Southland

La nouvelle série policière de NBC est définitivement à suivre.

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Le premier épisode, prometteur, donnait le ton. Réaliste et documentée. Quelque part entre The Shield et NewYork 911. Si la forme se voulait incisive, ultraréaliste, le fond semblait inchangé, il s’agissait du même type de “loner” policier auquel la chaine, et plus généralement les networks nous ont habitué. Un peu à la manière d’un épisode de Law & Order, on assistait à des interventions sur le terrain de flics en uniformes, parallèlement à des enquêtes menées par des inspecteurs. On aurait droit chaque semaine à de nouvelles histoires – ce que le 2e épisode n’a pas démenti – et au spectateur de juger s’il voudrait choisir ce cop drama au lieu d’un autre. Après The Shield et The Wire, difficile pour une série d’oublier que ces deux-là ont existé, et apporté en terme de réalisme.

L’un des points marqués par le pilote était la peinture sans concession de la métropole californienne, de ses habitants et de ses quartiers, mise en relief par la mise en scène – proche du Collateral de Michael Mann – mais aussi par la petite singularité de la série, à savoir la crudité du langage, masquée par le “bip” de rigueur, network oblige. L’autre point, les personnages qui nous étaient présentés. En particulier Sherman, la nouvelle recrue, issu d’une famille huppée, au caractère un rien coincé mais au tempérament d’acier, ainsi que son équipier formateur, Cooper, expérimenté et blasé, cachant une dépendance aux anti-douleurs (respectivement interprétés par Ben McKenzie (The OC) et Michael Cudlitz (Band Of Brothers)). Les personnages incarnées par Arija Bareikis (Oz) et Regina King (24), Michael McGrady, Kevin Alejandro, Tom Everett Scott, ou encore C. Thomas Howell (accessoirement le grand frère d’Eliott dans E.T., si si.) deviennent eux aussi, au fil des épisodes, vraiment intéressants.

La similitude avec The Shield est frappante de prime abord (caméra épaule, grain de l’image), mais contrairement à sa consœur, la série n’est pas une fiction suivant au fil des épisodes la descente aux enfers d’une brigade de ripoux dans un univers ultra-réaliste. Cette façon de ne pas verser systématiquement dans le scénario structuré autour d’une enquête y fait penser, mais fait aussi penser à The Wire, et à sa démarche anti-sensationnelle. Mais il ne s’agit pas d’une série qui se voudrait diffusée sur HBO sans y être parvenue, et qui devrait se contenter de NBC, non, c’est autre chose…

Il y a quelques mois maintenant, ayant vu le pilote avant sa diffusion sur NBC (et sa disponibilité sur iTunes Store), je ressentais la nature presque progressiste de l’objet, planqué sous une forme à priori conformiste, du moins pour son époque post-NYPD Blue. Or, j’étais persuadé de tenir là ce qui était peut-être, je dis bien peut-être, la nouvelle série télé, la 3G en quelque sorte. Posons que les séries antécédentes à Urgences, X files et NYPD Blue sont toutes de la 1G, quelle que soit leur époque, et que les séries suscitées et leur consœurs made in HBO (Oz, Les Soprano, The Wire…) et celles qui vont suivre (Deadwood, Heroes…) sont de la 2G, sorte d’age d’or de la série télé, puisqu’elles font montre d’une originalité et/ou d’une profondeur parfois démentielles en comparaison au cinéma dont elles n’ont plus vraiment rien à envier en terme d’esthétique. Freaks & Geeks est pour ses créateurs ” un film indépendant de 18h”. Mais à l’image de cette dernière, l’existence de la série télé est intimement liée à son succès, à ses parts de marché. L’essor de la série télé sur les deux dernières décennies a été la cause et la conséquence de l’engouement de la critique comme du public pour les séries, “accessibles” (24, House, Dexter, Lost…) ou non (Six Feet Under, Breaking Bad, In Treatment, Mad Men…). Que l’on parle de la qualité des scènes d’action ou de la justesse des dialogues, certains concepts apparaissent simplement géniaux, mais de fait, si tout le monde les regarde, peu de gens regardent la télévision. Ils téléchargent, enregistrent sur leur TiVo, ou attendent la sortie en DVD.

Quand je parle de 3G en ce qui concerne Southland, c’est parce que la série n’a peut-être pas été crée en visant la télévision, son audimat approximatif et sa programmation rigide, mais le DVD, où les “motherfuckers”, “assholes” et autres “shitheads” ne seront pas bipés… ou alors volontairement comme pour Arrested Developpment. La série n’ambitionnait d’ailleurs probablement pas de diffusion sur le câble, premièrement parce que le franc parlé bipé est un parti pris dans un souci de vraisemblance – rappelant COPS -, deuxièmement parce que ce n’est pas là que le public se trouve. Combien n’ont découvert The Wire que récemment, simplement parce que le deuil de la série a suscité bon nombre d’articles. C’est mérité, pour ce que je considère comme le truc le plus incroyable que j’ai vu de toute ma vie (je ne suis pas le seul) mais c’est juste un peu tard, et même si HBO, probablement consciente du niveau de sa série, a donné 5 saisons à David Simon et Ed Burns en dépit d’une audience très faible, on peut rêver à ce qu’il en aurait été si les producteurs prenaient en compte les fans du monde entier, et pas simplement les américains de salon. En comparaison, NBC offre à Southland un large public, à qui il est maintenant possible d’offrir des séries de la trempe de The Wire. La question est : Southland en fait-elle partie ?

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Ce bon vieux Ben McKenzie

Passé mon enthousiasme – et mon “essai” un peu présomptueux – autour du pilote, la ligne de conduite de Southland s’oriente peut-être plus vers la série classique, mais avec un twist. Ses auteurs se contenteront-ils de faire dans le cop show de network, du genre C.S.I. ou même Monk ou Castle ou The Mentalist, certes originaux, attachants, efficaces et maitrisés, mais purs produits de consommation, avec date de péremption. Ce que Miami Vice et Rick Hunter étaient aux années 80 et 90. La logique de John Wells et Christopher Chulak, ne semble pas aller dans cette direction. Urgences, dont ils étaient déjà les producteurs exécutifs, possédait davantage de prétentions que des concurrents comme Chicago Hope. Dans Southland, chacun a un rôle à jouer, protagonistes, victimes, témoins, criminels, ou simples seconds rôles, ils sont autant de personnages récurrents ou à même de l’être mais pas dans une vaste enquête (comme c’est le cas pour The Wire) juste dans les jours de leurs vies, leurs vies de flics, de protecteurs, et leurs vies d’êtres humains, à l’instar de la série médicale, qui entre parenthèses, dépouillée du réalisme et de la virtuosité, ne lui restait plus que les rapports de médecins à patients ou de médecins à médecins (comme dans Grey’s Anatomy) et leurs histoires de cœur ou de cul (comme dans Gr… hey wait a minute !!!). Cependant, Southland est assurément plus novatrice qu’il n’y parait, peut-être de manière plus discrète parce qu’elle se noie dans la masse de série qui existe aujourd’hui. Comme Boomtown, dont la structure finalement répétitive était contrebalancée par un vrai concept, et surtout des personnages atypiques, à l’image de House, une des meilleures séries contemporaine, malgré sa place sur un network.

Southland est sonc une série policière d’une qualité supérieure. On pourra citer le 3e épisode, et sa chronique hystérique d’un côté, et entretien intimiste de l’autre; mais aussi, dans un autre style, l’épisode 5, pratiquement un remake du Chien Enragé de Kurosawa; ou encore l’épisode 6, qui se paie le luxe d’une histoire de braqueurs qui aurait pu être exploitée au cinéma à la façon d’un Heat, mais qui ici est presque anecdotique vis-à-vis des révélations sur les protagonistes, malgré une course poursuite filmée en temps réel, de plusieurs points de vues différents (mais sans split screen, n’en déplaise aux fans de 24) vraiment spéctaculaire. C’est peu de dire d’ailleurs que Southland jouit d’une réalisation qui frise la perfection. Quant à l’écriture, jamais clichée, jamais manichéenne, signée presque toujours par la créatrice de la série Ann Biderman, elle est d’une telle maturité (contrairement à d’autres séries qui semblent vraiment étre écrites par de jeunes auteurs, prêts à sacrifier l’intelligence au profit de la facilité voire du raccolage (Prison Break, Harper’s Island…)) qu’elle donne à Southland un sentiment unique, et c’est suffisamment stimulant pour devenir accro. Après le season finale (7e épisode), qui nous offre une scène au suspense prenant avant de clôturer l’histoire de la jeune Janella, témoin du meurtre d’un garçon par un gang (dans le 1er épisode) et les arches des protagonistes, et in fine, de finir sur un cliffhanger. Cliffhanger inattendu et en même temps parfait exemple de la violence quotidienne, qui peut frapper n’importe qui, n’importe quand, n’importe où… totalement dans l’esprit de la série, réaliste, cynique, et couillue.

The Mentalist


Salut, j’suis un escroc

C’est avec l’esprit un peu coupable que je m’attaque à la chronique d’une série qui logiquement, après avoir capté mon attention et au vu de son succès, aurait mérité un papier dans ce blog, il y a des mois de ça.

Le fait est, que de par sa facture très classique (pas de quoi se taper le cul par terre niveau réalisation) et l’aspect très conventionnel de sa trame dramatique (un héros atypique, une héroïne et des seconds rôles tous excellents, des épisodes/enquêtes qui se succèdent, et en bonus un méchant serial killer en fil rouge de la saison), je me disais qu’il n’y avait pas là quelque chose de suffisamment exceptionnel pour en parler.

Et pourtant, force est de constater que The Mentalist explose les scores d’audience et donne à CBS une nouvelle raison de parier sur la série policière. C’est justement là le problème, a-t-on besoin d’une énième série policière ?

Rien d’intrinsèquement original chez le héros (bien qu’attachant et captivant) et rien d’original à l’histoire (bien qu’inédite pour une série télé, ça reste proche de Monk, Life ou Columbo ou même House.) et pourtant, vu ses qualités, la réponse serait oui (peut-être que ‘non’ serait une réponse plus justifiée, tant le genre est saturé, et qu’il y a plus original ailleurs, mais dans ce cas, ses qualités font que ‘oui’ est tout aussi légitime…)

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Patrick Jane (Simon Baker – Land Of The Dead) est donc un consultant qui officie pour une unité (CBI) commandée par l’agent Teresa Lisbon (Robin Tunney – Prison Break) composée des agents Cho (Tim Kang), Rigsby (Owain Yeoman – The Nine) et Van Pelt (Amanda Righetti – The OC). Alors qu’il était un médium réputé, et aidait la police à arrêter un serial killer surnommé Red John, ledit Red John avait massacré sa femme et sa fille, révolté qu’un escroc comme Jane puisse oser se mesurer à lui. Car oui, Jane ne possède comme seul don (ce qui est déjà pas mal, vu que c’est ce qui l’amène à être sur la piste du coupable bien avant le reste de son équipe) la capacité de voir ce que les autres ne voient pas, de déceler le petit détail qui tue et de manipuler le cerveau des gens. En gros il est la personnification des trucs que les pragmatiques suspectent chez les médiums.

Le pilote, écrit par Bruno Heller (créateur de la série, et de Rome quand même) est vraiment bon, je ne saurais que vous le conseiller, par curiosité (le 6 est pas mal si vous voulez capter un peu plus du perso et de l’ambiance de la série). Et, si le reste de la série nous emmène là où d’autres séries nous ont déjà emmené – dans les méandres psychologiques des américains violents -, l’attente d’un ultime face-à-face entre Jane et cette salope de Red John, a quelque chose de prenant, sans parler de l’humour dispersée au fil des intrigues, jouant sur le côté un peu décalé du héros, et du traitement des relations entre les différents protagonistes. Sans oublier les atouts charme de la série avec en tête (pour vous mesdames) Simon Baker – acteur originaire de Tasmanie (ça coute rien de le préciser même si on s’en cogne un peu) – qui rappelle la coolitude et la bogossitude d’un McQueen (mais oui) ou Owain Yeoman et sa classe typiquement anglaise, et leurs partenaires (pour vous messieurs), Robin Tunney et sa fossette magique, qui campe une enquêtrice dur à cuire (miaw) et Amanda Righetti, qui, malgré sa plastique (rrrrh), est à des années lumière de son rôle dans The OC et joue une nouvelle recrue coincée. Un des trucs très drôles vient d’ailleurs de la relation tendue entre elle et Rigsby, après que Jane ait pointé sans gène (un peu en mode enculé) la tension sexuelle entre eux dès le pilote, les obligeant à nier l’évidence et à se comporter comme de parfaits crétins lycéens.

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A quoi tient le succès d’une série, c’est tout compte fait assez arbitraire.

Prenons l’exemple d’un autre procedural de type loner, avec un héros suffisamment charismatique et atypique pour valoir à lui seul la création d’une série, Life m’avait charmée par la consistance des enquêtes, l’attraction des personnages secondaires et l’arc du héros, un policier enfermé pendant 14 ans pour un meurtre qu’il n’a pas commis et qui, une fois disculpé, et liberé, redevient flic, malgré une compensation plutôt généreuse, insignifiante vis-à-vis de ce que peut subir un flic pendant des années d’emprisonnement mais suffisante pour lui permettre de vivre une vie de millionnaire; avec deux obsessions, le “zen” et les fruits frais (et oui). Entre des enquêtes dans lesquelles il adopte sa nouvelle philosophie (ainsi que sa promo des ananas, des mangues, des oranges, des poires et des pommes), il se consacre à la recherche de ceux qui l’ont piégé. C’est un show passionnant, Damian Lewis (Band Of Brothers) est immense, Sarah Shahi (The L Word) est … waw, juste… mais aussi surprenante. Non vraiment Sarah Shahi c’est ça :

La photo est superbe, l’écriture, parfaite. Mais voilà, contrairement à The Mentalist, niveau audiences, c’est la lose, donc NBC n’a d’autre choix que d’annuler Life. Sa dernière chance, être rachetée par USA, mais ça a l’air assez compromis. Une chose est sure, cette série va me manquer, et si The Mentalist comble le vide laissé par Life, tant mieux. (Allez pour le kiff, je vous balance une promo, il n’est jamais trop tard)