qui est que la folie est peut-être une anomalie sociale, mais elle peut être salvatrice, et la conformité n’est pas de ce monde.

Silver Linings Playbook brille enfin par son écriture et son atmosphère, dont la caméra épouse chacune des nuances, débridée, virevoltante, pudique ou aiguisée. David O. Russell signe un film qui a un cœur qui bat, presque littéralement, tant on se sent comme le sang dans le muscle cardiaque, étouffés dans des scènes inconfortables mais hilarantes, violentes ou brutales, intenses et intimes, et libérés dans des moments de délire, de légèreté, de poésie… ou de folie douce.

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The Walking Dead – Walk With Me

Je me permets en guise d’introduction ce petit aparté concernant l’épisode précédent…
(quelques spoilers pour ceux qui lisent la bande-dessinée).

Comme je l’ai déjà fait remarquer, les différences entre la bande-dessinée et la série télévisée sont nombreuses et souvent couteuses. Pour reprendre le personnage de Lori, que cette nouvelle saison semble vouloir adoucir (Oliver Trask a repris la première place) sa version papier n’était pas un personnage très construit, mais était loin, très loin d’être aussi haïssable. La raison et c’est peut-être bien la raison précise pour laquelle Darabont s’est fait évincer, c’est que dans la bande-dessinée, Lori a eu besoin de Shane lors du pire moment de sa vie, lorsqu’elle pensait avoir perdu son mari, lorsqu’elle pensait qu’elle allait mourir, et n’a eu besoin de sa bite qu’à cet instant. Cela ne ne reproduira jamais, on est donc loin du deuxième épisode qui s’ouvre sur la relation charnelle (et amoureuse?) qu’entretiennent les deux amants, faisant visiblement peu de cas de Rick, de Carl, ou de la fin du monde. Shane n’était pas décrit comme un psychopathe, mais comme un enculé qui tombe amoureux de la femme de son pote et vit très mal la situation, et la vivra encore plus mal lorsque ce dernier reviendra, grillant un fusib’e et tentant d’assassiner son meilleur ami avant de se faire descendre par Carl, et tout ça après seulement une centaine de pages !

Ce que Darabont voulait, et cela est mis davantage en relief dans cette saison, c’est montrer non pas un couple solide dont l’amour est presque rendu plus fort par une situation impossible comme c’est le cas dans la bande-dessinée, mais un couple sur le point de se défaire comme cela arrive dans la vie, et qui serait probablement passé par le divorce, le week-end sur deux et la pension alimentaire si ce n’était pour tous ces morts qui marchent. Le personnage de Lori était donc niqué dès le départ, parce qu’elle est la femme adultère qui par dessus le marché se permet de donner des leçons de morale. Bref comme beaucoup de bonnes idées de Darabont, elle ne paye pas completement (Sophia) et ce malgré le fait qu’elles sont un plus voire un mieux comparé à ce qui se passe dans la bande-dessinée, où par exemple – et bien que cela amène le groupe de Rick à se faire gerber rapidos de la ferme par un Hershel aveuglé par le chagrin et la fureur – l’accident de la grange arrive quand même connement alors que dans la série, le momentum créé par la recherche et l’attente rend la révélation bien plus puissante, mais se fait au prix de lenteurs et de digressions. La bande-dessinée les amènera directement à la case prison, où il se passera pas mal de trucs, puis enfin, au Governor. Darabont aura choisi de prendre son temps, de créer du symbole, celui de la rupture du lien social, de la perte de l’humanité, de la fin de l’innocence, avant que les choses ne commencent à prendre une mauvaise tournure (la saison 5 risque d’être intensément glauque si le numéro 100 est laissé tel quel) ça lui a couté son job.

Cette troisième saison s’est ouverte sur une séquence magistrale, aussi bien en terme d’immersion que d’exposition dans la mise en scène, préférant à un “montage” (prononcer montedge) une séquence où aucune parole n’est prononcée – et donc où aucune intrigue n’est entamée – avant que le générique ne démarre, le temps de se remettre doucement de la réalisation que nos héros ont du vivre un enfer quotidien que les auteurs ont l’intelligence de nous épargner, mais que l’on ne peut qu’imaginer…

On s’est sorti les doigts du fion et on s’est enfin mis au boulot…?

Les deux premiers épisodes ont montré un niveau qu’on était bien loin de soupçonner au vu des saisons précédentes qui peuvent se passer d’au moins cinq bonnes heures. Visiblement, Peter Jackson supervisait le montage. Ce troisième épisode cependant pourrait conduire à leur meilleure saison, ou signifier la fin des haricots pour The Walking Dead. Commençons par les points positifs. 1. Michonne. Ce n’était pas vraiment aussi évident jusqu’alors mais Danai Gurira EST Michonne. Tout, de sa gestuelle à sa plastique, est pour moi ce à quoi le personnage pouvait/devait ressembler, mais mieux encore, les scénaristes ont su capter l’essence de qui est Michonne, et ce malgré les contorsions narratives. 2. Merle. Même si son menchon bionique fait un peu toc, ça fait juste plaisir de retrouver cette bonne vieille tête de Michael Rooker, et le voir défini en quelque chose d’un peu différent de sa caricature de redneck. 3. Carl. Après nous avoir vendu celui qui constitue l’un des meilleurs personnages de la bédé comme un sale petit con infoutu de servir à quoi que ce soit, cette saison prend un virage à 180° et ça le fait.

Ce qui nous amène au points négatifs, qui ne sont pas tout à fait négatif… J’y viendrais. 1. Andrea. On commence à entrevoir une possibilité, et ce malgré ce qui est pour moi, et avec tout le respect -et les érections- que je dois à Marita Covarrubias, la pire erreur de casting de l’histoire du monde. On ne peut pas faire n’importe quoi avec un personnage clé tel qu’Andrea. Que Dale se soit fait tuer comme un con passe encore, qu’Otis soit exit, tout comme une tripotée de persos que l’on ne rencontrera jamais, que Daryl le péquenaud débrouillard ait remplacé Tyrese la brute zen (et Oscar remplacé Dexter le ‘prison wolf’ ?), que Axel ne ressemble pas à Axel ou que le Governor ne ressemble absolument pas au Governor ne posent aucun problème surtout si le résultat est payant… Mais qu’Andrea ne soit pas Andrea, c’est chaud parce que le comic en a fait un truc, tant psychologiquement que physiquement, qui ne ressemble pas à grand chose tout en étant à sa place, une putain de survivante qui n’en à rien à foutre de rien et qui possède un don pour la survie et le tir en pleine tête, une nihiliste positive que même ta pote qui se croit nihiliste, et que même Carrefour, même pas ils peuvent test. Michonne pourrait mourir dans la bédé ça ne me choquerait pas. Pire, j’en crois Kirkman capable. Pas Andrea.

Bon à dire vrai, elles peuvent mourir toutes les deux, c’est un peu le truc avec Kirkman, c’est pas une fiction où les gens meurent parce qu’on en a fini avec ce qu’on voulait raconter sur eux. C’est une “réalité” où n’importe qui peut y passer parce que n’importe qui peut y passer. Il n’y a ni règle, ni ordre. Je pourrais survivre Chuck Norris, parce que ce con croirait pouvoir transformer un zombie en humain en le mordant, et que bah non, il se transformerait en zombie. Juste en sortant pas de ma piaule et en ayant bien fait gaffe de pas attirer l’attention d’un zombie j’pourrais. Ouais, j’pourrais arriver à chier par la pine*. Dans un film, personne n’a envie de voir un tocard survivre de façon nulle, on veut voir un badass faire des trucs de badass. On veut voir le Rick du comic (l’épisode de la semaine dernière n’aura pas déçu.) Andrea peut racheter son personnage et se rapprocher de celle qu’elle devrait être, mais objectivement, aussi bien les scénaristes que l’actrice sont passé à côté. Le ton de la série n’est pas le même que celui de la bande-dessinée.

D’un côté on a (eu) Lost sous Guronsan avec des zombies, ce qui est bien mais pas top, d’un autre, on a La Route+Mad Max+NewYork1997 sous cocaïne avec des zombies.

2. Le Governor. Assez différent pour désarçonner, mais assez différent aussi pour intriguer. Plus swag, plus smart, plus bright et plus cool que le mizeroïde* original – et peut-être, down the line, éviter la redite avec le méchant actuel de la bédé… On nous présente un personnage radicalement différent mais qui en vérité n’est pas si différent que ça, simplement un peu moins démonstratif, un peu plus équilibré. Le récit se dirige en toute logique (à quelques changements près) au même point. On sait alors que ce à quoi on peut s’attendre ne serait pas complétement consistant avec le portrait qui nous est fait, et c’est cool parce que ça rend la chose imprévisible et le fan comme le profane est comblé, aussi parce qu’on comprend le concept basique de l’adaptation.

Et puis on relève une référence qui n’enlève rien à la présomption suscitée, et puis une autre et une autre qui cherchent tout à coup à nous faire comprendre que tous ces changements n’ont rien enlever à la personnalité fondamentale du personnage, et que quelque part, ça le rend encore plus sadique après son assaut sur les militaires. Et là encore parce que c’est la base d’une adaptation réussie – sinon autant appeler ça Dead People Are Totes Walking Bro’, et dire s’être vaguement inspiré de l’œuvre de Robert Kirkman, s’envoyer des putes et de la cocaïne au lieu de bosser. Bref on pense voir ce que l’on pensait ne pas voir mais que l’on voulait voir, mais tout ça est si subtil qu’on pense souffrir de paranoïa, parce que c’est peut-être juste la façon dont on cherche à amener quelque chose de complétement différent, mais on se dit que c’est quand même ce que tout le monde attend de voir parce que merde c’est génial et taré et horrible et unique pouf on nous fait le coup du pétard mouillé. Une fin forcément un peu tiédasse et amère pour le fan, et un épisode somme toute sympa (le crash de l’hélico : énorme) plutôt encourageant pour la suite de cette saison, qui m’a tout de même l’air super bien lancée.

* ces références n'engagent que moi.

Killer Joe

Autrefois auréolé du succès de L’Exorciste ou de French Connexion, et récemment salué pour un Bug déjà signé par Tracy Letts, l’auteur de la pièce et du scénario, William Friedkin se charge donc de l’adaptation de ce Killer Joe, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le type n’a rien perdu de son mordant. Là où certains vieux réalisateurs mettent de l’eau dans leur vin, Friedkin y ajoute de la pisse et de la nitro. Quand ils se complaisent dans un sentiment faussé de sagesse, lui démontre qu’il n’en a rien à foutre, parce qu’il n’a plus rien à prouver.

Friedkin ne s’encombre pas de démonstration. Un novice soulignerait chacune de ses bonnes idées, quand pour lui tout n’est que réflexe et maitrise, de la voiture de flic qui nous rappelle la ville où se situe l’action, en passant par cette Corvette jaune, métonymie filmique d’un personnage qu’on doit croire accessoire, jusqu’à ce pilon de poulet frit, véritable Fusil de Tcheckov d’un final hystérique. Faisant montre d’une rigueur aussi bien narrative que stylistique, il nous raconte cette histoire de Simpsons sociopathes, qui n’aurait pas déplu à John Waters si celui-ci avait choisi Dallas plutôt que Baltimore.

Le scénario, d’une fluidité exemplaire, s’égare parfois avec plaisir dans une poésie où la vulgarité est brandie comme un étendard, dans un monde où elle est pourtant la corolaire de l’ignorance, la cible du film, à l’image du sort de la télévision de laquelle ne peut décrocher le patriarche émasculé campé par un Thomas Hayden Church méconnaissable, tout en lassitude et hébétude éthyliques. A l’instar de Church, les acteurs sont tous formidab’es : Emile Hirsh est parfait en plouc raté et amoché, Juno Temple, qui en plus du spectacle constant et gratuit de sa plastique de nubile, emporte la palme de la débile légère tandis que Gina Gershon, qui au passage est toujours aussi bonne, emporte celle de la garce vénale et vulgos. Mais c’est définitivement à Matthew McConaughey, qui après ses performances dans The Lincoln Lawyer et Magic Mike s’était déjà un peu racheté, que revient tous les honneurs. Ce que l’acteur souvent moqué pour son absence totale de nuance et sa propension à enlever le haut propose ici est juste génial, empruntant tel un spectre la peau de ce personnage, lorsque il fait peur comme lorsqu’il met mal à l’aise, en dépit de son charme de vieux beau qui sent le sexe et le vice. Et on peut imaginer que c’est en grande partie du à la direction de William Friedkin.

Or sous cette classe de vétéran, point parfois ce formalisme que certains avaient le tort de lui reprocher dans To Live and Die In L.A. (son meilleur film à mes yeux) tantôt dans la sécheresse du montage d’une course-poursuite, tantôt dans l’oppression ressentie dans la succession de plans serrés ou le malaise contenu dans de longs plans larges, enfin, surtout, dans cette immersion surréaliste dans la folie. Celle de Joe, celle de cette famille de bras cassés. Et quand seule la fin (abrupte) du film nous permet de remonter à la surface et réaliser la perdition impensable de ces personnages, leur immoralité et leur lâcheté nous apparaissent si loin de nous, de nos fantasmes inavoués ou pulsions inavouables, que le film en serait presque cathartique s’il n’était pas si frénétiquement drôle.

La monumentalité du film se trouve dans cet équilibre entre la violence et l’humour, car sous couvert d’une certaine discrétion plastique, le cinéaste s’amuse à passer les bornes, sans jamais que le grand guignol ne desserve son propos, mais au contraire l’alimente. L’humeur du film étant si méchante, si cynique, et l’ambiance si électrique, si noire, que le recours au n’importe quoi apparait à la fois effroyable et hilarant. Il ne faut en effet pas s’y tromper, ne pas se laisser distraire par le cachet “indé” de Killer Joe, il s’agit bel et bien d’un petit chef d’œuvre, signé par un grand réalisateur qui renoue ici avec sa légendaire misanthropie, proprement communicative.

The Expendables 2

Lorsque fut annoncé, il y a de ça quelques années, que Stallone, Statham, Jet Li, Dolph Lundgren, Mickey Rourke et son pote Eric Roberts, ainsi que Stone Cold Steve Austin joueraient dans un même film et seraient rejoints par Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger, la réaction d’une grande partie d’éléments masculins de ma génération fut la même : une éjaculation mentale (d’endorphines) à la simple idée de voir nos héros d’enfance réunis dans un film d’action qui serait certainement très con, mais considérant la dernière réalisation de Stallone à l’époque (John Rambo), aussi très violent, très sanglant, très bourrin, comme on les aim(ait).

The Expendables fut au final décevant, parce que plus complaisant que parodique, et que trop de lenteurs, trop de clichés, trop de dialogues ineptes finissaient par desservir, empêchant de l’apprécier au second degré. Mis à part quelques moments ici et là, quelques scènes – la raclée infligée à Sly par Stone Cold Steve Austin, la démonstration de Statham sur le terrain de basket, le combat entre Li et Lundgren – certes clés dans un film d’action, le rythme poussif faisait de ce film attendu un rendez-vous manqué, à l’image de l’anecdotique scène entre Stallone, Willis et Schwarzie.

Un rendez-vous reporté.

En comparaison, le premier fait presque office de véhicule commercial à une série de films avec Stallone et Statham – ce qui en soi n’a rien de très impressionnant quand on sait que ce dernier a joué avec un De Niro qui a tiré un trait sur sa carrière et sa respectabilité –  quand le second fait la promesse de tous les réunir, et pas pour de faux cette fois, pour que plus tard la bande-annonce nous montre non seulement qu’il allait la tenir (la promesse), mais que l’on pouvait s’attendre à de la castagne, de la cascade, de la mitraille et de l’explosion. Là-dessus, croyez-en la parole d’un vieux routier, le film ne déçoit pas.

L’intrigue démarre, après une scène d’ouverture époustouflante et une exposition claire et concise, lorsque le Jean Vilain de Van Damme (qui parvient à donner quelques instants de gravité, de bizarrerie ou de nonchalance à un personnage de méchant de dessin-animé) tue l’un des mercenaires du Barney Ross de Stallone, sous les yeux de celui-ci et son équipe. Une équipe composée du Stathe, l’expert en couteaux et baston; Terry Crews et Randy Couture, les deux comiques qui toutefois ne sont pas en reste lorsqu’il s’agit de botter des culs ou appuyer sur la gâchette; le Gunnar de Dolph Lundgren, ressort humoristique du film; et Maggie, à qui la forcement très jolie et très jeune Nan Yu prête ses traits, un agent de la CIA (ou DEA peu importe) par qui le malheur arrive. Non pas que le film soit involontairement misogyne, c’est un film un peu macho certes, il se destine simplement à celles et ceux que ce genre de spectacle ravit. Vilain décide, défiant ainsi toute forme de logique, de les laisser vivre – pour qu’ils aient tout le luxe de le traquer, le trouver et le tuer lui et sa bande – plutôt que de les exécuter, se barrer avec l’esprit clair, et continuer de faire ses trucs de méchant. C’est l’une des seules réelles conneries d’un scénario par ailleurs plutôt habile malgré sa simplicité et sa prévisibilité, mais elle est de taille, elle sert d’excuse à une histoire de vengeance et affaiblit un peu la crédibilité du méchant en lui faisant commettre une erreur de mec qui n’a jamais vu de film de sa vie. Son personnage par la suite fera d’ailleurs peu de cas des vies humaines pouvant entraver la bonne marche de son plan, qui est bien entendu complétement accessoire. On l’aura compris, cela n’a finalement pas grande importance.

Force est de constater en effet que cette suite s’en tire avec les honneurs. Elle arrive à être violente et sanglante (oui le sang est toujours en images de synthèses) malgré le PG-13, impose un rythme sans temps mort, n’évite pas les écueils d’un récit de vengeance, mais propose des scènes d’action de qualité, tant dans l’exécution que dans l’invention, et quelques petits moments réussis entre nos héros. Complétement libéré de l’intention volage du premier, qui cherchait à s’acoquiner un public trop jeune pour les connaitre, The Expendables 2 n’existe plus que pour faire plaisir aux fans de films d’action ’80s. Au point que l’abondance de citations, de références, de clins d’œil métas font parfois basculer le film dans le fan-service. Cela pourrait être gênant dans un film qui se prend au sérieux, mais il est difficile de ne pas jubiler à l’évocation d’un “Chuck Norris’ fact” par Chuck en personne, à la vision de Jet ou Statham se débarrasser d’une bande d’assaillants par la seule magie de leur art martial, mais surtout à celle de Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger s’envoyer des vannes dans une Smart et flinguer à tout va, ou celle de Stallone et JCVD en train de se mettre sur la gueule. Extatique.

The Dark Knight Rises

Tandis que je commençais progressivement à me dire qu’il était assez énorme, je réalisais aussi que ce Dark Knight Rises avait des défauts que fatalement, les gens qui ont adoré The Dark Knight et qui attendaient beaucoup de celui-ci allaient pointer du doigt parce qu’ils demandent la perfection cinématographique d’un Nolan… mais aussi d’un Batman. Il est en ce sens une expérience de cinéma assez unique, pour ne pas dire spéciale (littéralement pour ne pas emprunter ce mot, “spécial“, et ce qu’il sous-entend en ces jours de politiquement correct), c’est un film qui s’apprécie malgré ces défauts, ce que Vince Mancini dans sa critique qualifie de “foi” en Christopher Nolan. Je dois admettre que c’est assez juste.

D’un point de vue de fan, la trilogie de Nolan a quelque chose d’infiniment satisfaisant, parce que Nolan a prouvé, en développant savamment ses thèmes, ses intrigues, qu’on pouvait prendre au sérieux de la bande-dessinée imprimée sur papier de mauvaise qualité, tout comme plus de 30 auparavant, Frank Miller avait signé un “Year One” qui montrait que l’on peut toucher à une certaine excellence narrative et thématique, à partir d’un sujet enfantin, parabole simpliste et fantasme héroïque. D’un point de vue de critique, sa trilogie, comme son cinéma, se veut adulte et ambitieuse, et réussit très souvent sur ces deux tableaux, même si, comme il est de rigueur chez ceux qui ont les couilles de tenter de trucs, il arrive qu’il se rate.

J’ai vraiment aimé ce film, peut-être parce qu’on a tenté de me convaincre du contraire, malgré la confiance (maintenant plus forte que jamais) que je portais à Mancini et à son opinion. Je concède bien entendu que le film est bardé d’incohérences et d’inconsistances. Et si Nolan ne semble jamais avoir la considération de les adresser, celles-ci sont le fait des limites inhérentes au cinéma, au récit, et demandent un effort supplémentaire d’imagination ou de la fameuse “suspension consentie de l’incrédulité”. Alors d’accord, si je peux imaginer par exemple que la Ligue n’est pas préparée et pense intimider et effrayer en montrant des armes (munies d’un seul chargeur?) une horde de policiers se ruant sur elle à mains nues, il est plus difficile de comprendre en revanche que sur trois-mille flics, pourquoi une vague de quelques centaines n’est pas disséminée avant que le camp adverse soit à cours de munitions. Comment Wayne fait-il pour revenir à Gotham après s’être échappé de sa prison ? Pourquoi personne ne panique sachant qu’ils ont cinq mois pour mettre les bouts ? Et bordel que fout Superman ? Gotham est occupée par un groupe de mercenaires terroristes ninjas et une bombe atomique est sur le point de péter pendant que Batman moisit au fond d’un trou avec un disque déplacé, et ce mec est pas foutu de ranger son bateau et d’arrêter de caresser son chien juste le temps de filer un coup de main ? Autant de questions qu’il ne sert à rien de se poser si ce genre de raccourcis ou de conneries n’entravent pas la lecture du film, ou si on fait preuve de bonne foi et réfléchit une minute. Quand paradoxalement certaines répliques tombent parfois dans l’explication un peu forcée (le clean slate), voire dans le radotage (le pilotage automatique ALLOOO!), certains éléments sont quant à eux oubliés afin de venir à bout du film, et si tout n’a pas non plus à être dit, je suis conscient que les stratagèmes imposés par le scénario ne fonctionnent pas aussi bien que dans The Dark Knight par exemple, où le fun et le chaos apportés par le Joker parvenait à rendre le tout beaucoup plus solide.

Il vaut donc mieux se concentrer sur ce qui compte, sur ce que Nolan réalise ici. Un film qui fait fortement écho avec notre époque de crise économique et de terreur fanatique; explore le thème du mensonge, pose même précisément la question de ce que le public doit ou non savoir en vertu de la raison d’État, et ce tout en racontant l’histoire gigogne d’une vengeance, de terrorisme, d’invasion, d’occupation, inspirée notamment de l’une des plus géniales storylines de la bande-dessinée, “Knightfall”, où comment Bane brise Batman, au sens propre comme au sens figuré. Le Bane de Nolan, comme son Joker, est un peu repensé, ici comme le bras armé d’une justice, de l’expiation voulue par Ra’s al-Ghul dans le premier opus. Un Bane assez fantastiquement interprété par Hardy (certains me contrediront, l’idée ne pouvait pas convenir à tout le monde c’était évident) et sa voix de Darth Vader résonnant dans le film comme dans la salle et “en ce lieu nous parait irréelle” (tin tin)… Et là où l’obsession pour les ‘freaks’ de Burton, sa Catwoman zombie et féline, et son Pingouin grotesque et monstrueux; là où la simple incompétence de Schumacher, sans parler des risibles versions de Double Face, du Riddler, de Freeze, de Bane et d’Ivy, auront conduit ces films à n’être que de simples plaisanteries, Nolan montre, comme Raimi avant lui, que ça paye de respecter ses personnages, et LE personnage du Chevalier Noir en particulier, auquel Bale donne une maturité que la performance de Ledger lui avait un peu enlevé la dernière fois, mais lui aura aussi permise de jouer ici. Bane est le tacticien hors pair, faisant la nique à la police, à l’armée, et au monde entier, tout en réduisant Wayne à néant, Selina Kyle est la voleuse et la justicière dilettante qu’elle a toujours été – et Hathaway, pour paraphraser Barack Obama lui-même, est le meilleur atout du film, faisant oublier les faiblesses de sa comparse Cotillard que les américains peuvent décidément se garder. Les atouts en vérité sont surtout ces personnages représentant l’aspect “humain” et dans ce registre, Gary Oldman, encore et toujours, et Joseph Gordon-Levitt – parfait – assurent. Quant à Michael Caine, ce sera pas faute d’avoir essayé de me faire chialer.

Au final c’est décidément l’ambition et les qualités du film qui ont raison des problèmes qu’on peut lui trouver. Nolan clôt sa saga par un chapitre de taille, superbe plastiquement, où l’émotion l’emporte souvent sur la castagne, avant d’être rejoint par le suspense, laissant le spectateur avec une impression de vertige, tant la grandeur de l’entreprise nous submerge. Bien sur, comme souvent chez lui, beaucoup de conflits pourraient être résolus simplement (ramène tes kids en France Leonardo !) mais pas si cela nous prive d’une intrigue aux multiples enjeux, mue par une galerie de personnages qui semblent penser par eux-même, fonctionner indépendamment de la trame, jamais contraints de boucler in fine un bête film de super-héros en trois actes. C’est presque une philosophie du cinéma chez lui. Un film est un tour de magie. Il ne faut pas essayer de comprendre le truc, ou de voir ce qui se passe en coulisse, juste apprécier le spectacle. Qui d’autre que lui peut d’ailleurs avoir l’audace de faire de l’auto-citation en proposant une fin aussi inceptionesque.

The Avengers

Avengers était un projet vraiment particulier. L’idée de réunir dans un même film une galerie de personnages issus de précédents métrages appartenant certes à l’univers Marvel, mais possèdent leur ton et style propres (ainsi que leur défauts : le ridicule pointant parfois dans Captain America, le grotesque de Thor, le n’importe quoi de Hulk et Incredible Hulk, et le brouillon de Iron Man 2) afin de raconter une histoire cohérente et compréhensible, tenait on en conviendra aisément de la gageure. A cela s’ajoutait un réalisateur que beaucoup pouvaient considérer comme inexpérimenté, auteur adoré par ses fans, un noyau dur d’amateurs de répartie cinglante, de sous-entendus malins, de comics et de fantasy, véhéments par moments mais fidèles par-dessus tout. Même si je n’ai jamais vu que le pilote de Angel, ne me suis pas intéressé à Dollhouse, et ne suis pas un fervent supporter du quatrième opus de la saga Alien (qu’il a écrit, avant que la Fox ne “retravaille” le scénario), je me considère comme un Whedonite, un fan inconditionnel de Buffy et de Firefly, série méconnue dont est tiré ce qui restait jusqu’à maintenant sa seule et unique réalisation au cinéma : Serenity. Pourtant, parce que le fan en moi est facilement rattrapé par le critique, les bandes-annonces ne m’avaient vendu que du cinéma pop-corn, et quelques one-liners qui sorties de leur contexte, et de l’ambiance du film, ne m’avaient qu’à peine convaincu, et avaient sensiblement limité mes attentes, rehaussées cela dit par les critiques positives, qui auront tôt fait de chauffer à blanc le public américain, frustré par la sortie du film en Europe une semaine et deux jours avant*.

Pour reprendre le point que je faisais plus haut, ce film n’était pas sensé marcher. Et en dépit de toute attente, Joss, ce bon Joss, a prouvé une bonne fois pour toutes (littéralement) de quel bois il était fait (figurativement).

Avengers réussit donc, là où X-Men (en quatre films) s’est toujours plus ou moins cassé la gueule en ne se focalisant que sur deux ou trois personnages. Il réussit à raconter une histoire de superhéros, de dieux, d’aliens, de monstres, de surhommes, de robots, d’assassins et d’espions, à développer ses personnages naturellement tout en élaborant une intrigue entremêlant la soif de vengeance de Loki, dont nous avions déjà eu la primeur dans Thor, et le cosmic cube tesseract que l’on nous avait présenté dans Captain America. Passons d’ailleurs rapidement sur les détails de l’histoire, qui si elle ne manque pas de souffle et progresse assez logiquement, compte quand même quelques accros, comme les imbitables échanges autour des propriétés du tesseract, ou certains détails de l’intrigue qui ne font pas toujours sens. Mais le spectacle est si pressant, le rythme imposé par le mitraillage des dialogues, et la richesse des échanges entre les différents protagonistes rend ces défauts illusoires, comme ces plans un peu gratuits destinés aux spectateurs munis de lunettes 3-D.

Car si le film brille par ses sensationnelles scènes d’action, ce qui le rend particulièrement brillant provient de l’habileté de Joss Whedon et Zak Penn à avoir fait un vrai film d’ensemble. Porté par une distribution solide, chaque personnage tire son épingle du jeu, et, presque davantage que dans leurs films respectifs, les héros sont montrés sous leurs multiples facettes. Derrière l’arrogance et le sarcasme de Tony Stark se cache une volonté presque maladive de ne pas s’impliquer, mais aussi la peur de ne pas être à la hauteur. L’attitude hautaine et détachée du fils d’Odin masque la réalisation de sa responsabilité vis-à-vis du frère qu’il aime malgré qu’il le haïsse et le combatte. Steve Rogers est une relique, condamné à vivre dans un monde qui lui est étranger, et dans lequel chacun crache sur son obsolète sens des valeurs, quand ce sont celles-ci qui font de lui un élément décisif. Quant à Bruce Banner – dont Ruffalo est de très loin la meilleure incarnation – il est habité de tics qui montrent le supplice qu’il vit au quotidien et comment celui-ci a affecté son comportement, emprisonné son intellect même avec son alter-ego, quand sa participation à un projet de son niveau est aussi ce qui risque de faire ressortir « l’autre type », et lui montre, dans Tony Stark, le génie qu’il aurait pu être, la vie qu’il aurait pu mener. L’autre type trouve un exutoire de choix (et de raison) dans l’armée extraterrestre de Loki plus encore que chez Lee et Leterrier, et parvient à voler la vedette à tout ce petit monde. Hawkeye et Romanoff, au-delà du fait que le film efface les craintes que l’on pouvait avoir sur leur utilité, affichent chacun les failles de leur rôles de héros, et d’humains. Elle, réalisant avec effroi toute la puissance du monstre vert, et lui, consumé par l’emprise de Loki. Enfin, Nick Fury, servi par la coolitude et l’assurance d’un Samuel L. Jackson, et plus encore le personnage de l’agent Phil Coulson, joué par le fantastique Clark Gregg, sont le cerveau et le cœur de l’organisation, l’un stratège machinant dans l’ombre, défendant ses éléments, tout en les manipulant pour mieux les servir, les unir, quand l’autre se rend particulièrement attachant (une signature Whedon, à la Spike ou Wash, pour les initiés) pour être celui qui réussira à faire de ces personnalités disparates une équipe soudée, organisée, à l’image de ce faux plan séquence montrant Cap’ reflétant les rayons d’Iron Man sur ses ennemis, tandis que Hawkeye et Black Widow teinnent leurs positions et que Thor et Hulk défoncent un dragon robotique, avant que Whedon ne couronne le tout d’une petite blague. Leur ennemi, Loki, n’est pas en reste, puisque Hiddleson délivre une performance comme seul les britanniques en sont capables, sur le fil entre charme machiavélique et ridicule outrancier, le sourire carnassier à la Fassbender. C’est aussi lui qui signe LA réplique du film à l’adresse de Black Widow : « mewling quim! » (classic Whedon), ses motivations infantiles et mesquines n’ayant d’égales que sa veule vilénie.

La virtuosité et la lisibilité toute comic-booky de l’action, la générosité de l’humour et de l’atmosphère contrebalancent avec perfection les enjeux du film. L’affrontement d’Iron Man, Thor et Captain clôt un premier acte, et sert aussi bien d’exposition que de vrai point final à ce qui pourrait être le premier épisode d’une série dont le macguffin serait le cube. L’assaut dantesque du vaisseau de S.H .I.E.L.D. par les forces lobotomisées de Loki possède en dépit de la diversion qu’offre le spectacle orgasmique du Hulk lâché sur Thor ou un avion de chasse (petite référence à Star Wars au passage) une réelle tension, parce que même si nos héros sont rendus invulnérables aussi bien par leurs pouvoirs que par le scénario, les agents de Fury ne sortiront pas indemnes du crash d’un vaisseau spatial/porte-avion. Enfin, la monstrueuse scène finale dans Manhattan marche parce que malgré le sentiment de franche camaraderie (et de franche déconnade) on ressent quand même l’idée de chaos et de désolation et l’imminence de la fin du monde. Ça aide que Downey Jr., Ruffalo, Evans, Hemworth, Jackson, Hiddleson, Renner et Johansson ne font qu’un avec leur personnages (oui, même Johansson) mais il en revient à Whedon de savoir faire monter la tension dans ses séquences d’action pour la relâcher en balançant des vannes au moment opportun, de privilégier ses personnages vis-à-vis d’une intrigue presque anecdotique et donc de rendre ce spectacle au demeurant inepte, vivant et complexe.

Si mon opinion est probablement influencée par mon amour pour Whedon (et le succès du film n’est que justice après l’annulation de ses séries et une décennie passée à être mésestimé), c’est aussi parce que Avengers peut passer simplement pour un excellent divertissement (ce qu’il est, je n’avais pas pris un tel pied dans une salle obscure depuis longtemps), quand il faut reconnaitre que peu de films fonctionnent aussi bien même lorsqu’ils suivent la même recette, et qu’il est donc un petit peu plus que cela.

*$200.3 $207.4 M pour le week-end d’ouverture. Boom! Record. The Fox can suck my jeans! Bring the fuck back Firefly!